Martial TÉNÉO

 

 

 

Jules Marie Hyacinthe DECLOUX dit Martial TÉNÉO

 

critique musical français

(Paris, 15 décembre 1859 )

 

 

Il fit des études libres en France et en Angleterre, puis collabora à plusieurs journaux et revues d'Art. Il a fait représenter au théâtre Balladyna, adaptation du drame polonais de J. Slowacki (Théâtre des Poètes, Renaissance, 12 juin 1895). Commis de la bibliothèque de l'Opéra de Paris en 1907, il en devint le bibliothécaire en janvier 1912.

En 1897, il habitait 5 rue Bellini à Paris 16e.

 

 

 

 

mélodies

 

Galant berger (le), musique de Gaston Lemaire

 

 

 

 

 

Le Ballet Russe

 

On s'explique le triomphe de la troupe si victorieusement dirigée par M. Serge de Diaghilev quand, ne fût-ce qu'une fois, on a assisté au merveilleux spectacle d'un ballet russe.

 

Le ballet russe, c'est quelque chose d'enchanteur et de prodigieux qui est à la fois de la peinture, de la musique et de la chorégraphie : quelque chose de vivant, ailé, multiple, unique et d'où se dégage une poésie intense ; c'est du symbolisme qui vole, qui glisse, qui rampe aussi, qui se manifeste sous mille formes et mille couleurs, va de l'idylle légendaire au drame puissant. Et cela scintille, miroite, tourbillonne, cela met sous les yeux charmés de femmes-oiseaux, des hommes qui s'élèvent dans les airs et méprisent de retoucher à terre trop vite. Qu'il s'agisse du Carnaval, de Narcisse, du Spectre de la Rose, de Schéhérazade, de l'Oiseau de feu, de Petrouchka, chaque spectacle est curieux, débordant de couleurs et de rythmes.

 

Il en émane une beauté harmonieuse où les costumes, les décors, la mise en scène, les gestes, l'allure de chaque personnage, tout est significatif et suggère aussi facilement le mystère tragique que le rêve étoilé.

 

Orgies de lumières soleillantes et de lunaisons placides, combats d'aubes et de rayons, les ballets russes sont des régals remplis de grâce romantique, de splendeurs orientales, de sonorités étranges, inattendues, d'évocations somptueuses. Tout cela est baigné d'une atmosphère d'irréel et de vérité, tout cela donne une impression délicieuse. Un décorateur-costumier comme M. Bakst, un maître de ballet comme M. Fokine, des artistes comme Mlles Karsavina, Will, Piltz, Nijinska, Baranovitch, Wasilewska, Tcherepanova ; MM. Nijinski, Bolm, Grigoriew, Sergheief Semenov, constituent un ensemble parfait, évoluant au milieu de décors qui n'imitent pas servilement la nature et sont toujours propices au sujet en enveloppant l'action de tons concordants.

 

Le ballet russe est une leçon donnée à nos poètes et à nos musiciens. Mais ce n'est pas la place ici d'ouvrir un débat d'esthétique chorégraphique. Qu'il me suffise de dire que l'art du ballet, en France pourrait prendre un nouvel essor si nos artistes faisaient entrer dans leurs conceptions la matière d'un vrai drame lyrique et s'ils employaient une musique nouvelle, originale, expressive, à la manière d'un Stravinsky, par exemple.

 

La danse est un art délicieux entre tous les arts, a dit Jacques Blanche, l'éternel symbole de la vie et de nos passions, où les poètes se délectent, dont tous les artistes peuvent s'inspirer.

 

N'oublions pas que nous avons droit à une renaissance, car le ballet russe, à tout bien considérer, est une magnifique transformation de la tradition française du XVIIIe siècle. L'admirable Nijinski est le descendant direct de Vestris le fils et il s'apparente aussi à Paul, surnommé l’aérien.

 

(Martial Ténéo, extrait d’un programme des Ballets Russes à l’Opéra de Paris, 31 décembre 1911)

 

 

 

 

         

 

Leçon à Minet, chanson d'enfant, paroles de Martial Ténéo, musique de Gustave Goublier

 

 

 

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