Philippe MONTÉGUT

 

 

 

Philippe GESTAS, reconnu MONTÉGUT

 

basse chantante française

(Hôtel-Dieu Saint-Jacques, Toulouse, Haute-Garonne, 01 juillet 1864* – Paris 16e, 04 novembre 1933*)

 

Fils de Jean Etienne MONTÉGUT, plâtrier (Toulouse, 20 septembre 1831 av. 1898) et de Jeanne Marie GESTAS (Aurillac, Cantal, 25 avril 1842 av. 1898), reconnu MONTÉGUT par leur mariage à Toulouse le 04 octobre 1871.

Epouse à Paris 9e, 08 octobre 1898* Marie Sylvie BOUÉ (Cologne, Gers, 28 juillet 1872 ap. 1933), couturière.

 

 

En 1892, il était déjà mentionné comme artiste lyrique. Après avoir chanté en province, il débuta à l'Opéra-Comique en 1899, mais y fit une courte carrière, car il se consacra à la maison de couture Boué Sœurs, établie cette année-là par sa femme Sylvie et sa belle-sœur Jeanne Boué (baronne d'Etreillis) au 9 rue de la Paix à Paris. Nommé professeur de chant à l'Institution nationale des Jeunes Aveugles le 13 décembre 1897, il occupa cette place pendant plus de trente ans. En 1927, il fut admis comme membre actif de l'Union Professionnelle des Maîtres du Chant français. Chevalier de la Légion d'honneur (08 février 1927), il parraina Emma Calvé en 1931 pour sa nomination.

En 1898, il habitait 41 rue Fontaine [rue Pierre-Fontaine] à Paris 9e ; en 1927, 33 avenue d'Eylau à Paris 16e, où il est décédé.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il a débuté le dimanche 30 avril 1899 dans Lakmé (Nilakantha).

 

 

 

 

 

Dans la récente promotion de la Légion d'honneur, au titre du Ministère du Travail, nous avons eu le plaisir de voir la nomination, au grade de Chevalier, de notre ami de la première heure, M. Philippe Montégut.

Il est décoré pour le dévouement avec lequel, depuis plus de trente ans, il se dépense activement à l'amélioration du sort de pauvres déshérités de l'existence : les jeunes aveugles de l'Institution nationale du boulevard des Invalides, à Paris. Cela nous reporte loin en arrière, à l'époque où nous l'avons connu débutant à l'Opéra-Comique dans le rôle de Jupiter (Philémon), le Général (la Navarraise), Nilakantha (Lakmé), etc., etc., aimé déjà de tous ses camarades pour sa cordialité et sa bonté. Si les hasards de la vie ont voulu qu'il cessât trop tôt l'exercice d'une profession où il aurait connu sans nul doute la célébrité des grandes voix, il n'oublia jamais, du moins, qu'il avait les dons précieux et qu'il devait en faire profiter son prochain. Comment pouvait-il le mieux faire, qu'en se penchant mélancoliquement sur l'infortune de ces chers enfants, privés de lumière, afin de leur apprendre à trouver quelque consolation d'abord, ensuite un peu de l'idéal qui est indispensable à tous les êtres humains pour traverser l'existence, afin de leur permettre, un jour aussi, d'exprimer leurs pensées et leurs sensations en véritables artistes animant la matière, afin de leur donner surtout la possibilité, après avoir développé leurs facultés de musiciens, de devenir à leur tour des professeurs, des organistes appréciés, ayant devant eux une carrière féconde leur assurant l'indépendance ?

Ainsi, faire de pauvres êtres à la charge de la société des êtres se subvenant d'eux-mêmes par leur travail et par leur art, ce n'est pas seulement améliorer le sort de ceux qui sont privés du plus précieux des biens, c'est aussi rendre à la collectivité des énergies productrices elles-mêmes. Double bienfait qui devait tenter un homme au cœur généreux.

Mais pour atteindre le but que cette intelligence particulièrement vive s'était fixé, il fallait aussi une autre qualité : la persévérance sans laquelle il n'est rien de durable. Et c'est peut-être ce qu'il y a encore de plus remarquable dans le cas de Philippe de Montégut, quand on songe que pendant trente ans, sans jamais se lasser ou prendre prétexte de quelque difficulté de la vie quotidienne, régulièrement deux fois par semaine, il a pris et il prend encore le chemin du boulevard des Invalides pour faire sa classe de chant.

Il faut avoir vu ces jeunes gents ou ces jeunes filles s'avancer à tâtons vers le piano pour murmurer d'abord d'une voix mal assurée les paroles de joie et d'amour de notre répertoire français, s'initier peu à peu à toute la technique, faire des progrès à pas comptés jusqu'au jour où ils comparaîtront devant le jury de l'Ecole composé de maîtres réputés.

Il faut avoir assisté à un de ces concours dont dépend leur profession future et avoir vu la joie rayonner à travers leurs paupières sombres, parce que des hommes de bonne volonté et de science éprouvée leur avaient donné le moyen d'exprimer les sentiments les plus nobles, les plus profonds et les plus tendres du cœur humain et d'en faire partager les beautés à des auditoires haletants.

Mais là ne s'est point borné le dévouement désintéressé de Philippe de Montégut. Pour apprendre le chant, la musique, le piano aux jeunes aveugles, il faut des instruments et l'Etat a toujours eu bien du mal à assurer seulement le gite et la subsistance ; pour l'administration, la musique c'était du luxe ; l'administration n'avait pas d'argent – et moins encore ces dernières années. Alors infatigablement notre ami a cherché à réunir les concours nécessaires pour que ses jeunes protégés ne manquent jamais des instruments utiles.

Cette partie de sa tâche n'a pas été, sans doute, la moins ingrate ni celle pour laquelle il fallait le moins de persévérance infatigable.

Tout cela, il l’a fait sans bruit, sans ostentation, modestement, et c'est ce qui explique qu'il ait fallu trente années pour voir justement récompenser un dévouement réellement admirable.

C'est une raison de plus pour tous ses amis, de s'en réjouir et de le féliciter vivement de voir enfin consacrer officiellement ses mérites.

Il peut porter fièrement le petit bout de ruban rouge. Il y a longtemps qu’il l'avait gagné.

(Lyrica, février 1927)

 

L'enseignement du chant aux jeunes aveugles.

Ces classes de chant sont faites par M. Montégut, de l'Union des maîtres de chant, qui depuis 30 ans en est titulaire pendant ce dernier semestre s'étant trouvé dans l'impossibilité de continuer régulièrement son cours, ce fut M. Borèse qui le suppléa.

(Lyrica, juillet/août 1928)

La création de la classe de chant à l'Institution remonte déjà à assez loin, il y a plus de trente ans, le titulaire en était M. Emile Bourgeois, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, il eut pour successeur M. Philippe Montégut qui, après s'y être consacré avec un inlassable dévouement pendant cette longue période, en laissa, depuis deux ans, l'intérim à M. Borèse.

(Lyrica, novembre 1930)

 

La croix d'Emma Calvé.

On a fêté, hier soir, dans l'intimité, la remise de la croix de la Légion d'honneur à l'illustre cantatrice Emma Calvé. Il n'y avait là que de vieux amis de celle qui fut une inoubliable Carmen, tous chanteurs... et du Midi ! Et cette petite cérémonie donna lieu à une émouvante évocation du passé.

Mouliérat – qui fut un des plus brillants ténors français et chanta à l'Opéra-Comique sous Carvalho – était venu exprès du Lot, son pays natal, où il vit retiré.

– Ah ! ma bonne amie, dit-il, en prenant Calvé dans ses bras, vous souvenez-vous lorsque nous jouions Lalla Roukh, il y a quarante ans ?

Et Montégut, ancienne basse chantante de l'Opéra et de l'Opéra-Comique – il y a bien longtemps aussi – Toulousain pur sang, ne put s'empêcher de trembler sa voix au beau timbre grave, lorsqu'il proféra la formule sacramentelle :

« Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés... »

Car c'est Montégut, parrain légionnaire, qui eut l'honneur d'épingler la croix sur la poitrine d'Emma Calvé.

Et puis Thomas Salignac, professeur au Conservatoire apporta son hommage parfumé d'accent méridional – il est natif du Gard :

– Avoir eu pour partenaire une Carmen telle que vous !...

A quoi Calvé répondit :

– Vous fûtes le plus beau, le plus ardent don José que j'aie connu !

(Lyrica, janvier 1932)

 

 

 

 

 

Discours prononcé par M. Thomas-Salignac, Président de l'Union Professionnelle des Maîtres du Chant Français et de l'Académie du Chant, aux obsèques de M. Philippe Montégut le mardi 7 novembre 1933.

J'apporte à mon cher ami Philippe Montégut l'adieu des artistes lyriques ; de ceux qui furent ses camarades au Conservatoire de Paris, de ceux qui chantèrent à ses côtés, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique et, en dernier lieu, je parle au nom de l'Union des Maîtres du Chant Français et de l'Académie du Chant, dont il était l'un des membres les plus estimés.

Philippe Montégut, venu de notre Midi ensoleillé pour suivre la carrière lyrique, possédait une admirable voix de basse, puissante comme sa stature, et pleine de douceur comme sa bonté.

Aussitôt ses études terminées, il fut engagé à l'Opéra, où il se fit remarquer dans Faust et Roméo ; puis à l'Opéra-Comique où il chanta avec le même succès les principaux rôles de son répertoire : Lakmé, Mireille, la Navarraise, etc., etc..

La carrière théâtrale s'ouvrait devant lui glorieuse lorsque les circonstances l'obligèrent à l'abandonner. Le développement considérable de la maison de couture, dont il avait épousé la fondatrice, accapara peu à peu son activité d'une façon incompatible avec les exigences de la vie artistique.

C'est de ce moment que date l'intérêt qu'il porta désormais aux jeunes aveugles. D'abord, en leur apprenant à chanter, puis en multipliant les occasions de leur venir en aide. Son apostolat officiel dura trente-trois ans ! Mais son dévouement dura bien davantage, il dura toute sa vie et, pour la couronner dignement, il fonda l'œuvre de « l'Aide à la Jeunesse Aveugle », à laquelle il se voua de toute son ardeur, de son travail, de son influence et de sa bourse.

Philippe Montégut connut la juste récompense de ses efforts et de sa bonté. Le Ministre lui décerna, en 1926, le ruban de la Légion d'honneur, comme à l'un des grands bienfaiteurs des aveugles.

La bonté, ce fut la caractéristique de Philippe Montégut. Non pas la bonté platonique, mais la bonté agissante, qui n'avait de cesse qu'il n'eût obtenu pour ceux qu'il aimait le secours dont ils avaient besoin ou la justice qu'ils méritaient.

Et si grand était le rayonnement sympathique qui émanait de sa personne qu'il réussissait toujours les bonnes actions qu'il avait entreprises.

Qui a pu le connaître sans l'aimer ?

Pourrai-je oublier, quant à moi, l'amitié si profonde qui nous unissait depuis le Conservatoire ?

Hélas ! toute cette bonté, toutes ces hautes qualités morales et cette simplicité, cette bonhomie qui faisaient de Montégut une figure si attachante, tout cela est aboli, le destin impitoyable l'a brisé en pleine force !

Et moi, dont le cœur saigne encore d'un deuil cruel, moi, son vieux camarade, je viens lui dire l'adieu suprême, ou plutôt l'au revoir, car j'ai la conviction que si nos corps sont périssables, des cœurs comme celui de Philippe Montégut ne peuvent pas s'éteindre.

C'est la seule consolation que mon amitié puisse offrir à sa femme et son fils désespérés, à sa famille affligée et à ses amis qui le pleurent.

***

En raison des grandes relations de Philippe Montégut en Amérique, nous publions une traduction en anglais du discours de M. Salignac.

(Lyrica, décembre 1933/janvier 1934)

 

 

 

 

 

 

 

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