Cécile SIMONNET

 

Cécile Simonnet en 1895

 

Cécile Virginie SIMONNET dite Cécile SIMONNET

 

soprano français

(38 rue du Bois-Saint-Sauveur, Lille, Nord, 04 mars 1863* 05 avril 1921), enterrée au cimetière de Ravières (Yonne).

 

Fille de Jean Baptiste Joseph SIMONNET (Les Moulins [auj. dans Lille], Nord, 29 avril 1838 – ap. 1909), dessinateur, et de Léopoldine Célina MULLIER (Lille, 23 juillet 1841 ap. 1909), modiste [légitimée par leur mariage à Paris 3e le 13 septembre 1866*].

Epouse à Paris 9e le 07 août 1909* Alexandre Henri MICHAUD (Dijon, Côte-d’Or, 22 juin 1881* ), docteur en médecine [remarié à Paris 18e le 04 octobre 1922* avec Maria Adrianne CAHN].

 


Ayant obtenu à Lille le brevet supérieur et un premier prix de chant, elle entra au Conservatoire de Paris en 1882 où, élève de Saint-Yves Bax pour le chant et de Charles Ponchard pour la déclamation lyrique, elle obtint en 1883 une 2e médaille de solfège, un second prix de chant et un premier accessit d’opéra-comique, et, en 1884, une première médaille de solfège et les premiers prix de chant et d'opéra-comique. Elle a fait ses débuts à Monte-Carlo en janvier 1885 sous la direction de Pasdeloup. Elle débuta à l'Opéra-Comique le 10 septembre 1885 dans Lakmé (Lakmé) que Van Zandt venait d’être forcée d’abandonner. Elle y a notamment créé le Roi d'Ys (Rozenn) de Lalo, Proserpine (Angiola) de Saint-Saëns et le Rêve (Angélique) de Bruneau. Ayant quitté l’Opéra-Comique en 1893, elle a chanté à Nice, Aix-les-Bains, la Monnaie de Bruxelles (saison 1894-1895, où elle chanta la première de Paillasse (Nedda) de Leoncavallo le 12 février 1895). Elle a chanté au Covent-Garden de Londres pour les saisons 1891 et 1894, où elle a créé le Rêve et chanté Roméo et Juliette, Philémon et Baucis, Faust, les Huguenots. A Lyon (1895-1896), elle a chanté Faust, Manon, la Traviata, le Rêve, Mignon. A Milan (1896), Mignon, Philémon et Baucis. Le 20 janvier 1898, elle fit sa rentrée salle Favart où elle reprit Manon. Puis elle repartit à Monte-Carlo et continua ses tournées.

En 1895, elle habitait 1 rue d'Hauteville à Paris 10e ; en 1909, 5 rue Rougemont à Paris 9e ; en 1911, 3 rue de la Néva à Paris 8e.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 10 septembre 1885 dans Lakmé (Lakmé).

 

Elle créa le 04 février 1886 le Mari d'un jour (Armande) d'Arthur Coquard ; le 17 novembre 1886 le Signal (Célia) de Paul Puget ; le 16 mars 1887 Proserpine (Angiola) de Camille Saint-Saëns ; le 07 mai 1888 le Roi d'Ys (Rozenn) d'Edouard Lalo ; le 13 mai 1890 Dante (Béatrice) de Benjamin Godard ; le 18 juin 1891 le Rêve (Angélique) d'Alfred Bruneau ; le 24 mars 1893 Kassya (Sonia) de Léo Delibes et Jules Massenet.

 

Elle y chanta les Noces de Figaro (Chérubin, 1886 ; la Comtesse, 1892) ; Mignon (Philine, qu'elle chantait le soir de l'incendie de la seconde salle Favart, le 25 mai 1887) ; Mireille (Mireille, 1889) ; le Pré-aux-Clercs ; la Flûte enchantée (Pamina, 1892) ; le Déserteur (Louise, 1893) ; la Traviata (Violetta, 1893) ; Philémon et Baucis (Baucis).

 

 

 

 

Cécile Simonnet en 1901

 

 

 

 

 

 

Dans une de ses anciennes chroniques, Scholl raconte un mot qu'il me faut citer ici :

« Un impresario, dont je n’ai jamais su le nom, et qui était alors directeur de la Renaissance, venait de faire un héritage aussi imprévu que considérable. Et tout Paris en parlait, comme on parle d'un phénomène quelconque : les Lapons du Jardin d'acclimatation ou... un sergent de ville civilisé.

C'était peu de jours après cet événement, sur le boulevard, vers huit heures du soir.

Passent deux bons gros bourgeois, mari et femme, qui s'arrêtent un instant devant une colonne Morris.

— Si tu veux, s’écrie le mari, je vais te mener à la Renaissance.

— Est-ce que c'est drôle, ce qu'on joue là-dedans ?

— Je ne sais pas, je ne crois pas ; mais tu verras le théâtre du Directeur qui vient d'hériter de trois millions ! »

... Cela a l'air d'une simple boutade. Et c'est pourtant là une observation d'une singulière justesse.

 

 

 

 

Le public — j'entends le bon gros public qui va au théâtre parce que tout le monde y va, et ne s'amuse que si M. Sarcey lui en a donné la permission — s'intéresse toujours bien davantage aux petites particularités des acteurs, ou de la salle, ou du décor, qu’à la valeur artistique de la pièce.

C'est toujours l'histoire des gens qui, au Louvre, s'extasient sur le prix fabuleux qu'ont dû coûter tous ces cadres...

Et c'est la mène raison qui fait que Mlle Simonnet pourrait fort bien aujourd'hui se passer de tout ce qu'elle a à profusion — jeunesse, beauté, talent — et réussir cependant à attirer de nombreux spectateurs.

Songez donc ! c'est elle qui chantait « Mignon » le soir de la catastrophe !...

 

***

 

Le hasard qui a voulu que Mlle Simonnet fût en scène au moment où éclata le terrible incendie de l'ancien Opéra-Comique, lui a, pour ainsi dire, attaché au pied un horrible boulet.

Elle pourra faire ce qu'elle voudra, chanter comme Adelina Patti, jouer comme Sarah Bernhardt, ou même se jeter par la fenêtre, elle est, elle restera toujours l'actrice qui chantait « Mignon » le soir... etc.

Il n'y a pas à aller là contre.

Vous rappelez-vous l'histoire de cet homme politique, qui, étant jeune, eut le malheur de se montrer au Bois, deux fois dans la même semaine, avec une horizontale fort connue ? Il fut aussitôt coté, pesé, étiqueté : l'amant de Clara.

Plus tard, il fit du journalisme, se fit remarquer, fut nommé député, puis ministre.

 

 

 

 

Quand on parlait de lui, on disait aussitôt, d'un air entendu :

— Ah ! oui, l'ancien amant de Clara !

Et lorsqu'il mourut, le leader, qui, au bord de la tombe, salua ses restes inanimés d'un denier adieu, s'écria d'une voix émue :

— ... Cet homme dévoué ne fut pas seul dans la vie. Il a été aimé. Les femmes l'ont apprécié comme il le méritait. Ce fut l'amant de Clara !...

Mademoiselle Simonnet n'est pas la créatrice de Proserpine et du Roi d'Ys ; elle n'est pas la cantatrice française qui a su faire oublier la trop américaine Van Zandt et prouver que, chez nous, on trouve des rossignols ; pour les neuf dixièmes de ceux qui l'applaudissent, elle n'est que l'artiste qui chantait « Mignon », etc...

 

***

 

Mignon ! une Mignon blonde et rose, et fraîche, grassouillette et gentiment dodue, telle est au naturel Mademoiselle Simonnet. Il y a loin d'elle aux dramatiques personnes qui avaient jusqu'ici interprété l'héroïne de Goethe. Mais nous n'y perdons pas.

En scène, Mademoiselle Simonnet a tout le nervosisme et même l'apparence physique qu'il faut pour donner classiquement la réplique à Werther, et si dans sa loge, elle laisse voir que tout cela est postiche, qu'elle est au contraire gaie, souriante, reposée et bien en chair, ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.

 

 

 

loge de Mademoiselle Simonnet

 

 

Il faut son sourire pour mettre un peu de gaîté dans cette pauvre loge, où, M. Paravey étant consul, la jeune diva est obligée de s'habiller.

Vous vous rappelez la description que j’ai faite de la loge de Mlle Deschamps.

Eh bien ! celle-ci n'a rien à envier à sa camarade.

La loge de Mademoiselle Simonnet n'est ni plus ni moins élégante que la sienne, et elle est tout aussi mal située.

Il faut, pour y parvenir, monter tout autant d'étages, affronter le même nombre de courants d'air, franchir autant de lourdes portes et d'étroits corridors.

On arrive enfin. Et on trouve le même judas à l'huis, et, à l'intérieur, la même table de toilette à peine garnie du nécessaire, les mêmes armoires en bois peint à la détrempe, et, aux fenêtres, les tentures décolorées.

Mademoiselle Simonnet, qui se coiffe, est assise devant une glace maigre, mais brillamment éclairée par l'électricité — précaution plutôt que luxe — et de l'autre côté de la cloison est accroché le miroir qui sert à Mlle Deschamps.

Quel contraste pour les yeux !

Cet ameublement sommaire et attristant, cet aspect de loge de province, et, là-dedans, en riche robe blanche, toute blanche de satins et de dentelles, avec ses longues tresses blondes, Mademoiselle Simonnet, en épousée du Roy d'Ys, agrafant une ceinture de pierreries.

La première fois que je la vis ainsi, je restai comme frappée de mutisme.

Elle vit mon étonnement, sourit, et me dit le plus gaîment du monde ce mot charmant de résignation :

— Ce n'est pas ici, n'est-ce pas ?... Mais c'est de la couleur locale. Il paraît que c'était comme cela dans les palais du temps de la pièce.

Je suis bien contente de ne pas avoir vécu en ce temps-là !

Mademoiselle Simonnet, au dehors du théâtre, mène une existence fort calme.

La chronique du boulevard n'a jamais à s'occuper d'elle.

Heureusement, il n'en est pas de même de la chronique théâtrale. Mademoiselle Simonnet est aujourd'hui la tête de la troupe de M. Paravey (côté femmes).

Elle a une création dans toutes les nouveautés qu'il nous donne. Et, à chaque remise à la scène, elle reprend quelque rôle d'une ancienne étoile, qu'elle ne fait pas du tout regretter.

Ainsi, le Conservatoire voit encore une fois démentir ce méchant bruit que font courir certaines mauvaises... oreilles : à savoir qu'il distribue les premiers prix de chant à tort et à travers.

 

(Louis Germont, Loges d’artistes, 1889, dessins de Félix Fournery)

 

 

 

 

 

 

 

 

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