Charles de SIVRY

 

Charles de Sivry dit Sivroche, par Victor Lucien Guirand de Scévola

 

 

Louis Charles Erhard dit Charles de SIVRY

 

compositeur, chef d'orchestre et pianiste français

(43 rue de Miromesnil, Paris 8e, 17 novembre 1848 – Paris 18e, 16 janvier 1900*)

 

Fils de Pierre Louis de SIVRY ( Paris 1er, 11 mars 1849) et d’Antoinette Flore CHARIAT (Cambrai, Nord, 1824 av. 1900), mariés à Paris 1er le 17 avril 1847 ; [veuve, sa mère se remarie avec Théodore Jean MAUTÉ (Le Mans, Sarthe, 1807 ), de qui elle eut une fille, Mathilde Sophie Marie MAUTÉ (Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir, 17 avril 1853* Nice, Alpes-Maritimes, 13 novembre 1914*) qui épouse 1. à Paris 18e le 11 août 1870* (divorce à Paris 11e le 22 mai 1885*) Paul Marie VERLAINE (Metz, Moselle, 30 mars 1844 Paris 5e, 08 janvier 1896*) ; 2. Bienvenu Auguste DELPORTE (– av. 1914)].

Epouse à Paris 5e le 06 mai 1871* Emma COMIOT (Rouen, Seine-Maritime, 17 avril 1843* ap. 1900) artiste dramatique ; parents de Jean Erhard de SIVRY (Paris 18e, 26 juin 1875* Paris 18e, 25 août 1896*), de Geneviève Charlotte de SIVRY (Paris 18e, 21 avril 1876* ), d'Hugues Erhard de SIVRY (Paris 18e, 04 août 1878* ), et de Marguerite Claudine dite Claudie de SIVRY (Paris 18e, 31 janvier 1884* Paris 16e, 28 février 1959), vedette du cabaret de la Chaumière et qui créa le 12 décembre 1930 aux Bouffes-Parisiens les Aventures du roi Pausole (Dame Perchuque) d'Arthur Honegger [épouse 1. à Paris 5e le 28 novembre 1903 Emile Jacques de MEYER ; 2. à Paris 18e le 28 octobre 1918 Georges Ernest BRICET].

 

 

Comptable dans une compagnie d'assurances, puis chez un agent de change, ce dernier, un jour de « krach », s'étant brûlé la cervelle, Sivry abandonna les chiffres pour la musique. Il prit la succession de Métra comme chef d'orchestre au bal Robert, puis dirigea une troupe de musiciens hongrois à la brasserie Fanta (1867). Il passa ensuite aux Délassements-Comiques, à la Nouvelle Bastille, à la Vieille Amérique, aux Folies-Marigny, et fit de nombreuses tournées avec Rodolphe Salis et Théodore Botrel, dont il était l'accompagnateur attitré. Après avoir succédé à Albert Tinchant comme pianiste au Chat-Noir, il fut, jusqu'à sa mort, l'accompagnateur des Quat'-z-Arts. Il a collaboré, pour la musique, avec tous les chansonniers de Montmartre. C’est au Chat-Noir qu’il rencontra en 1868 le poète Paul Verlaine, qui épousera le 11 août 1870 à l’église Notre-Dame-de-Clignancourt à Paris 18e sa demi-sœur Mathilde Mauté.

Il a publié un assez grand nombre de chansons et romances, et s'est beaucoup occupé de reconstitution de musique ancienne (il a recueilli et harmonisé des Chansons de France). Il a fait représenter dans des petits théâtres quelques opérettes et pantomimes. Il a fait exécuter un poème symphonique : la Légende d'Hiram, exécuté le 24 octobre 1878 dans la salle des fêtes du palais du Trocadéro, pour une grande solennité franc-maçonnique ; un drame lyrique : la Rédemption d'Istar (Théâtre des Nations, 1880) ; un ballet : le Cœur de Sîtâ (Eden-Théâtre, 18 mai 1891). En 1897, il préparait avec Tiercy Ah, mes enfants !, revue en 3 actes. On lui doit pour le Chat-Noir la musique de pièces du théâtre d’ombres : Phryné de Maurice Donnay (1891) ; Ailleurs de Maurice Donnay (1891) ; le Malin Kangourou, « drame australien », ombres de Gustave Verbeck (1893) ; Roland à Roncevaux, oratorio en trois tableaux, poème de Georges d’Esparbès (Paul Delmet faisait Roland). On lui doit encore une Méthode élémentaire de mandoline. Il a pris une part de collaboration à une petite feuille musicale, le Progrès artistique, et il est l'auteur d'un petit monologue, le Prêtre, monocoquelogue en trois tableaux, dit par Coquelin cadet.

En 1871, il habitait 14 rue Nicolet à Paris 18e ; en 1897, 47 rue d'Orsel à Paris 18e ; il est décédé en son domicile, 38 rue des Abbesses à Paris 18e.

 

 

 

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

le Rhinocéros et son enfant, opérette-bouffe en 1 acte, livret de Saint-Fargeau [Lepelletier dit] (Délassements-Comiques, 01 septembre 1874)

le Vicomte de Chrysocale, opérette, livret de Frédéric Dharmenon et Gaston Escudier (Délassements-Comiques, 22 octobre 1874)

le Ménage Pavernay, opérette en 1 acte, livret de MM. Adrien et Georges Thalray (Folies-Marigny, 27 juillet 1875)

Jolicœur, opérette en 1 acte (Fantaisies-Oller, 24 janvier 1877)

Tous gentilshommes, opérette en 1 acte (Fantaisies-Oller, 20 mars 1877)

Un Grand Prix de Rome, comédie en 1 acte de Dubas (Folies-Marigny, 18 février 1879)

la Rédemption d'Istar, drame lyrique en 2 parties, livret de Bertol-Graivil (Théâtre des Nations, 29 juin 1879, avec Mme Irma Marié et M. Mauzin)

Aveugle par amour, opérette en 1 acte, livret de Bertol-Graivil (casino d'Etretat, 07 août 1883)

Agamemnon, tragédie d'Eschyle, adaptation française d'Henri de Bornier, musique grecque reconstituée par Charles de Sivry (Opéra de Paris, 26 janvier 1886 [extraits]) => fiche technique

le Miracle de Saint Nicolas, mystère en 3 actes et 4 tableaux de Gabriel Vicaire (Théâtre d'Application de la Bodinière, 12 décembre 1891)

la Petite princesse, opérette en 1 acte, livret de Bertol-Graivil (Théâtre d'Application de la Bodinière, 08 mai 1893)

 

ballets

 

les Actrices pour rire, ballet en 3 actes de F. Savard et G. Numa (Délassements-Comiques, 01 septembre 1874)

l'Avare et son trésor, pantomime en 1 acte de P. Legrand et Bouvret, musique avec Paul Delmet (Galerie Vivienne, 23 octobre 1890)

le Cœur de Sîtâ, grand ballet-pantomime en 3 actes et 8 tableaux avec chœurs et soli, livret de G. de Barrigue de Fontainieu (Eden-Théâtre, 18 mai 1891)

les Faux vieillards, pantomime en 1 acte de Guillaume Livet (Salle Duprez, 09 novembre 1891)

les Images, pantomime en 2 actes de Guillaume Livet, Hubert et Minet (Fantaisies-Parisiennes, 02 janvier 1893)

Joséphine elle est malade, pantomime en 1 acte de Georges Courteline (Scala, 08 septembre 1894)

 

 

 

Charles de Sivry par Georges Redon (le Rire, 12 janvier 1895)

 

 

 

 

A l'Éden-Théâtre, un ballet d'action de deux auteurs français, M. de Fontainieu et M. Charles de Sivry, est venu rem placer le mécanique ballet italien et les gros effets musicaux dont il est coutumier.

 

Bien qu'il ait évidemment cherché les sonorités un peu violentes qui semblent convenir à ce genre, dans ce milieu, M. de Sivry se montre soucieux de la variété et de la couleur que comporte son sujet. C'est un compositeur de valeur réelle.

 

D'autre part, les combinaisons chorégraphiques sont fort ingénieuses et fort harmonieuses à l’œil.

 

Je n'en parle toutefois que sur un unique échantillon, car je n'ai vu que le premier des huit tableaux dont se compose le spectacle. Ce soir-là, la machinerie ne fonctionnait pas ; il était onze heures quand la toile s'est levée sur ce premier tableau et j'ai dû, pour cette fois, me contenter de cette impression partielle, comme je viens de le dire.

 

La fable que M. de Fontainieu a donnée pour thème à M. de Sivry procède d'une de ces nombreuses légendes hindoues qu'on puise dans les livres védiques... quand on ne les invente pas.

 

L'action se passe à Delhi, à l'époque de la conquête mongole. Sitâ — j'ai oublié de dire que ce ballet a pour titre : le Cœur de Sitâ — Sitâ est aimée à la fois par Irâman et par Baber, le chef mongol. Celui qu'elle aime meurt. C'est Irâman, si j'ai bien compris le drame raconté. Voyant alors qu'elle va appartenir au vainqueur, elle se tue.

 

Je ne puis parler que par ouï-dire de ce sujet. Tel qu'il m'apparaît, il ne me semble pas sans quelque analogie avec celui du Roi de Lahore, de J. Massenet, selon lequel une autre Sitâ, aimée à la fois du roi Alim et de son ministre Scindia, finit par se frapper pour échapper à la poursuite de ce dernier.

 

Mais la première Sitâ, celle de M. J. Massenet, ne fait que chanter son amour et ses peines ; celle de M. de Sivry les mime et les danse, et elle les mime et les danse fort bien, avec beaucoup de passion véhémente, par la grâce de Mlle Striscino.

 

(Louis Gallet, la Nouvelle Revue, 01 juin 1891)

 

 

 

 

 

Le folklorisme musical chez Charles de Sivry.

Le compositeur Charles-Erhardt de Sivry, né en 1848 et qui est décédé en janvier 1900, mérite à bien des égards de laisser un nom dans la mémoire de la Postérité.

Il fut un Rénovateur de la « Chanson populaire » qu'il s'appliqua à recueillir dans toutes les provinces de France, notamment en Bretagne. Citons : « la Chanson de Jean Renaud », celle de la Mariée, « Voici la Noël », etc., que l'on a chantées partout après qu'il les eût fait connaître aux Quat’-z-Arts du Boulevard de Clichy-Montmartre et ailleurs. On sait quel succès elles y eurent, ainsi que lorsqu'à une conférence du Cercle Saint-Simon, M. Quellien les signala. Elles sont réunies dans une publication de l'éditeur Quinzard, 24, rue des Capucines... Mais l'œuvre de Charles de Sivry ne se borne pas à cela. Il a fait de nombreux ballets, des oratorios : « le Cidre », la « Cucaracha », « l'Absinthe », « Daphnis et Chloé »... d'autres encore et la fameuse « Légende d'Hiram », jouée en 1878, au Trocadéro, pour la grande Fête Maçonnique de la réception des Maçons étrangers et de ceux des départements et des colonies par leurs Frères de Paris.

L'inspiration de cette œuvre me rappelait, pour les paroles, la belle Ode symphonique presque oubliée aujourd'hui que les anciens Maçons Ortolan et Steimer dédièrent aux « Amis de Sully » de Brest ; mais la musique de Sivry avait une originalité tout à fait à elle et d'un caractère moderne bien marqué. Elle mériterait d'être reprise dans quelques fêtes du Grand Orient et des Fraternités d'Ateliers Maçonniques du monde entier...

M. de Sivry était un érudit et un évocateur du Passé en même temps que le chantre le plus primesautier des actualités et des créations parisiennes « fin de siècle », si l'on peut dire. Il a reconstitué la musique grecque pour l'adaptation française d'Henri de Bornier à l'Agamemnon d'Eschyle, donné à l'Opéra en 1885. Les compositeurs les plus célèbres se récusaient, effrayés des difficultés d'un tel travail. Charles de Sivry se mit à l'œuvre et sa composition fut unanimement acclamée et produisit une impression profonde. Les Palmes académiques lui furent remises à cette occasion...

Citons encore « le Cœur de Sita », en 1891, à l'Eden-Théâtre, premier ballet accompagné de chant qui se soit joué à notre époque. Ce n'est qu'à la suite de cette œuvre que l'Opéra est entré dans cette voie, mais Charles de Sivry fut l'initiateur de cette forme nouvelle. Je citerai aussi un « Christophe Colomb », oratorio pour la Vieille Amérique reconstituée en 1892, etc... On voit par ces indications trop sommaires la valeur de l'œuvre musicale de ce compositeur...

(Théodore Lefebvre, Notes historiques sur la Bretagne-Finistère, 1902)

 

 

 

 

 

Rigaudon provençal de Charles de Sivry sur un thème de Saboly

 

 

 

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