Louise STICHEL

 

Louise Stichel en 1910 (photo L. Vasseur)

 

 

Luigia Giovanna Giuditta MANZINI dite Louise STICHEL

 

danseuse et chorégraphe italienne, naturalisée française en 1927

(Milan, Italie, 20 juillet 1856 – 37 boulevard Jourdan, Paris 14e, 06 novembre 1942*)

 

Fille de Louis MANZINI et d'Angèle GUISTETTI.

 

 

Elle entra comme danseuse à l'Opéra de Paris le 01 avril 1881 et y resta jusqu'en 1884. Ensuite, elle dansa et régla des ballets dans différents théâtres à Paris et en province. Du 01 octobre 1909 au 14 septembre 1911, elle fut maîtresse de ballet au Palais Garnier et régla la mise en scène et la chorégraphie d'Une fête chez Thérèse de Reynaldo Hahn. Elle fut également maîtresse de ballet à l'Opéra-Comique de 1923 à 1925. Elle poursuivit sa carrière dans plusieurs théâtres parisiens sous le nom de Gina STICHEL.

Lors de son décès, elle était célibataire et domiciliée 7 cité Universitaire à Paris 14e.

 

 

 

 

La troisième chambre du tribunal, présidée par M. Moré, a rendu jeudi son jugement dans le procès intenté par Mme Louise Stichel, maîtresse de ballet de l'Opéra, à Mme veuve Catulle Mendès et à M. Reynaldo Hahn, à l'occasion du ballet la Fête chez Thérèse. On sait que Mme Catulle Mendès, agissant comme héritière et tutrice de son enfant, avait contesté à la maîtresse de ballet de notre Académie nationale de musique le droit pour elle de faire figurer son nom sur l'affiche à côté de MM. Catulle Mendès et Reynaldo Hahn, ainsi que de réclamer la part de droits d'auteur afférente à sa collaboration. Les arguments principaux sur lesquels elle basait son refus étaient d'une part le paragraphe 3 de l'article 17 des statuts de la Société des auteurs aux termes duquel nul ne peut faire jouer une œuvre théâtrale sur un théâtre dans lequel il serait employé, Mme Stichel tenant à l'Opéra l'emploi de maîtresse de ballet, et enfin que l'usage s'opposait, à ce que les maîtres de ballet pussent se dire collaborateurs du librettiste et du musicien.

Le tribunal, examinant d'abord l'article 17 susvisé, décide qu'en l'espèce celui-ci ne peut constituer une fin de non-recevoir à la demande de Mme Stichel. Examinant ensuite la question de savoir si la collaboration de la maîtresse de ballet à laquelle le musicien a rendu hommage ne pouvait donner lieu, pour Mme Stichel, à d'autres avantages qu'à une simple satisfaction d'amour-propre ou si, au contraire, elle devait avoir pour résultat de lui assurer une rétribution spéciale sous une forme quelconque, le tribunal est amené à établir une distinction entre le rôle du maître de ballet dans les ballets ordinaires et celui qu'il prend dans les ballets « d'action ». En ce qui concerne les premiers, il ne peut être question de collaboration, tandis qu'elle est effective entre le musicien et le maître de ballet dans les seconds, ce qui est le cas de la Fête chez Thérèse.

Le tribunal, en conséquence, dit et juge que Mme Stichel doit être considérée comme une collaboratrice, que les droits d'auteur doivent être partagés par tous et qu'elle pourra toucher les siens à la Société des auteurs sur sa simple quittance ; qu'en outre, sur simple quittance également, elle aura droit de toucher des mains des éditeurs Heugel et Cie le sixième du produit de la vente de la partition d'orchestre. Le tribunal ajoute que les affiches, tant celles de l'Opéra que des théâtres où sera représenté la Fête chez Thérèse, ainsi que la partition et le livret devront mentionner le nom de Mme Stichel, immédiatement à côté des noms du librettiste et du compositeur.

(le Monde artiste, 11 février 1911)

 

 

 

 

 

Mme Gina Stichel

Quotidiennement, à la Gaité-Lyrique, Mme Stichel, maîtresse de ballet, enseigne l'art et la technique de la danse.

Etonnante de verdeur et d'activité, elle a un visage énergique, des yeux vifs, un sourire sévère et bon. La main droite armée d'une canne, elle martèle la mesure, et, de sa voix âpre, secoue la nonchalance des élèves paresseuses ou stimule le courage des plus assidues.

Rien n'échappe à son regard aigu. Les jeunes danseuses doivent faire les exercices, assouplir leurs muscles, sans répit et sans défaillance.

C'est une rude leçon. Les fronts se mouillent de sueur, les joues s'empourprent. Encore un effort ! Aline Capry, première danseuse-étoile de la Gaîté, est là pour donner l'exemple. Infatigable, souple, gracieuse, avec une jolie figure douce, elle exécute, en se jouant, les ronds de jambes, les arabesques, les cabrioles que ses camarades imitent de leur mieux.

Parmi les élèves, une jeune Russe, d'étrange attrait, Sonia Batcheff, charme avec une originale danse hindoue réglée par Mme Stichel.

Toutes ces adolescentes paraissent craindre et aimer leur professeur dont les mérites et les titres sont importants.

Née à Milan, Mme Gina Stichel, ayant vécu dans notre pays toute son heureuse carrière d'artiste et de femme, fut fière de se faire naturaliser Française.

Grand sujet à l'Opéra de Paris, d'abord, elle parcourut pendant treize ans la grande province comme première danseuse et maîtresse de ballet.

Puis elle revint définitivement à Paris. Maîtresse de ballet à l'Opéra de 1909 à 1911, au Châtelet, à l'Opéra-Comique, aux Folies-Bergère, à l'Apollo, où elle monta tout le répertoire viennois, elle est, depuis 1914, maîtresse de ballet à la Gaîté-Lyrique, aimant plus particulièrement ce théâtre et son public bourgeois, connaisseur et ombrageux, réfractaire aux intrigues savantes, aux tapageuses renommées, mais sensible à l'Art et à la Beauté.

Soutenue par un profond amour de son métier, Mme Gina Stichel forme des danseuses classiques. Ne prenant jamais de repos, même l'été, elle est accessible à toutes celles qui sont prêtes au travail et aux efforts patients, renouvelés. Elle n'a qu'un but : seconder et diriger ; de toute son autorité et de tout son talent incontestés, les vraies artistes...

(Claude Pierrey, Paris-Soir, 23 novembre 1926)

 

 

 

 

 

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