Marie MOREAU-SAINTI

 

 

 

Marie Lucie Clémence MOREAU dite Marie MOREAU-SAINTI

 

soprano français

(Paris 3e, 30 septembre 1837 Paris 17e, 25 février 1913)

 

Fille de Théodore François MOREAU-SAINTI, ténor, et de Mme MOREAU-SAINTI, actrice.

Sœur de MOREAU-SAINTI fils, librettiste.

Epouse Joseph Vital ROUX dit VITAL-ROUX (Paris 2e, 29 novembre 1808 – 24 mars 1876), ingénieur de la manufacture de Sèvres

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle débuta en 1856.

 

Elle chanta les Huguenots (Valentine, 1856) ; les Vêpres siciliennes (Hélène) ; la Juive (Rachel, 1857).

 

Elle créa le 10 novembre 1856 la Rose de Florence (Aminta) d'Emanuele Biletta ; le 21 septembre 1857 la nouvelle version du Cheval de bronze (Tao-Jin) d'Esprit Auber.

 

 

 

 

 

Un nom qui a disparu de l'affiche depuis quelques années déjà, mais qui reste en vedette dans toutes les mémoires. Plus heureuse en effet que la plupart des artistes obligées de quitter prématurément le théâtre, Madame Moreau-Sainti a eu la fortune, non seulement de n'être pas oubliée, mais de conserver son rang, — un des premiers, — parmi les plus illustres cantatrices de cette époque.

C'est que, musicienne émérite, elle sut, en dehors de la scène, consacrer à l'Art, qu'elle aime passionnément, les merveilleuses facultés que, toute jeune, elle révéla dans les Vêpres siciliennes.

Madame Moreau-Sainti, en effet, entra au moment où les autres étudient encore à l'Opéra. Son père, un ténor très aimé du public, et qui, après de glorieuses créations à l'Opéra-Comique, était devenu directeur du pensionnat du Conservatoire, fut son premier éducateur musical et son premier maître de chant. Quant à sa science et à son tempérament de comédienne, elle les tient sans doute de sa mère, qui fut une artiste distinguée, longtemps applaudie à l'Odéon.

Toutefois, ce fut le fameux Duprez qui acheva d'assouplir et de mettre au point le précoce talent de Madame Moreau-Sainti. Il y réussit si bien, que les fidèles de l'Opéra-Comique se souviennent encore et parlent avec enthousiasme de l'impression que fit la jeune fille lors de ses débuts : sa voix chaude et sympathique, l'originalité de son jeu, la netteté de sa diction, son éclatante beauté, lui valurent tous les suffrages et la firent sacrer grande artiste dès qu'elle parut.

Hélas ! son passage à l'Opéra fut de courte durée. Madame Moreau-Sainti devait changer son nom, déjà tout fleuri de gloire, contre celui de Madame Vital. Son mariage l'enleva à cette scène où tant d'ovations l'accueillaient. Mais il était dit que partout où elle passerait, le succès la suivrait, compagnon fidèle. Elle était donc partie pour Reims, avec Monsieur Vital, et l'on pouvait craindre que cette étoile ne s'éteignit en province.

Il n'en fut rien, et les Rémois, qui n'avaient pas coutume de se trouver telle fête, accordèrent bientôt à la jeune épouse, professeur de chant parmi eux, leurs plus chaleureux suffrages.

Après la mort de son mari, Madame Vital retourna à Paris où elle reprit son nom de Moreau-Sainti. Son talent, tout vibrant en elle, se sentait inépuisable et le témoigna. Madame Moreau-Sainti a fondé un cours de chant où affluent nos mondaines les plus élégantes et qui est devenu une réunion des plus choisies et des plus suivies.

Il faut dire que cette noble femme, toute pénétrée de son art, sait joindre à son talent et à sa science, cette amabilité et ce charme naturel que si peu ont reçus en don. Admirablement belle encore, d'une beauté un peu altière d'héroïne ou de déesse, avec ses bandeaux très bruns, avec la vivacité rieuse et spirituelle de ses yeux, son nez bourbonien, ses épaules d'un dessin solide et achevé, l'ovale parfait de son visage, Madame Moreau-Sainti fait les honneurs de son salon en grande dame, elle qui pourrait se contenter d'être une des plus grandes artistes de Paris. Les soirées du Dimanche, dont on a tant parlé, ne sont plus susceptibles de nouveaux éloges, tant ces éloges deviendraient surannés. Il ne manquait à cette heureuse gloire que la décoration, si rare pour la femme. M. le Ministre des Beaux-Arts y a veillé, et les palmes académiques ont consacré à leur manière l'incontestable valeur de cette artiste, dont Paris est fier. Peu de destinées sont aussi belles, mais peu aussi ont mérité cet harmonieux éclat.

(Figures contemporaines tirées de l'album Mariani, 1894)

 

 

 

 

 

 

 

On a célébré ces jours-ci à Saint-François-de-Sales et dans la plus stricte intimité, selon la volonté de la défunte, les obsèques de Mme veuve Vital-Roux, née Marie Moreau-Sainti, décédée à l'âge de 75 ans, le mardi 25 février. Fille de Moreau-Sainti, autrefois professeur et directeur du Pensionnat au Conservatoire, et de Mme Moreau-Sainti, artiste de grande valeur du Théâtre-Français, elle avait, à la demande d'Auber, débuté extrêmement jeune dans le Cheval de bronze, à l'Opéra, où elle créa ensuite la Rose de Florence et chanta avec le plus grand succès la Juive et les Vêpres siciliennes. Après avoir chanté pendant plusieurs années en Italie, elle revint en France, et épousa M. Vital-Roux, ingénieur de la manufacture de Sèvres. Devenue veuve, elle se voua au professorat qu'elle exerça de la façon la plus brillante. Ce fut une femme fort belle et très spirituelle et qui conserva jusqu'à la fin de sa vie les amis les plus dévoués.

(le Ménestrel, 08 mars 1913)

 

 

 

 

 

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