Renata TEBALDI

 

Renata Tebaldi lors du cinquantenaire du Théâtre des Champs-Elysées en 1963

 

 

Renata Ersilia Clotilde TEBALDI dite Renata TEBALDI

 

soprano italien

(Pesaro, Marches, Italie, 01 février 1922 – Saint-Marin, république de Saint-Marin, 19 décembre 2004).

 

 

Après avoir débuté à Rovigo en 1944, elle assure la réouverture de la Scala de Milan sous la direction de Toscanini (1946) et triomphe rapidement à l'étranger (Londres et San Francisco, 1950 ; Paris, 1951 ; Metropolitan de New York, 1955 ; etc.). Appréciée pour la richesse de son timbre de soprano, interprète applaudie de Verdi et Puccini, elle occupe une place importante dans la vie lyrique de l'après-guerre.

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle débuta le 30 juin 1951 avec la troupe du théâtre San Carlo de Naples en participant à la première de Giovanna d'Arco [Jeanne d'Arc] (Giovanna) de Giuseppe Verdi.

 

En représentation, elle chanta Aïda (Aïda, 1959) et Tosca (Floria Tosca, 1960, avec Albert Lance et Gabriel Bacquier, sous la direction de Georges Prêtre).

 

 

 

 

 

Renata Tebaldi dans la Bohème (Mimi)

 

 

 

 

publicité de mai 1959

 

 

 

Renata Tebaldi vient de remporter un succès triomphal à l'Opéra de Paris, les 5 et 8 juin, où elle a incarné le rôle d'Aïda. La grande cantatrice internationale était déjà venue, il y e quelques années, dans notre capitale, où elle a interprété le rôle de Jeanne d'Arc, dans l'opéra du même nom, de Verdi. Les Parisiens l'ont entendue également à l'église de la Madeleine, où elle e chanté le « Requiem » de Verdi. Et maintenant, quand la reverrons-nous ?

 

Née dans la même ville que Rossini, à Pesaro, en 1922, Renata Tebaldi entre au conservatoire de cette même ville. Elle étudie alors le chant avec la célèbre chanteuse Carmen Melis. Jusqu'en 1945, la cantatrice affirme ses qualités vocales en chantant tous les rôles du répertoire de grand lyrique. Je l'ai entendue dans Hélène du Mefistofele de Boito, au théâtre de Revigo ; mais elle n'avait pas encore atteint à la maîtrise incomparable d'aujourd'hui.

Elle ne prend vraiment son essor que dans les débuts sensationnels qu'elle fit, cette même année, à l'Opéra de Trieste, dans le rôle de Desdémone de l'Otello de Verdi. Sa première rencontre avec Toscanini lui ouvre les portes olympiennes de la Scala de Milan. Nous n'allons pas énumérer tous les théâtres de la péninsule où elle conquit un public difficile, même celui de Bologne. Sa consécration de reine du bel canto ne devait tarder.

C'est en 1949 qu'elle quitte l'Italie pour conquérir le marché international du lyrique : Espagne, Amérique du Sud, le Metropolitan de New York. Une lumineuse rencontre associe le célèbre ténor Del Monaco à la grande chanteuse. L'opinion était unanime ; mais celle qu'on peut retenir comme la voix du destin fut celle de Toscanini : « C'est la plus grande ! », prononça-t-il. Un tel hommage dépasse les normes de la publicité, confond les rivalités et les jalousies. Il reste, à la grande artiste, à accrocher un fleuron envié par elle : celui de l'Opéra de Paris. Cela ne pouvait tarder.

 

Confrontation.

On ne peut parler de Renata Tebaldi sans évoquer sa grande rivale. L'encre a coulé à flots pour départager les deux artistes. Il faudrait pasticher la célèbre comparaison de Victor Hugo sur deux célébrités de son époque. Voici ce que cela donnerait : « Tebaldi est belle, d'une beauté classique. Callas est belle, d'une beauté de Sicambre, toute moderne. Tebaldi a l'air d'une beauté romaine, Callas a l'air d'un faune. Tebaldi n'a point de défauts, et domine complètement la foule qui l'écoute. Callas est pleine de défauts. Tebaldi est arrivée, du premier coup, au succès, et disparaîtra en plein succès ; Callas, malgré tous ses triomphes, n'a jamais connu le grand succès sans conteste qu'elle mérite. Eh bien ! De ces deux artistes également impérieuses, l'une paraît plus complète, c'est Tebaldi ; l'autre est plus grande... c'est Callas. Tebaldi est parfaite, Callas est inégale. Tebaldi plaît toujours. Callas heurte parfois le goût, mais a des mouvements, des mots qui font tressaillir une foule jusque dans ses profondeurs, et des éclairs étonnants qui la transfigurent et la font apparaître dans l'éblouissant rayonnement de la calme grandeur. En un mot, si l'on accorde que la chanteuse qui interprète une œuvre peut avoir du génie, ce qui est discutable, Tebaldi a plus de talent ; et Callas, plus de génie. » Que Victor Hugo me pardonne.

 

Bel canto.

Nino Guerrini, le journaliste de l’Express, de Milan, a trouvé la note juste pour mettre les deux artistes en compétition : « L'une chante les opéras, l'autre les vit ». En vérité, les Milanais préfèrent la Tebaldi, malgré l'admiration parfois frénétique et coléreuse qu'ils ont pour la Callas. Dans ce mot unique de « bel canto », qui comprend la qualité de la voix, la justesse, l'étendue superbe du registre, en un mot la synthèse la plus pure, la Tebaldi est souveraine et maîtresse. Elle a eu le courage de dire, devant les attaques de sa rivale : « La Callas finira par être toute seule ! » C'est inexact, car la beauté pure du marbre de Paros reste une valeur intrinsèque, et rien ne peut remplacer cette matière. On ne ternit pas un blanc bleu, même si on a des éclats d'émeraude. La Callas a osé dire : « La Tebaldi n'a pas d'épine dorsale ». C'est Toscanini qui lui a répondu : « Tebaldi, c'est la voix de l'ange. » Que pourrait répondre la Grecque ? Est-ce à dire que Tebaldi n'a pour elle que sa voix ? Ce serait une erreur de le croire ; elle joue, interprète avec sa nature ; c'est le violon qui chante, couvrant le violoncelle. On peut ne pas trouver certaines résonances dans sa voix d'or. La perfection peut engendrer la monotonie ; mais, là où finit le bel canto, commence la déclamation.

 

Ses rôles.

La Tebaldi, c'est l'incomparable Desdémone, mourante et sacrifiée, la Traviata, idéalement chantante, pureté sonore inégalée depuis la Galli-Curci. sachant garder ce contrôle vocal qui sombre trop souvent, victime d'un foyer en ébullition ou, tout simplement, d'un état de nerfs. Floria Tosca, Aïda, André Chénier, Butterfly, cette succession de rôles du chant à grande puissance, dirait le professeur Husson...

 

 

 

Renata Tebaldi, merveilleuse interprète de la Tosca

 

 

Technique.

C'est dans la technique que l'on peut encore le plus admirer Renata Tebaldi. La soudure de ses registres est admirable, et l'on se demande par quelle perfection elle joue d'un son de poitrine, pour donner à son chant une valeur émotive. Quant à l'aigu, il prend, à partir du fa, une rondeur qui établit un passage parfait. Comme disent les grands physiologistes de la voix, elle chante « le larynx en bas ». C'est dans cette technique que Tebaldi reste un exemple pour toutes les chanteuses. Le son reste enrobé, il n'a plus l'apparence et l'audition du cri, de la voix aigre de trop de lyriques qui ont perdu leur qualité en perdant la puissance. Cette science de la technique est un des secrets de son art. On ne demande pas à un Kreisler combien d'heures de travail il lui a fallu pour atteindre la sublimité du son. On ne pourrait poser la même question à la Tebaldi. Encore un de ses mystères : sa prodigieuse articulation. On ne perd pas une syllabe de son explication vocale, alors qu'on ne comprend pas la moitié du texte avec d'autres artistes, quelquefois possédant une très belle voix.

J'ai entendu, en France, certains critiques disant que Renata Tebaldi a l'aigu « court ». Si l'on entend, par aigu, un cri déchirant en sons ouverts, spécialité hélas ! de trop de lyriques, nous concevons qu'ils ne trouvent pas chez Renata Tebaldi cet affligeant défaut, qui, pour eux, est une qualité. Fauré disait : « crier n'est pas chanter, et encore moins g... ». La Tebaldi a l'aigu du grand lyrique d'opéra, qui garde, jusqu'au contre-ut, sa rondeur, son épaisseur, sa tonalité, son ampleur. Il semble plus bas à l'oreille, car il ne « s'amenuise » pas. Des aigus de ce calibre sont rares, et je cite, en exemple, ceux qu'elle donne dans la Tosca et dans Aida.

Il faut méconnaître le chant italien pour prétendre que la Tebaldi a l'aigu « court ». Aucune voix, en Italie, ne peut atteindre la célébrité, avec cette insuffisance organique. On pardonne le style et l'interprétation. mais on n'admet, en aucune façon, une voix courte. Ce n'est pas à la plus grande chanteuse italienne que l'on peut faire ce reproche. On veut la comparer à Boninsegna à Rosa Raisa, à la Lombardi. Aucune de ces chanteuses au métal précieux n'ont l'ampleur de Tebaldi. Leur facilité est dans un autre domaine : celui de la légèreté et de l'aptitude à vocaliser plus facilement.

 

Discographie.

Ses disques Decca ont édité une véritable discothèque avec cette voix unique pour la gravure, à cause de la qualité, de la pureté du timbre. Il faut entendre l'enregistrement intégral de Madame Butterfly, de la Tosca. C'est bien là le prototype de la phonogénie. Il y a un enregistrement de la Bohème qui devient un document sonore qui s'inscrit pour les générations à venir. Son nom fera écho avec celui des Malibran, Sontag et Jenny Lind. Nous ne pouvons citer la collection, chez la même firme, prodigue de beauté, des 45 tours, des 33 tours en 30 centimètres et en 25 centimètres. Quelle somme fabuleuse, sur le plan matériel, doit rapporter les « royalties » d'une pareille vente mondiale ! Ne dit-on pas que Tebaldi touche 2 millions par concert ?

 

La femme.

Il faut entendre Nino Guerrini parler de Renata Tebaldi, au temps où elle était au Metropolitan. « Malgré son immense succès, dit-il, elle est restée d'une simplicité étonnante, étudiant la musique à longueur de journée, laissant prendre à sa mère toute décision pour son avenir, faisant humblement sa prière avant d'aller au théâtre. » Une vie privée d'une transparence rare, avec un complexe de timidité excessif. On ne lui connaissait aucun flirt, mais, disait-on, elle semblait avoir une certaine émotion devant la jeunesse et le talent du ténor Lemeni. Cela est resté, d'ailleurs, sans lendemain. Ce qui nous préoccupe, ce sont beaucoup plus les amoureux factices de l'Opéra, qui sont, pour elle, plus des rivaux que des amis. A part les déclarations enflammées que reçoit la Tebaldi de tous les super-ténors de l'époque, les hommages sans fin du public, le reste ne nous intéresse pas. Le lyrique respecte la vie privée des artistes, à plus forte raison quand il s'agit d'une Carmélite du chant comme Renata Tebaldi, toute dévotion et foi dans son art.

 

(Jean Mauran, de l'Opéra, Musica disques, juillet 1959)

 

 

 

 

Renata Tebaldi, Disques, janvier 1960

 

 

 

 

la Tebaldi dans Tosca (Floria Tosca) au Palais Garnier le 10 juin 1960

 

 

 

 

 

Arrivée de Renata Tebaldi de Paris

01 juin 1959 (vidéo muette)

 

 

 

présentation de l'acte III d'Aïda avec Renata Tebaldi

enr en public à l'Opéra de Paris, 05 juin 1959

 

 

 

"Vissi d'arte" extrait de l'acte II de Tosca de Puccini

Renata Tebaldi (Tosca)

1959

 

 

 

 

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