Georgina WELDON

 

Charles Gounod et Georgina Weldon, eau-forte de Frédéric Régamey (1874)

 

 

Georgina THOMAS dite Georgina WELDON

 

soprano britannique

(Tooting Lodge, Clapham Common, 24 mai 1837 – Brighton, 11 janvier 1914)

 

Epouse le 21 avril 1860 William Henry WELDON (1837 25 août 1919), lieutenant.

 

 

Elle a attiré l'attention beaucoup moins par ses talents musicaux que par ses retentissants démêlés avec Charles Gounod et par d'autres nombreux procès. Douée d'une jolie voix de soprano, chantant avec goût, elle fut l'interprète préférée de Gounod pendant le séjour de l'illustre compositeur en Angleterre, et, au lendemain de la guerre, elle vint chanter à Paris la partie de soprano solo de sa cantate Gallia (Conservatoire de Paris, 29 octobre 1871 ; Opéra-Comique, 08 novembre 1871). A Londres, c'était chez Mr. et Mrs. Weldon que logeait Gounod ; lorsqu'il voulut revenir en France, mistress Weldon resta en possession d'un certain nombre de manuscrits musicaux et littéraires, entre autres de la partition de Polyeucte, que le compositeur lui fit réclamer ; un procès s'engagea, des lettres pleines de récriminations furent écrites de part et d'autre, et, la justice anglaise donnant raison à mistress Weldon, Gounod se vit condamner à 291.000 francs de dommages-intérêts, tant pour frais de séjour chez le ménage Weldon que comme compensation d'imputations diffamatoires. Ce n'était que le prélude des nombreuses actions en justice intentées par mistress Weldon, qui, internée comme folle dans une maison de santé par les soins de sa famille, réussit à en sortir. Elle se mit aussitôt en devoir de poursuivre devant les tribunaux les médecins qui avaient signé le certificat de folie. Son mari, après l'éclat donné à ses relations avec Charles Gounod, s'était séparé d'elle ; mistress Weldon le poursuivit pour « abstention de devoirs conjugaux » et obtint gain de cause ; les juges rendirent contre l'infortuné M. Weldon un arrêt « d'attachement » l'obligeant a être plus attentif à remplir ses devoirs dans toute leur étendue ; mais quels que fussent les charmes de sa femme, M. Weldon préféra partir pour l'exil. L'irascible plaideuse fut moins heureuse avec M. Rivière, un chef d'orchestre des concerts de Covent-Garden qui l'avait engagée puis congédiée ; mistress Weldon, l'ayant accusé d'être un repris de justice et un bigame, se vit condamner à six mois de prison. Enfin elle intenta aussi un procès à l' « Intransigeant » pour avoir apprécié en termes peu flatteurs pour elle le verdict qui avait condamné Charles Gounod ; Henri Rochefort transigea avec elle et lui compta 250 livres sterling (6.250 francs). Elle a publié : Hints for pronunciation in singing with proposats for a self-supporting Academy (Londres, 1871, in-8°), méthode d'enseignement musical ; the Quarrel of the Royal Albert Hall Company with M. Ch. Gounod (1873, in-8°) ; la Destruction du Polyeucte de M. Ch. Gounod (Paris, 1875, in-12), mémoire justificatif ; Autobiographie de Charles Gounod (Londres, 1876, in-8°).

 

=> Autobiographie de Ch. Gounod, par Charles Gounod, avec une préface de Georgina Weldon (1875)

=> Mon orphelinat et Gounod en Angleterre, par Georgina Weldon (1882)

 

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y créa le 08 novembre 1871 Gallia, cantate de Charles Gounod.

 

 

 

 

 

Une femme excentrique et bizarre, qui, on se le rappelle, tint pendant plusieurs années une place importante dans l'existence de Gounod, Mme Georgina Weldon, vient de mourir obscurément à Brighton, à l'âge de 76 ans, après avoir si bruyamment occupé la chronique anglaise et française. Notre confrère de Bruxelles, le Guide musical, retrace ainsi sa biographie d'après les journaux de Londres :

 

Mme Georgina Weldon, née le 24 mai 1837, descendait d'une vieille famille galloise ; son vrai nom était Thomas, mais elle s'était fait appeler Threhern du nom de sa mère. Douée d'une très jolie voix, elle avait épousé en 1860 un jeune officier des hussards et sa vie s'était écoulée dans le monde, soit au pays de Galles, soit en voyages. En 1861 elle avait chanté publiquement avec succès au Canada, puis s'était vouée au professorat tout en se produisant dans les salons comme cantatrice. Elle avait décidé avec son mari de fonder à Londres un orphelinat, une sorte de Conservatoire pour enfants pauvres, au moment où Gounod, chassé de France par la guerre, se réfugia en Angleterre. C'est dans la maison où cet orphelinat devait être installé, à Tavistock house, que Gounod, acceptant l'hospitalité qui lui était offerte, passa, de 1871 à 1873, ces trois années de sa vie, dont la chronique a si souvent parlé. C'est là qu'il composa pour Mme Weldon, dont la beauté et la voix l’avaient absolument subjugué, un grand nombre de mélodies, des chœurs pour voix d'enfants, Rédemption, Gallia, des compositions religieuses, etc. Pendant trois années, Mme Weldon fut de tous les concerts à Londres et plus tard à Paris, puis à Bruxelles et à Spa, où Gounod faisait exécuter, dirigeait à l'orchestre ou accompagnait au piano les pages écrites pour Mme Weldon. Cette étrange et plutôt lamentable aventure se termina par une rupture éclatante. Pendant longtemps le pauvre Gounod dut mettre tout en œuvre pour se faire délivrer les manuscrits qu'il avait laissés à Tavistock house, notamment le manuscrit de Polyeucte qu'on refusait de lui restituer. Les Weldon publièrent contre lui un libelle où l'on trouve d'ailleurs beaucoup de renseignements authentiques et des lettres de Gounod (Mon orphelinat et Gounod en Angleterre ; lettres de Gounod, autres lettres et documents originaux). Après avoir occupé encore l'attention pendant quelque temps, Mme Weldon était complètement tombée dans l'oubli. Elle est morte le 11 janvier dernier, à Brighton, âgée de près de soixante-dix-sept ans.

 

Un autre journal de Bruxelles, l'Eventail, rappelant de son côté cette histoire qui donna lieu de retentissants et interminables procès, ajoute :

 

Celle qui vient de disparaître a survécu quarante années à tout cela, mais depuis longtemps on la croyait morte. Et les hommes d'aujourd'hui à qui l'on montrerait la curieuse photographie faite à Bruxelles par Géruzet et où l'on voit Gounod, la tête penchée vers elle, comme vers sa muse, s'étonneraient au bruit de ce nom : Georgina Weldon.

 

Cette photographie est très curieuse en effet ; elle constitue une sorte de document, et je crois que nous ne sommes pas beaucoup en France qui la possédions.

Mais ce qui est plus curieux encore, c'est un livre étrange publié en France par Mme Weldon, il y a quelques années, que peu de personnes assurément connaissent, et qui, je pense, est resté dans le cercle et dans l'intimité des spirites. Voici le titre de cette publication bizarre : « CHARLES GOUNOD (Esprit.). Après vingt ans et autres poésies, avec quelques mots d'explication par Georgina Weldon. » (Paris, 1902, petit in-4°.) Les vers contenus dans ce recueil étonnant (et quels vers !) auraient été, selon elle, dictés à Mme Weldon par l'ombre de Gounod, grâce à l'aide d'un médium excellent. Les « quelques mots d'explication » dont ladite dame les fait précéder, et qui ne tiennent pas moins de quarante-deux pages, sont eux-mêmes précédés d'une dédicace qui n'est pas moins falote que tout le reste et dont voici le texte :

 

A sa mémoire. A mon vieil ami Charles Gounod.

Je ne le dédie point ces pages ; je les publie, voulant t’élever un monument plus durable que le marbre ou le granit, monument destiné à célébrer et commémorer la survie de ton cœur et de ton intelligence.

Tu ne voudrais pas que je n'y mêle pas aussi le souvenir de tous nos chers petits animaux ; ce que mon cœur a le plus aimé, ce qui l’a fait tant pleurer, tant souffrir ; ces chers petits qui sont avec toi maintenant.

Ces pages apprendront à tant d'autres qui pleurent et qui souffrent, et qui, comme moi, auront subi les tortures des séparations douloureuses, à espérer, lors même que toute espérance semble morte, qu'il n'y a pas de mort, que la pensée survit et revient consoler la fidélité.

Ces pages apprendront à ceux qui doutent et qui pleurent, que leurs chers disparus peuvent se retrouver parmi eux en dépit des barrières du sépulcre.

Non seulement en éprouveront-ils une sérénité, une douceur, un apaisement profonds ; mais, encore, les sciences occultes y gagneront sûrement des adeptes éclairés et convaincus.

Gisors (Eure), 26 février 1902.

          Georgina WELDON.

 

Je n'en dirai pas davantage sur cette publication absolument fantasque, due à un cerveau évidemment quelque peu dérangé. Elle nous prouve seulement qu’à cette époque Mme Weldon habitait la France. Comment était-elle venue s'échouer à Gisors ? Mystère. Ce qui est certain aussi, c’est qu'elle retourna en Angleterre, puisqu'elle vient de mourir obscurément à Brighton.

 

(le Ménestrel, 21 février 1914)

 

 

 

 

 

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