Pierre VEBER

 

Pierre Veber par Charles Léandre

 

 

Pierre Eugène VEBER dit Pierre VEBER

 

littérateur et auteur dramatique français

(Paris 2e, 15 mai 1869* Paris 9e, 20 août 1942*)

 

Fils d'Eugène Napoléon VEBER (Sens, Yonne, 20 mars 1832 –), dessinateur, et de Léontine Rosalie JAULAIN (Pontoise, Seine-et-Oise [auj. Val-d'Oise], 03 octobre 1834 –), mariés à Versailles, Seine-et-Oise [auj. Yvelines], le 18 septembre 1858*.

Frère de Jean VEBER (Paris 9e, 13 février 1864* – Paris, 28 novembre 1928), peintre et dessinateur [père de Rose Marie VEBER (Paris 17e, 08 décembre 1893* – Paris 16e, 04 décembre 1987) épouse à Paris 17e le 12 octobre 1919 le compositeur Jacques IBERT ; et de Michel Jean VEBER dit NINO (Paris 17e, 04 février 1896* – aux Etats-Unis, mai 1965), librettiste d'opérettes].

Epouse 1. à Paris 17e le 05 novembre 1894* Marguerite Thérèse BERNARD (Besançon, Doubs, 01 juillet 1874 – av. 1930) [sœur de l'écrivain Tristan BERNARD] ; parents de Serge Pierre VEBER (Paris 17e, 02 septembre 1897* – Paris 16e, 16 juin 1976), librettiste d'opérettes.

Epouse 2. à Paris 17e le 29 décembre 1930 Yvonne Joséphine Camille LALANDRE (– ap. 1942).


 

Il écrivit, seul ou en collaboration, des comédies, des romans et des contes humoristiques d'une ironie pince-sans-rire. Parmi ses romans, nous citerons : l'Aventure (1898), Amour, amour ! (1900). Il a donné au théâtre, entre autres : Julien n'est pas un ingrat (1898) ; Que Suzanne n'en sache rien (1899) ; Loute (Nouveautés, 17 mai 1902) ; Gonzague (1905, dont Jacques Ibert a tiré un opéra bouffe en 1931) ; Vous n'avez rien à déclarer ? (avec Hennequin, 1906) ; Une loge pour "Faust" (1912) ; Madame et son filleul (avec Hennequin, 1917). Il fut nommé chevalier (21 décembre 1904), puis officier (19 février 1919) de la Légion d'honneur.

En 1897, il habitait 7 rue Edouard Detaille à Paris 17e ; il est décédé en son domicile 15 rue Moncey à Paris 9e.

 

 

 

 

livrets

 

Mademoiselle George, opérette en 3 actes, avec Victor de Cottens, musique de Louis Varney (Théâtre des Variétés, 02 décembre 1900)

le Puits d'amour, vaudeville-opérette en 3 actes, avec L. Bannières, musique de Louis Gibaux (Théâtre Cluny, 26 décembre 1901)

le Prince de Pilsen, opérette américaine de Franck Pixley, version française avec Victor de Cottens, musique de Gustave Luders (Olympia, 14 décembre 1907)

Léda, opéra bouffe en 3 actes, avec Lucien Augé de Lassus, musique d'Antoine Banès (édité chez Enoch en 1909)

le Soldat de chocolat, opérette en 3 actes, version française, musique d'Oscar Straus (Bruxelles, 08 septembre 1911 ; Théâtre de l'Apollo, 08 novembre 1912)

les Petites étoiles, opérette en 3 actes, avec Léon Xanrof, musique d'Henri Hirschmann (Théâtre de l'Apollo, 23 décembre 1911)

Manœuvres d'automne, opérette viennoise en 3 actes, version française, musique d'Emmerich Kálmán (Théâtre des Célestins, Lyon, 20 mars 1914)

le Poilu, comédie-opérette en 2 actes, avec Maurice Hennequin (Palais-Royal, 14 janvier 1916) => livret

la Charmante Rosalie ou le Mariage par procuration, comédie musicale en 1 acte, musique d'Henri Hirschmann (Opéra-Comique, 24 février 1916)

Loute, opérette en 3 actes, d'après sa comédie, avec Maurice Soulié, musique de Joseph Szulc (Bruxelles, 03 novembre 1922)

Epouse-la !, opérette en 3 actes, musique d'Henri Hirschmann (Femina, 16 janvier 1923)

la Bayadère, opérette en 3 actes, version française, lyrics de Bertal et Maubon, musique d'Emmerich Kalman (Théâtre des Célestins, Lyon, 30 janvier 1925)

Quand on est trois..., comédie musicale en 3 actes, d'après sa pièce, avec Serge Veber, lyrics d'Albert Willemetz, musique de Joseph Szulc (Théâtre des Capucines, 19 avril 1925)

Monsieur Beaucaire, opérette romantique en 1 prologue et 3 actes, version française avec André Rivoire, musique d’André Messager (Marigny, 20 novembre 1925 ; Opéra-Comique, 18 novembre 1955) => fiche technique

le Péché capiteux, opérette en 3 actes, musique de René Mercier (Théâtre de l'Etoile, 18 septembre 1925)

l'Homme qui vendit son âme au diable, opérette en 4 actes, d'après son roman, avec Serge Veber, musique de Jean Nouguès (Gaîté-Lyrique, 16 mars 1926)

Divin mensonge, opérette en 3 actes, avec Alex Madis, couplets d'Hugues Delorme, musique de Joseph Szulc (Théâtre des Capucines, 12 octobre 1926)

Sans tambour ni trompette, opérette en 3 actes, avec Henry de Gorsse, musique d'Henri Casadesus (Folies-Dramatiques, 27 mars 1931)

Quand le diable s'en mesle..., opérette en 1 acte, avec Léon Uhl, musique de Jean Nouguès (Foire Saint-Germain, 22 mai 1931)

 

 

 

 

Pierre Veber

 

 

 

 

 

Comment on devient librettiste.

 

Il n'y a que le premier couplet qui coûte.

Durant de longues années, je vécus dans la quiétude du prosateur ; je pouvais donner à mes phrases la longueur que je voulais et inscrire une pensée dans le moins de mots possible. Mais je fus livré au démon de l'opérette, et c'en fut fait de ma sécurité ; mon ami de Cottens m'initia, et je tremblai.

Dans nos opérettes, je me contentai longtemps d'exécuter le dialogue, et je laissais à de Cottens le soin de perpétrer les couplets ; pour rien au monde je ne me fusse risqué sur ce Parnasse redoutable, où l'on dragonne les Muses. J'avais des souvenirs charmants, légués par mon ami Donnay, qui me citait ce quatrain, dont le bon sens le ravissait :

 

A table ! A table ! A table !

Car nous avons un fricandeau,

Et ce plat serait détestable,

S'il n'était pas mangé très chaud !

 

J'avais peur du couplet, je redoutais la rime, et je pensais avec joie : « Jamais je ne ferai de vers ! » Il ne faut pas dire : « Hippocrène, je ne boirai pas de ton eau ! » Je méprisais les faiseurs de revue, et je citais avec acrimonie ce refrain de Gavault, qui fut le Rip de son temps :

 

Partons sans plus attendre,

Car si nous restons là,

C'est facile à comprendre,

Nous n'avancerons pas !

 

Que Gavault me pardonne ! J'en ai commis de pires ! On me confia le soin d'adapter une opérette viennoise (vous voyez que cela date). Je prétendis me passer de l'indispensable couplettier ; non par avarice, mais par orgueil ; j'ai toujours cherché à m'instruire, et j'étais certain de réussir au moins autant que les lamentables lénékas et autres galfâtres ; à l'aide d'un dictionnaire de rimes je me tirai d'affaire ; ce fut une bataille douloureuse. La prosodie boche n'admet point de muettes ; je fus contraint à une gymnastique redoutable ; M. Chantavoine m'accusa de mal prosodier ; mais, peu après, il me vengea ! Il connut à son tour la géhenne, et il s'avéra aussi maladroit que moi, ce qui n'est pas peu dire ! Il faut admirer la virtuosité d'un Willemetz, qui sait tomber heureusement sur le temps fort, et qui n'a pas honte de dire : « C'est une gamine charmante ! » Cette rupture de rythme fut pour beaucoup dans le succès de Phi-Phi.

Faire du vers de huit pieds ? C'est aisé ; j'écrivis en quelques heures la Charmante Rosalie, que mon ami et complice Hirschmann mit en musique ; on rime selon la mélodie que l'on se chante à soi-même, et qui est toute différente de celle que le compositeur adaptera sur vos paroles. Ce système est déplorable ; vous fabriquez des couplets agréables, que la musique suit servilement, et qui ressemblent à un tas de choses de huit pieds. La loi du moindre effort plaît au librettiste, et le musicien se voit bridé par le vers.

Le travail en commun du versificateur (je n'ose dire : du poète !) et du compositeur est tout autre : le compositeur établit une mélodie, sur des paroles vagues : « Tralala... Machinchouette !... Ma bonne m'a plaqué ce matin... J'en ai plein le dos... Allez au bain !... » Et le librettiste doit fabriquer là-dessus les vers d'une valse lente ou d'un fox-trot. Trois pieds, et puis dix pieds, et puis six pieds ! Et il faut que ça colle ! Le librettiste doit être bon musicien et solfier correctement. Il livre son ouvrage au compositeur, qui le tripatouille, change les mots sans souci du sens, et vous rend responsable de vers absurdes, insanes, de fautes de prosodie et de français. Librettistes, mes frères, défiez-vous de votre complice, et corrigez les partitions. Sinon vous aurez de fâcheuses surprises ! Le compositeur vous imputera des élisions invraisemblables, ajoutera des mots ridicules qui défigureront votre pauvre poème. Cet être tumultueux se moque de l'harmonie des mots et de leur signification ; il ne pense qu'à sa partition, et il oublie le livret.

Tout n'est pas rose, dans le métier de librettiste ; vous vous êtes mis d'accord avec votre musicien, et vous avez installé une partition qui se tient ? Le directeur qui vous a reçu d'enthousiasme vous dit ensuite : « Je vous demanderai quelques modifications sans importance ; d'abord vous donnerez au ténor cette jolie fantaisie que vous aviez décernée au comique ; il la réclame et en fait une affaire d'état ; vous n'aurez qu'à changer les paroles. Votre finale du II est à refaire complètement ; ici, il faut un finale copieux ; vous m'ajouterez un air voluptueux pour Mlle Génis, un air qui se vende dans l'entr'acte, elle y tient ! Et puis, je veux un duo entre le Duc et la Chambrière.

— Ça fera deux duos de suite.

— Peu m'importe ; mon public adore les duos entre la rondeur et la soubrette. Je vous demanderai des couplets de diction pour Mlle Alice Théric, laquelle se juge mal partagée ; nous couperons la sérénade de M. Vouche, qui la chante mal, et le trio des Cocus, qui fait longueur. Ajoutez des couplets égrillards pour la duègne, qui ne craint personne pour le sous-entendu. Au besoin, nous sabrerons dans le texte parlé. »

Même cérémonie chez l'éditeur, qui n'est jamais content des paroles ni de la musique ; il pense à l'étranger ! Quel métier ! De cinquante numéros, les maîtres gardent vingt pièces choisies triées sur le volet. Le déchet servira en d'autres ouvrages, parce que rien ne se perd.

 

(Pierre Veber, Paris qui chante, 15 juillet 1923)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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