Ernesto NICOLINI

 

 

 

Ernest Jean NICOLAS dit Ernesto NICOLINI

 

ténor français

(rue du Change, Tours, Indre-et-Loire, 23 février 1834* – Pau, Pyrénées-Atlantiques, 18 janvier 1898*)

 

Fils de Léon NICOLAS (Saint-Jean-d'Angély, Charente-Maritime, 04 septembre 1805* ), cuisinier traiteur, et de Perrine Catherine CUINIER (L'Escurial, Espagne, 1812 ), mariés à Tours le 19 septembre 1831*.

Epouse 1. en 1859 (puis divorce) Maria Carolina ANNATO (1838 – ap. 1888), Italienne, qui lui a donné cinq enfants, dont Ernestine NICOLAS (Paris 2e, 20 mai 1864* –) [épouse à Paris 1er le 22 mars 1888* Eduardo Vincent FERNANDEZ (Valence, Espagne, 30 octobre 1866 ), violoniste], et un fils, dit NICOLINI, qui créa le rôle du vicomte de Valvert dans Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand à la Porte-Saint-Martin le 28 décembre 1897.

Epouse 2. à Swansea, Pays de Galles, le 09 juin 1886 Adelina PATTI, cantatrice.

 

 

Il fit ses études au Conservatoire de Paris où il obtint en 1855 un deuxième accessit d'opéra-comique, et l'année suivante un second prix d'opéra-comique. M. Nicolas débuta, en 1857, dans les Mousquetaires de la reine, à l'Opéra-Comique. Bien qu'il eût une très jolie voix de ténor, il ne réussit point à attirer sur lui l'attention publique. Il chanta ensuite sur des théâtres de province, puis il étudia l'italien, prit le nom de Nicolini et figura dans des troupes italiennes dans les principales capitales de l'Europe. Engagé au Théâtre-Italien de Paris vers 1863, il y obtint un vif succès, et réussit également dans l'opéra bouffe et dans le grand opéra. Ce fut là qu'il connut Adelina Patti. A partir de ce moment, ils chantèrent souvent ensemble, à Londres, à Vienne, à Bruxelles, à Saint-Pétersbourg, ville où il obtint de véritables ovations. Il y chantait lorsqu'il se trouva mêlé à certaine aventure qui donna naissance au procès en séparation intenté à son mari par Adelina Patti, marquise de Caux, en février 1877. Nicolini a épousé celle-ci, divorcée depuis, le 09 juin 1886, devant le consul français à Swansea [Apports des deux époux : Mme Patti : 4.390.448 francs, M. Nicolini : 1.106.446 francs. Les frais de chancellerie et de transcription d'actes se sont élevés à 14.000 francs]. Il l'accompagna dans ses tournées à travers les deux mondes. Atteint d'une maladie de foie, il avait dû renoncer au théâtre depuis plusieurs années.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il y débuta le 10 juillet 1857 dans les Mousquetaires de la reine.

 

 

 

 

 

 

 

Adelina Patti et Ernesto Nicolini, caricature d'Alfred Le Petit, 1880

 

 

 

 

 

 

Ernesto Nicolini dans Roméo et Juliette (Roméo) lors d'une tournée en Russie en 1872

 

 

 

Ernesto Nicolini dans Aïda (Radamès)

 

 

 

Nicolini vient de mourir.

Tandis que son fils, par une coïncidence poignante joue dans Cyrano le rôle de Valvert, qu'il ne peut abandonner, le grand chanteur repose sur un lit de fleurs, et près de lui pleure, cette fois « pour de vrai », sa veuve, l'incomparable Patti, celle qui traduisit divinement au théâtre les douleurs de Lucie, de la Traviata.

Le rire de Rosine s'est éteint !

Irrévocablement était prévu et prédit le dénouement fatal, et ceux qui le verraient sur sa couche funèbre ne reconnaitraient point le ténor pourtant si beau jadis ; les derniers mois de sa maladie l'avaient effroyablement amaigri.

Il souffrait de terribles douleurs de foie, et depuis longtemps on le savait perdu. Lui-même n'avait plus d'illusions à cet égard, et quand il passa cet été par Dieppe pour venir mourir en France dans son pays, il se cacha, même pour ses meilleurs amis, ne voulant point qu'on le vit ainsi. Qu'était-il devenu, le robuste Breton qui débarqua un beau matin de Saint-Malo, à dix-huit ans, pour être un chanteur ?

Deux ans, il resta pensionnaire payant au Conservatoire, dans la classe de Masset, après quoi, muni d'un second prix au concours de 1856, il entra à l'Opéra-Comique.

Il s'appelait alors Ernest Nicolas. C'était une « admirable voix », un chanteur suffisamment instruit, mais un comédien peu adroit. Or, on était sévère à l'époque, salle Favart ; ce n'était point assez qu'on chantât, il fallait jouer.

Nicolas se montra très ordinaire dans les Mousquetaires de la Reine, et lui qui se sentait taillé pour les grands premiers emplois, se vit relégué dans les rôles de second ténor. On lui donnait, par exemple, à chanter dans Fra Diavolo Lorenzo, celui que les camarades appelaient « le pompier », à cause de son casque.

Oh ! les camarades! Faure, Mocker, Prilleux, Couderc, Ponchard, ce qu'ils en firent voir à ce bon grand garçon timide de Bretagne, qui ne se méfiait de personne !

Faure se souvient-il du litre d'eau chaude qu'il lui recommanda de boire à jeun pour se dérouiller la voix, et dont le pauvre diable eut le cœur si barbouillé ?

Jamais Nicolas ne se fâchait, et pourtant il était de force à punir, et très souple avec cela. Récemment encore il m'enseignait comment on pare, par un brusque écart de corps, le coup de tête dans la poitrine emprunté aux Bretons par les rôdeurs nocturnes.

Nicolas ne se fâchait pas, mais il se décourageait et, un beau jour, il s'enfuit au delà des monts, italianisa son genre et son nom, et, quand il revint dans son pays, il fut enfin déclaré prophète sous l'étiquette étrangère de Nicolini.

Son succès aux Italiens fut immense ; la belle voix sonnait plus éclatante que jamais, le style s'était élargi, il savait enfin marcher en scène et portait le costume comme si Vélasquez ou Van Dyck avaient pris la peine tous les soirs de l'habiller eux-mêmes.

Adoré des Parisiens, il triomphait également à l'étranger aux côtés de la divine cantatrice qui devait un jour chanter avec lui à la ville les duos qu'ils avaient si souvent répétés sur la scène.

La Patti obtint qu'on voulût bien lui permettre de rendre sa couronne de marquise ; ce fut, je crois, le premier divorce prononcé en France ; elle attendait depuis longtemps à la porte pour passer avant tous les autres.

Libre, elle épousa son camarade Nicolini, et l'on s'en fut au féerique château de Craig y Nos (Rocher de la Nuit), dans le pays de Galles.

C'est là qu'on se reposait après les fatigantes tournées, qu'on remplissait ses poumons de l'air le plus pur qui soit au monde, affirmait Nicolini ; pourquoi ne se contentait-il pas de respirer ?

Hélas l'excellent homme aimait recevoir magnifiquement ses invités, la cuisine était trop succulente, et cela peut avoir avancé sa fin.

D'ailleurs, sa façon de vivre lui procurait un furieux appétit.

C'était, dans la rivière qui coule au pied du château, la pêche aux succulentes truites avec des lignes perfectionnées qu'il n'aimait point à prêter, étant naturellement soigneux et craignant qu'on ne les abimât.

Puis venait la saison du saumon, et Nicolini tirait de l'eau des monstres marins, dont plusieurs naturalisés ornent l'escalier du château. Enfin l'heure de la chasse survenait et la Patti n'était pas contente : les coups de fusil l'irritaient contre les assassins de ces pauvres gentilles petites bêtes.

Ce qui la calmait un peu, à Craig y Nos, c'est que Nicolini n'était point excessivement adroit ; mais il y avait de terribles invités.

Ils ne chasseront plus avec leur ami, dans ce splendide domaine qui a coûté plus de cinq millions.

Situé au milieu d'un pays peu habité, à huit heures en express de Londres, il se suffit à lui-même : on y fabrique le gaz et l'électricité, comme le pain.

Dans un colossal jardin d'hiver pourvu, au milieu, d'une très complète fontaine lumineuse, vivent habituellement une douzaine de perroquets plus rares les uns que les autres. Le plus beau de tous est Iambo à qui Nicolini avait appris à répondre : Come in ! (Entrez !) lorsque l'on frappait à la porte.

Mais Iambo n'était pas toujours disposé. Nicolini s'impatientait, et il en résulta des désastres, comme celui-ci :

Le prince de Battenberg était en visite au château, et naturellement on lui présenta Iambo.

Nicolini frappe à la porte, Iambo reste muet, Nicolini insiste et le perroquet, reproduisant d'ailleurs admirablement la voix de son maître, lance au nez princier du visiteur un retentissant juron !

Depuis on s'est méfié de Iambo.

Le soir, après un somptueux dîner, la table étant jonchée de fleurs, toutes les dames en toilette décolletée, tous les hommes en frac, suivant la coutume anglaise, on prenait le café dans de vastes salons, dont l'un abritait le fameux orchestrion dont il a tant été parlé.

C'est une cyclopéenne boîte à musique, de quatre ou cinq mètres de haut, qui n'a pas coûté moins de cent mille francs.

Sur cette coquette petite scène, installée par Irving, j'entendais, il y a quelques mois à peine, la Patti chanter avec Nicolini les duos de Roméo, et c'était véritablement un enchantement, elle toujours égale à elle-même, lui parfois un peu fatigué, mais retrouvant par instants les notes éblouissantes d'autrefois.

Par exemple, on ne lui permettait pas de jouer du violon, ce qui le vexait fort, car c'était sa manie ; il possédait des stradivarius d'un prix énorme, mais s'en servait médiocrement.

Nous le taquinions avec cela, le pauvre ami, et cependant, parmi ses hôtes, plus d'un accepterait pendant de longues années de l'entendre racler son violon, pour qu'il fût encore là...

(Georges Boyer, le Figaro, 20 janvier 1898)

 

Nous avions annoncé, d'après quelques-uns de nos confrères que le ténor Nicolini avait laissé à sa femme, Adelina Patti, la totalité de sa fortune personnelle s'élevant à 1.025.000 fr.

MM. Lewis et Lewis, hommes d'affaires de Mme Patti, rectifient cette information.

Nicolini a laissé cinq enfants ; sa fortune se divise en portions égales entre eux et Mme Patti-Nicolini qui recevra alors seulement un sixième de l'héritage.

(le Passe-temps et le Parterre réunis, 12 juin 1898)

 

 

 

Ernesto Nicolini par August Weger

 

 

 

                   

 

 

 

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