Jane PERNYN

 

Jane Pernyn, photo Reutlinger

 

Jeanne Alice PERNIN dite Jane PERNYN

 

soprano français

(48 rue des Marais [auj. rue Albert-Thomas], Paris 10e, 26 décembre 1864* – hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 47 boulevard de l'Hôpital, Paris 13e, 12 novembre 1944*)

 

Fille de François PERNIN (Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire, 06 septembre 1832 – Paris 14e, 11 novembre 1906), comptable, et de Jeanne DIEUDONNÉ (Ruette, Belgique, 06 mars 1831 – Créteil, Seine [auj. Val-de-Marne], 16 avril 1890), mariés à Paris 5e le 07 décembre 1858.

Epouse 1. à Paris 10e le 15 octobre 1884* (divorce le 24 mars 1893) Gabriel Hippolyte GANDUBERT, ténor.

Epouse 2. à Paris 10e le 04 novembre 1912 Louis Gilbert Marie Félix de BOURNAT (Fontainebleau, Seine-et-Marne, 31 mars 1872 – Paris 16e, 14 février 1942), inspecteur d'assurances.

[renseignements généalogiques fournis par M. François Roughol]

 

 

Elle eut pour professeurs Mangin pour le solfège, Mocker pour l'opéra-comique et Regnier pour la comédie. Au Conservatoire de Paris, elle obtint une 3e médaille de solfège (chanteuses) en 1884. Elle débuta en septembre 1886 à la Monnaie de Bruxelles dans Mireille sous son nom d'épouse. Elle fit des saisons à Rouen, Aix-les-Bains, Lyon, Pau, Bordeaux ; elle créa Wolfram, les Aventures d'Arlequin. Elle débuta à la Salle Favart en 1893, et fut prêtée au Grand Théâtre de Bordeaux pour la saison 1894-1895, où elle participa le 26 novembre 1894 à la première française de Paillasse (Nedda) de Ruggero Leoncavallo [version française d'Eugène Crosti]. Puis elle fit carrière dans l'opérette : elle participa à la première à Paris du Baron Tzigane (Saffi) de Johann Strauss [version française d'Armand Lafrique], le 20 décembre 1895 aux Folies-Dramatiques. Elle chanta au Théâtre des Variétés en décembre 1896 l'Œil crevé (Alexandrivore) d'Hervé, le 07 mai 1897 le Petit Faust (Méphisto) d'Hervé, le 30 décembre 1904 l'Œil crevé (Fleur-de-Noblesse) ; aux Bouffes-Parisiens le 29 novembre 1905 les Filles Jackson et Cie de Justin Clérice ; aux Folies-Dramatiques, en 1908 le Petit Faust (Méphisto) ; cette année-là, elle rentra à l'Opéra-Comique.

En 1895, elle habitait 92 rue La Boétie à Paris 8e ; en 1905, 5 cité du Retiro à Paris 8e ; en 1911, 46 rue Lafayette à Paris 9e ; lors de son décès, elle était domiciliée 2 square Racan à Paris 16e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y a débuté le 31 octobre 1893 dans Mignon (Philine).

 

Après une carrière dans l'opérette, elle revient le 29 septembre 1908 dans la Bohème (Musette), et chante Aphrodite (Héliope), le Domino noir (la Tourière), Lakmé (Rose, Mistress Bentson), Manon (Javotte), Cendrillon (un esprit).

 

 

 

 

              

 

Jane Pernyn dans le Petit Faust (Méphisto) au Théâtre des Variétés en 1897

 

 

 

 

Mme Gandubert.

Mince, longue, elle a une tête amusante, non pas belle de la beauté classique et pure, mais jolie avec ses grands yeux bleus, son nez au vent et sa bouche qui rit volontiers moqueuse.

C'est une Parisienne de Montmartre.

Un petit air d'autorité qui lui sied bien, mais que personne ne peut prendre au sérieux, pas même son jeune bébé avec lequel on croirait qu'elle joue à la poupée. C’est en jouant qu'elle chantait, au Conservatoire, des duos d'amour avec son camarade Gandubert, et c'est en jouant, sans doute,… qu'elle les chante encore aujourd'hui.

Elle a débuté à Bruxelles, et y est restée. Elle tient très agréablement l'emploi de dugazon, qu'elle partage avec Mlle Legault et Mlle Falize. Le berger Pâris trouverait trois pommes sur le mont Ida pour leur en donner une à chacune, s'il ne craignait que les pommes ne fussent désagréables aux déesses de la scène, même lorsqu'elles ne sont pas cuites.

(Jacques Isnardon, le Théâtre de la Monnaie, septembre 1888)

 

L'Œil crevé au Théâtre des Variétés, avec Amélie Diéterle, Germaine Gallois, Juliette Mealy, Jane Pernyn.

Transfuge de l'Opéra-Comique et du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, Mlle Jane Pernyn est devenue depuis plusieurs années déjà une de nos plus brillantes artistes d'opérette ; elle y apporte sa parfaite science musicale, une voix pure et exercée, une excellente méthode et beaucoup de fantaisie, ce qui ne laisse pas d'étonner ceux qui connaissent la gravité de son caractère. Quittant le théâtre des Folies-Dramatiques où elle triompha et où elle n'a pas été remplacée, elle remplit maintenant avec quel succès ! le travesti et le rôle d'Alexandrivore.

(Bassecourt, la Vie théâtrale, décembre 1896)

 

Le théâtre au palais. Refus de rôles.

Là première chambre du Tribunal civil de la Seine vient de faire, le 12 mai dernier, à l'occasion du procès intenté par Mlle Jane Pernyn à M. Samuel, directeur du théâtre des Variétés, une saine application des principes admis en matière d'engagements.

Mlle Pernyn, dont la conduite en cette affaire est tout au moins inexplicable, avait assigné en payement du dédit de 20.000 fr. stipulé dans son acte d'engagement M. Samuel à qui elle avait préalablement refusé de prêter désormais son concours.

Elle se basait, pour agir ainsi, sur ce motif que le rôle de revue que lui avait confié la direction était indigne de son talent et de nature à la rabaisser aux yeux des spectateurs : ce rôle consistait à contrefaire Yvette Guilbert.

Me Maurice Tézenas a développé devant le Tribunal, avec l'autorité et le talent qui lui sont familiers, les arguments de son client, M. Samuel. Il a fort bien mis en lumière que l'engagement de Mlle Pernyn l'obligeait à jouer tous les rôles qu'il plairait au directeur des Variétés de lui assigner et conclu au rejet pur et simple de la demande de la pensionnaire récalcitrante. Il est certain que s'il avait voulu user de son droit le plus absolu, il pouvait, par une demande reconventionnelle, demander que Mlle Pernyn fût condamnée à payer le dédit de 20.000 fr. dont sa fugue injustifiée la rendait passible. Il n'a pas voulu aller jusque là et ce n'est pas à nous à l'en blâmer, car d'ordinaire les directeurs ne sont que trop portés à user et même à abuser de leurs droits.

Le Tribunal a reconnu le bien fondé des arguments invoqués par Me Tézénas : il a condamné Mlle Pernyn aux dépens de l'instance si témérairement engagée par elle et l'a déboutée de ses fins et conclusions.

Le jugement constate d'abord que Mlle Pernyn, aux termes de son engagement, était tenue d'accepter tous les rôles au choix de la direction, puis il ajoute dans quelques attendus intéressants :

« Attendu, d'ailleurs, que Mlle Pernyn n'a point rendu le rôle dont il s'agit au moment où il lui a été distribué, ni les jours suivants ;

Qu'il est constant qu'elle l'a accepté et qu'elle l'a répété pendant trois semaines sans formuler aucune réclamation ; qu'elle l'avait appris en entier, si bien qu'un mois après avoir rendu elle a pu reproduire de mémoire, dans ses conclusions, des couplets qu'elle incrimine aujourd'hui, non sans raison d'ailleurs ;

Que Samuel avait donc le droit strict de résilier son engagement ainsi qu'il l'a fait ; qu'il a déclaré d'ailleurs en même temps renoncer au dédit de 20.000 francs qui avait été stipulé ;

Attendu que, dans ces conditions, sa demande ne saurait être accueillie ; qu'elle n'a pas droit au dédit, la rupture étant survenue par son fait, etc. »

C'est avec plaisir que nous enregistrons cette sentence qui ne prête le flanc à aucune critique : en effet, le Tribunal a bien jugé, la transfuge a été punie et le bon droit a triomphé.

Nous souhaitons en terminant que les tribunaux appelés à statuer à l'avenir dans des affaires analogues soient aussi bien inspirés que vient de l'être la première chambre du Tribunal civil de la Seine.

(Joseph Astruc, la Vie théâtrale, 10 juin 1898)

 

 

 

 

 

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