Faust

 

lithographie de T. Laval pour Faust (vers 1859)

 

 

Opéra en cinq actes, livret de Jules BARBIER et Michel CARRÉ, d'après le premier Faust de Johann Wolfgang von GOETHE, traduit en français par Gérard de NERVAL (1828), musique de Charles GOUNOD. L'œuvre fut créée sous la forme d'un opéra-comique avec des dialogues, que Gounod remplaça par des récitatifs chantés à l'occasion de la première en province (Strasbourg, 04 avril 1860) utilisés au Théâtre-Lyrique à partir de 1866. Pour la première à l'Opéra de Paris (03 mars 1869), Gounod ajouta un ballet. L'Invocation de Valentin, écrite par Chorley sur la mélodie de l'Introduction, a été créée par Charles Santley à Londres en 1864, puis traduite en français par Onésime Pradère.

Il semble bien que la vie d'un FAUST, né à Knittlingen vers 1480, mort à Staufen-en-Brisgau vers 1540, soit à l'origine de la légende qui paraît pour la première fois en 1587.

 

=> Documents inédits sur le Faust de Gounod par Albert Soubies et Henri de Curzon (1912)

 

 

   partition (orchestre)

 

   partition (version originale)

 

   partition (version avec récitatifs)

 

   partition (Invocation de Valentin)

 

 

 

 

   partition manuscrite (actes I et II)

   partition manuscrite (actes III et IV)

   partition (ballet, orchestre)    partition (ballet, piano)

 

 

 

 

 

 

=> Critiques     => Livret et enregistrements

 

 

 

Créé au Théâtre-Lyrique (boulevard du Temple) le 19 mars 1859 (57e représentation le 31 décembre 1859).

 

Repris à Paris, au Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet, le 16 décembre 1862, dans une version remaniée (249 représentations : 7 en 1862, 53 en 1863, 68 en 1864, 7 en 1865, 51 en 1866, 56 en 1867, 7 en 1868).

 

Première fois au Théâtre-Lyrique de la salle Ventadour à Paris, le 16 mars 1868 (8 représentations). Il y eut donc 314 représentations de Faust à Paris, avant l'entrée de l'ouvrage à l'Opéra.

 

 

 

personnages

emplois

Théâtre-Lyrique

19 mars 1859

(création)

Monnaie de Bruxelles

25 février 1861

(première)

Théâtre-Lyrique

[Châtelet]

18 décembre 1862

Théâtre-Lyrique

[Ventadour]

16 mars 1868

Opéra-Comique

28 juin 1921

[5e acte seul]

Marguerite

soprano

Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO

Mmes Sophie BOULART

Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO

Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO

Mme Yvonne GALL

Siebel

soprano

Amélie FAIVRE

DUPUY

Amélie FAIVRE

Alice DUCASSE

 

Marthe

mezzo-soprano

Barbe Eléonore DUCLOS

MEURIOT

Barbe Eléonore DUCLOS

Barbe Eléonore DUCLOS

 

le Docteur Faust

ténor

MM. Jules BARBOT

MM. Ph. JOURDAN

MM. Jules BARBOT

MM. MASSY

MM. René LAPELLETRIE

Méphistophélès

baryton-basse

Mathieu Emile BALANQUÉ

Henry BATAILLE

Mathieu Emile BALANQUÉ

Eugène TROY

Félix VIEUILLE

Valentin

baryton

Osmond RAYNAL

CARMAN

Osmond RAYNAL

Auguste Armand BARRÉ

 

Wagner

baryton

Emile CIBOT

BORSARY

Emile CIBOT

Prosper GUYOT

 

Etudiants, soldats, bourgeois, sorcières, etc.

 

         

Chef d'orchestre

 

Adolphe DELOFFRE

Charles-Louis HANSSENS

Adolphe DELOFFRE

Adolphe DELOFFRE

Albert WOLFF

 

L'action se déroule en Allemagne au XVIe siècle.

 

 

Caroline Miolan-Carvalho (Marguerite) lors de la création [photo coll. Sirot]

 

 

Première en Allemagne, sous le titre de Margarethe (afin d'éviter une confusion avec la tragédie de Goethe), dans une version de Ferdinand Grumbert, à Darmstadt le 10 février 1861.

 

Première à Bruxelles, au Théâtre Royal de la Monnaie, le 25 février 1861, dans la version originale. Repris le 07 septembre 1862 en grand opéra.

 

Première à Londres, au Théâtre de Leurs Majestés, le 11 juin 1863, en italien, avec Mmes Thérèse TIETJENS (Marguerite), Zélie TREBELLI (Siebel), MM. Antonio GIUGLINI (Faust), Edouard GASSIER (Méphistophélès), Charles SANTLEY (Valentin), puis, au Covent Garden, le 02 juillet 1863, en italien, avec Mme Caroline MIOLAN-CARVALHO (Marguerite), MM. Enrico TAMBERLICK (Faust), Jean-Baptiste FAURE (Méphistophélès).

 

Première à New York, à l'Académie de Musique, le 25 novembre 1863, en italien, avec Mme Clara Louise KELLOGG (Marguerite), MM. Francesco MAZZOLENI (Faust), Hanibal BIACHI (Méphistophélès).

 

 

Première à l'Opéra-Comique (3e salle Favart) le 28 juin 1921, le 5e acte seulement, à l'occasion du Gala annuel au bénéfice de la Caisse de retraite.

 

Le Théâtre National de l'Opéra dont la salle était alors fermée par ordre de la défense passive, donna intégralement Faust à la salle Favart le 01 novembre 1939, ainsi que le 11 novembre en matinée lors d'une représentation gratuite uniquement réservée aux militaires.

 

2 représentations à l’Opéra-Comique au 31.12.1950.

 

 

 

 

affiche de Pierre-Auguste Lamy pour la première de Faust à l'Opéra de Paris (1869)

 

 

 

Première fois au Théâtre de l'Opéra [Académie Impériale de Musique] (salle Le Peletier) le 03 mars 1869, avec, pour la première fois, le ballet « la Nuit de Walpurgis ». Divertissements réglés par Henri Justamant. Décors de Jean-Baptiste Lavastre et Edouard Despléchin (1er tableau de l'acte I, actes II et V), Charles Cambon (2e tableau de l'acte I, acte III, 3e tableau de l'acte IV), Auguste Rubé et Philippe Chaperon (acte IV). Costumes de Paul Lormier.

Tableaux : Acte I, 1er tableau : le cabinet de l'alchimiste ; 2e tableau : la kermesse ; Acte II : le jardin de Marguerite ; Acte III, 1er tableau : la chambre de Marguerite ; 2e tableau : l'église ; 3e tableau : la place publique ; Acte IV, 1er tableau : la nuit de Walpurgis ; 2e tableau : Grotte ; Acte V, 1er tableau : la prison ; 2e tableau : apothéose.

 

 

 

Jean-Baptiste Faure (Méphistophélès) lors de la première à l'Opéra de Paris

 

 

 

personnages

Opéra de Paris

03 mars 1869*

(première)

Opéra de Paris

06 septembre 1869

(50e)

Opéra de Paris

06 septembre 1869

(100e)

Opéra de Paris

06 septembre 1875

(167e) (1re au Palais Garnier)

Opéra de Paris

04 novembre 1887

(500e fêtée)

Opéra de Paris

23 novembre 1887

(500e)

Opéra de Paris

04 décembre 1893

 

Opéra de Paris

14 décembre 1894

(680e) (1.000e à Paris)

Opéra de Paris

01 septembre 1900

 

Opéra de Paris

04 mars 1904**

(1.289e à Paris)

Marguerite

Mmes Christine NILSSON

Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO

Mmes Fidès DEVRIÈS

Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO

Mmes Maria LUREAU-ESCALAÏS Mmes Maria LUREAU-ESCALAÏS Mmes Rose CARON Mmes Rose CARON Mmes Aïno ACKTÉ Mmes Marcelle DEMOUGEOT

Siebel

Emma Félicie MAUDUIT

Emma Félicie MAUDUIT

Antoinette ARNAUD

Joséphine DARAM

SAROLTA SAROLTA Pauline AGUSSOL Pauline AGUSSOL NIMIDOFF NIMIDOFF

Marthe

Louise Alexandrine DESBORDES

Louise Alexandrine DESBORDE

Louise Alexandrine DESBORDE

Eugénie GEISMAR

Edith PLOUX CANTI Blanche DESCHAMPS-JEHIN Blanche DESCHAMPS-JEHIN Laure BEAUVAIS Laure BEAUVAIS

le Docteur Faust

MM. Edouard Adolphe COLIN

MM. Edouard Adolphe COLIN

MM. Jules BOSQUIN

MM. Edmond VERGNET

MM. Jean de RESZKÉ MM. Jean de RESZKÉ MM. Albert ALVAREZ MM. Albert ALVAREZ MM. Albert VAGUET MM. Albert ALVAREZ

Méphistophélès

Jean-Baptiste FAURE

Jean-Baptiste FAURE

Pedro GAILHARD

Pedro GAILHARD

Edouard de RESZKÉ Edouard de RESZKÉ Francisque DELMAS Francisque DELMAS René Antoine FOURNETS Francisque DELMAS

Valentin

Jules Célestin DEVOYOD

Jules Célestin DEVOYOD

Eugène Charles CARON

Adolphe Théophile MANOURY

Pierre Léon MELCHISSÉDEC Pierre Léon MELCHISSÉDEC Maurice RENAUD Maurice RENAUD Jean BARTET Jean BARTET

Wagner

GASPARD

GASPARD

GASPARD

GASPARD

Napoléon LAMBERT DES CILLEULS Napoléon LAMBERT DES CILLEULS Charles DOUAILLIER Charles DOUAILLIER CANCELIER CANCELIER

Ballet

Mmes Angelina FIORETTI

Laure FONTA

FIOCRE

   

Mmes Laure FONTA

Zina MÉRENTE

MONTAUBRY

Mmes BERNAY

ROUMIER

HIRSCH

Mmes BERNAY

ROUMIER

HIRSCH

 

Mmes HIRSCH

ZAMBELLI

PIODI

Mmes DESIRE

REGNIER

VIOLLAT

Mmes HIRSCH

LOBSTEIN

VIOLLAT

Chef d'orchestre

Georges HAINL

Georges HAINL

Ernest DELDEVEZ

M. Ernest DELDEVEZ

M. Auguste VIANESI M. Auguste VIANESI M. Raoul MADIER DE MONTJAU M. Paul TAFFANEL    

 

* Danses. 2e tableau : la Kermesse : Valse : Mlles A. Parent, Fatou, Moris, Laurent, Moris 1re, Vitcoq, Simon, Gaugain, Guillemot, Travaillé, Feuillette, Balson, Subra, Desvignes, Josset 1re, Lavigne, Bussy, Lapy, Fléchelle 1re, Moïse, Parent, Moïse 2e, Bellardel, Larrieux, Gabot, Valin, Travaillé 2e, François ; MM. Bertrand, Jules, Roland, Leroy, Galland, Perrot, Garforin, Baptiste, Porcheron, Michaud, Rust, Meunier. Acte IV. Divertissement : Mlles Angelina FIORETTI (Hélène), Laure FONTA (Cléopâtre), FIOCRE (Phryné). Les Courtisanes, pas de 1 : Mlles Villiers, Baratte, Mérante, Parent, Morand, Rust, Nini, Salaba, Blanche, Lamy. Les Courtisanes, pas de 19 : Mlles Carabin, Stoïkoff, Montaubry, Parent 2e, Lapy, Allias, Pallier, Bussy, Moïse 1re, Valin, Feuillette, Moïse 2e, Fléchelle, Guénia, Lavigne, Bellardel, Larrieux, Gabot. Esclaves : Mlles Fléchelle 2e, Lasselin, Lévy, Josset, Jousset, Dieudonné, Gilet, Elluin, Travers. Les Troyennes : Mlles Marquet, Hairiveau, Bossi, Fatou, Laurent, Vitcoq, Moris 2e, Simon, Gaugain, Moris 1re, Guillemot, Parent, Balson, Josset, Desvignes, Travaillé 1re, Travaillé 2e, Trabold, Subra.

** Divertissement : Mlles HIRSCH, LOBSTEIN, VIOLLAT, SALLE, L. MANTE, Vangoethen, H. Régnier, Beauvais, G. Couat, Barbier, Meunier, Billon, Mouret, Parent, L. Couat, Mestais, Boos, S. Mante, Dockes, Bouissavin, Souplet, Rouvier, V. Hugon, Moormans, Sirède.

 

 

Après l'incendie de la salle Le Peletier, Faust fut donné salle Ventadour. C'est là qu’il fut chanté par Adelina PATTI (Marguerite) les 18 et 21 octobre 1874.

 

Au cours d'un Gala, le 30 mai 1875, au profit des œuvres des Pupilles de la Guerre, le 3e acte, la scène de la prison et le trio du 5e acte furent représentés au Palais Garnier dans un décor de Guillaume Tell, ceux de l'Opéra n'étant pas encore prêts, avec Mme Caroline MIOLAN-CARVALHO (Marguerite), MM. Edmond VERGNET (Faust), Pedro GAILHARD (Méphisto) et Adolphe Théophile MANOURY (Valentin), sous la direction de Charles GOUNOD.

 

Au cours d'un Gala, le 03 juillet 1875, au bénéfice des inondés des départements du Midi, le 2e et le 3e actes furent représentés au Palais Garnier avec Mmes Caroline MIOLAN-CARVALHO (Marguerite), Eugénie GEISMAR (Marthe), MM. Edmond VERGNET (Faust), Pedro GAILHARD (Méphisto), Adolphe Théophile MANOURY (Valentin) et GASPARD (Wagner).

 

Faust fit son entrée au Palais Garnier, le 06 septembre 1875, dans une mise en scène de Léon Carvalho, une chorégraphie d'Henri Justamant et des décors de Charles Cambon et Emile Daran (1er et 3e actes), Jean-Baptiste Lavastre et Edouard Despléchin (2e et 5e actes), Auguste Rubé et Philippe Chaperon (4e acte) [1re production au Palais Garnier]. L'œuvre avait été donnée 166 fois à l'Opéra de Paris dans les salles Le Peletier et Ventadour.

 

Elle fut remontée au Palais Garnier, le 04 décembre 1893, dans une mise en scène nouvelle de Lapissida, une chorégraphie de Joseph Hansen et des décors d'Eugène Carpezat (1er acte), Auguste Rubé et Philippe Chaperon (2e et 4e actes), Cornil (3e acte), Eugène Frémont (5e acte) [2e production au Palais Garnier].

 

 

personnages

Opéra de Paris

27 juillet 1904*

(1.300e à Paris)

Opéra de Paris

28 juillet 1905

(1.000e)

Opéra de Paris

09 août 1905**

 

Opéra de Paris

25 janvier 1908

 

Opéra de Paris

06 mars 1908

 

Opéra de Paris

19 mars 1909

(1.114e)

Opéra de Paris

16 juin 1909***

 

Opéra de Paris

11 décembre 1909****

Marguerite

Mmes Jeanne LINDSAY Mmes Jeanne LINDSAY Mmes Marcelle DEMOUGEOT Mmes Jeanne HATTO Mmes Yvonne GALL Mmes Zina BROZIA Mmes Marcelle DEMOUGEOT Mmes Jeanne HENRIQUEZ

Siebel

Jeanne ARALD Marguerite D’ELTY Antoinette LAUTE-BRUN Nelly MARTYL Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES

Marthe

Jeanne GOULANCOURT Laure BEAUVAIS Laure BEAUVAIS Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT

le Docteur Faust

MM. Agustarello AFFRE MM. Emile SCARAMBERG MM. Emile SCARAMBERG MM. Lucien MURATORE MM. Lucien MURATORE MM. Lucien MURATORE MM. Lucien MURATORE MM. Lucien MURATORE

Méphistophélès

André GRESSE André GRESSE André GRESSE Francisque DELMAS André GRESSE Marcel JOURNET André GRESSE VANNI-MARCOUX

Valentin

Jean BARTET Pierre Etienne TRIADOU Pierre Etienne TRIADOU Henri DANGÈS Henri DANGÈS Marcellin DUCLOS Henri DANGÈS Léonce TEISSIÉ

Wagner

CANCELIER CANCELIER CANCELIER Henri LEQUIEN Henri LEQUIEN Louis Hippolyte CHAPPELON Louis Hippolyte CHAPPELON Joachim CERDAN

Ballet

Mmes HIRSCH

LOBSTEIN

H. RÉGNIER

Mmes VIOLLAT

BARBIER

ROUMIER

Mmes BEAUVAIS

Georgette COUAT

MEUNIER

Mmes ZAMBELLI

BARBIER

URBAN

Mmes Aïda BONI

BARBIER

URBAN

Mmes Aïda BONI

BARBIER

Léa PIRON

Mmes Aïda BONI

BARBIER

URBAN

Mmes Aïda BONI

BARBIER

LAUGIER

Chef d'orchestre

  M. Paul VIDAL M. Edouard MANGIN M. Paul VIDAL M. Henri BÜSSER M. Alfred BACHELET M. Paul VIDAL M. Paul VIDAL

 

* Divertissement : Mlles HIRSCH, LOBSTEIN, H. RÉGNIER, SALLE, L. MANTE, Vangoethen, Beauvais, G. Couat, Barbier, Meunier, Billon, Mouret, Parent, Mestais, L. Couat, Boos, S. Mante, Dockes, Bouissavin, Souplet, Klein, Rouvier, V. Hugon, Moormans, Sirède.

** Divertissement : Mlles BEAUVAIS, G. COUAT, MEUNIER, SALLE, NICLOUX, Barbier, Billon, L. Couat, Urban, Dockes, Mouret, Parent, Demaulde, Coudaire, Boos, Mestais, B. Mante, V. Hugon, Vinchelin, Jonsson, Louppe, Perroni, Sirède, P. Régnier.

*** Costumes exécutés par la maison Muelle. Divertissement : Mlles Aïda BONI, BARBIER, URBAN, L. MANTE, L. PIRON, Meunier, Billon, Johnsson, L. Couat, De Moreira, H. Laugier, Cochin, Sirède, B. Marie, Dockès, Guillemin, Didier, Mouret, B. Mante, S. Mante, S. Kubler, Y. André. MM. Cleret, Milhet.

**** Costumes exécutés par la maison Muelle. Fleurs de la maison Javey. Divertissement : Mlles Aïda BONI, BARBIER, H. LAUGIER, L. PIRON, SIRÈDE, Billon, Johnsson, Urban, De Moreira, Cochin, Lozeron, Schwarz, Dockes, Guillemin, Brémont, Mouret, M. Lequien, B. Mante, S. Mante, S. Kubler, J. Laugier, B. Kerval. MM. Milhet, Thomas.

 

 

Pour l'inauguration de leur direction, MM. Broussan et Messager présentèrent Faust, le 25 janvier 1908, dans de nouveaux décors d'Eugène Carpezat (1er tableau de l'acte I, 2e tableau de l'acte III), Amable et Henri Cioccari (2e tableau de l'acte I, 1er tableau de l'acte III), Eugène Simas (acte II), Marcel Jambon et Alexandre Bailly (3e tableau de l'acte III), Ronsin (1er et 2e tableaux de l'acte IV, 1er et 2e tableaux de l'acte V). Costumes de Joseph Pinchon. Mise en scène de Paul Stuart. Chorégraphie de Léo Staats [3e production au Palais Garnier].

 

Le 19 mars 1909, on donnait Faust en Gala pour fêter le cinquantenaire de sa création au Théâtre-Lyrique.

 

Le 19 juin 1910, au cours d'un gala, le tableau de la Prison fut donné avec Mme Geraldine FARRAR (Marguerite), MM. Enrico CARUSO (Faust), Andrès de SEGUROLA (Méphistophélès), sous la direction de Vittorio PODESTI.

 

 

personnages

Opéra de Paris

04 février 1911

(1.159e)

Opéra de Paris

04 mars 1912

 

Opéra de Paris

06 janvier 1913

(1.206e)

Opéra de Paris

01 juin 1914

(1.240e)

Opéra de Paris

31 juillet 1914*

(1.245e)

Opéra de Paris

29 avril 1915

[Trocadéro] (1.247e)

Opéra de Paris

16 janvier 1916

[3e acte seul]

Opéra de Paris

06 février 1916

[3e acte seul]

Opéra de Paris

24 avril 1916

(1.252e)

Marguerite

Mmes Marie de ALEXANDROWICZ Mmes Yvonne GALL Mmes Jeanne CAMPREDON Mmes Madeleine BUGG Mmes Madeleine BUGG Mmes Madeleine BUGG Mmes Yvonne GALL Mmes Madeleine BUGG Mmes Marie-Louise EDVINA

Siebel

Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES

Marthe

Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Jeanne GOULANCOURT Henriette DOYEN Marie BONNET-BARON Marie BONNET-BARON Marie BONNET-BARON

le Docteur Faust

MM. Armenag SHAH-MOURADIAN MM. Robert LASSALLE MM. Ivan ALTCHEVSKY MM. Lucien MURATORE MM. Robert LASSALLE MM. Léon LAFFITTE MM. Léon LAFFITTE MM. Léon LAFFITTE MM. Franz GAUTIER

Méphistophélès

Francisque DELMAS Robert MARVINI André GRESSE Marcel JOURNET Joachim CERDAN André GRESSE André GRESSE André GRESSE André GRESSE

Valentin

Marcellin DUCLOS Henri DANGÈS ROSELLY Robert COUZINOU Yves NOËL Louis LESTELLY     Robert COUZINOU

Wagner

    Louis Hippolyte CHAPPELON Louis Hippolyte CHAPPELON Louis Hippolyte CHAPPELON Louis Hippolyte CHAPPELON     Léon ERNST

Ballet

Mme MEUNIER

 

 

Mme MEUNIER

 

 

Mmes URBAN

SCHWARZ

LEQUIEN

Mmes SCHWARZ

LEQUIEN

BOS

Mmes SCHWARZ

G. FRANCK

EVEN

Mmes JOHNSSON

BARBIER

SCHWARZ

   

Mmes JOHNSSON

SCHWARZ

VALSI

Chef d'orchestre

          M. Henri BÜSSER     M. Henri BÜSSER

 

* D'après le Journal de l'Opéra, la représentation n'a pas eu lieu.

 

 

Le Palais Garnier ayant été fermé au moment des hostilités en 1914, Faust fut représenté par l'Opéra dans la salle du Trocadéro, le 11 mars 1915 (2e acte seul), puis le 29 avril 1915. La reprise intégrale au Palais Garnier eut lieu le 24 avril 1916. Par la suite, Faust fut donné de façon constante et régulière.

 

 

personnages

Opéra de Paris

08 mars 1919

(1.300e)

Opéra de Paris

21 juin 1919*

(1.522e à Paris)

Opéra de Paris

05 septembre 1919**

(1.528e à Paris)

Opéra de Paris

12 décembre 1920

(1.346e)

Opéra de Paris

26 mars 1922

(1.400e)

Opéra de Paris

25 novembre 1923

(1.442e)

Opéra de Paris

18 mai 1924

(1.456e)

Opéra de Paris

29 mars 1925

(1.500e fêtée)

Opéra de Paris

30 mai 1925

(1.495e)

Marguerite

Mmes Madeleine BUGG Mmes Germaine LUBIN Mmes Madeleine BUGG Mmes Raymonde VISCONTI Mmes Jane CROS Mmes Jane CROS Mmes Yvonne GALL Mmes Jeanne LAVAL Mmes Marguerite MONSY-FRANZ

Siebel

Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Antoinette LAUTE-BRUN Léonie COURBIÈRES Léonie COURBIÈRES Madeleine LALANDE Madeleine LALANDE Madeleine LALANDE Madeleine LALANDE

Marthe

Marie BONNET-BARON Marie BONNET-BARON BARDOT Ketty LAPEYRETTE Jeanne MONTFORT Germaine COSSINI Jeanne MONTFORT Germaine COSSINI Georgette FROZIER-MARROT

le Docteur Faust

MM. Paul FRANZ MM. Léon LAFFITTE MM. John O'SULLIVAN MM. Paul GOFFIN MM. SORIA MM. Antonin TRANTOUL MM. Antonin TRANTOUL MM. Antonin TRANTOUL MM. Antonin TRANTOUL

Méphistophélès

VANNI-MARCOUX Marcel JOURNET Marcel JOURNET Joachim CERDAN André GRESSE Jean AQUISTAPACE VANNI-MARCOUX André GRESSE André GRESSE

Valentin

Yves NOËL Yves NOËL Yves NOËL   Léonce TEISSIÉ Léonce TEISSIÉ Robert COUZINOU Jean MAURAN Jean MAURAN

Wagner

Léon ERNST DRUINE EZANNO   EZANNO Léon ERNST Léon ERNST Léon ERNST Léon ERNST

Ballet

Mmes Jeanne SCHWARZ

Camille BOS

G. FRANCK

Mmes Jeanne SCHWARZ

Jeanne LAUGIER

G. FRANCK

Mmes Jeanne SCHWARZ

VALSI

DUPRÉ

Mmes Jeanne DUMAS

SCHWARZ

Camille BOS

Mmes Camille BOS

ROUSSEAU

CRAPONNE

Mmes SCHWARZ

DAMAZIO

CRAPONNE

Mmes SCHWARZ

ROSELLY

LORCIA

Mmes CRAPONNE

DAMAZIO

DELSAUX

Mmes Camille BOS

DAMAZIO

DELSAUX

Chef d'orchestre

M. Henri BÜSSER M. Henri BÜSSER M. Alfred BACHELET M. Philippe GAUBERT M. Henri BÜSSER M. Gabriel GROVLEZ M. Henri BÜSSER M. Henri BÜSSER M. Gabriel GROVLEZ

 

* Divertissement : Mlles Schwarz, J. Laugier, G. Franck, Y. Franck, S. Kubler ; Mlles Guillemin, Valsi, Dupré, H. Dauwe, Milhet, Brana, Sauvageau, Garnier, Marcelle, De Craponne, S. Dauwe, Léonce, Cébron, Delord, Tersen, Tervoort, J.-J. Moncey ; MM. Férouelle, Even, J. Javon.

** Divertissement : Mlles Schwarz, Valsi, Dupré, Y. Daunt, S. Kubler ; Mlles Guillemin, Dupré, H. Dauwe, Soutzo, Brana, Maupoix, Garnier, S. Mante, De Craponne, S. Dauwe, Léonce, Cébron, Delord, Tersen, Tervoort, Emonnet, E. Kubler ; MM. Férouelle, Marionno, J. Javon.

 

 

personnages

Opéra de Paris

13 février 1926

 

Opéra de Paris

13 décembre 1926

(1.768e)

Opéra de Paris

27 août 1927

(1.794e)

Opéra de Paris

05 novembre 1927

(1.600e)

Opéra de Paris

27 septembre 1928

(1.834e)

Opéra de Paris

13 septembre 1930

(1.700e)

Opéra de Paris

22 janvier 1932

(version originale)

Opéra de Paris

08 octobre 1932

(1.954e)

Opéra de Paris

19 mai 1934*

(1.987e)

Marguerite

Mmes Maryse BEAUJON Mmes Maryse BEAUJON Mmes Marthe NESPOULOUS Mmes Marthe NESPOULOUS Mmes Lucienne DE MÉO Mmes Mireille BERTHON Mmes Mignon NEVADA Mmes Yvonne GALL Mmes Germaine HOERNER

Siebel

Madeleine LALANDE Madeleine LALANDE Yvonne GERVAIS Yvonne GERVAIS Yvonne GERVAIS Madeleine LALANDE Yvonne GERVAIS Yvonne GERVAIS Renée MAHÉ

Marthe

Jeanne MONTFORT Georgette FROZIER-MARROT Jeanne MONTFORT Jeanne MONTFORT Claudine CASTELAIN Jeanne MONTFORT Jeanne MONTFORT Jeanne MONTFORT Jeanne MONTFORT

le Docteur Faust

MM. Edmond RAMBAUD MM. Georges THILL MM. Georges THILL MM. Georges THILL MM. Franz KAISIN MM. Paul-Henry VERGNES MM. Miguel VILLABELLA MM. Miguel VILLABELLA MM. Miguel VILLABELLA

Méphistophélès

Fred BORDON Marcel JOURNET Henry PEYRE Marcel JOURNET Jean CLAVERIE Fred BORDON André PERNET André PERNET André PERNET

Valentin

Jean MAURAN Marcellin DUCLOS Robert COUZINOU Jean MAURAN Paul LANTÉRI Charles CAMBON Martial SINGHER Charles CAMBON Charles CAMBON

Wagner

Léon ERNST Robert LUBIN Charles GUYARD Robert LUBIN Léon ERNST Louis NÈGRE Armand NARÇON Jules FOREST Léon ERNST

3 Etudiants

 

 

       

Edouard MADLEN

BOINEAU

Jules FOREST

 

 

Ballet

Mmes de CRAPONNE

LORCIA

DELSAUX

ROUSSEAU

Mmes SCHWARZ

LORCIA

DELSAUX

BARBAN

Mmes Mady PIEROZZI

DAMAZIO

Yvonne FRANCK

ELLANSKAIA

Mmes Camille BOS

LORCIA

ELLANSKAIA

Mmes de CRAPONNE

SIMONI

LAMBALLE

Mmes LAMBALLE

BARBAN

SIMONI

 

Mmes LAMBALLE

CÉRÈS

SIMONI

Mmes LAMBALLE

DIDION

BINOIS

Chef d'orchestre

M. Henri BÜSSER M. Gabriel GROVLEZ M. Gabriel GROVLEZ M. Henri BÜSSER M. Gabriel GROVLEZ M. Gabriel GROVLEZ Henri BÜSSER M. Gabriel GROVLEZ M. Philippe GAUBERT

 

* Divertissement : Mlles LAMBALLE, SIMONI, DIDION, BINOIS, GRELLIER, Hughetti, Damazio, Lopez, Dynalix, Kergrist, Subra, Binder, Colliard, Thuillant, Sertelon, Decarli, Grimberg, Guillot, Janine, Chauviré. M. Pelletier.

 

 

Le 22 janvier 1932, l'œuvre était présentée dans sa version originale avec les dialogues parlés, celle de la création au Théâtre-Lyrique, en 1859, dans une mise en scène de Jacques Rouché, et sans ballet. Cette version ne fut donnée que 4 fois ; dès le 27 février, Faust réapparaissait tel qu'il fut créé à l'Opéra.

 

 

personnages

Opéra de Paris

23 juillet 1934

(1.800e)

Opéra de Paris

31 décembre 1934*

(1.809e) (2.000e à Paris fêtée) et 02 janvier 1935 (2.000e B)

Opéra de Paris

08 février 1936**

(2.025e à Paris)

Opéra de Paris

02 octobre 1936

[Théâtre Sarah-Bernhardt]

(2.033e à Paris)

Opéra de Paris

21 septembre 1938

(2.079e à Paris)

Opéra de Paris

25 mars 1939

(1.900e)

Opéra de Paris

01 novembre 1939

[salle Favart] (1.913e)

Opéra de Paris

11 novembre 1939

[salle Favart] (1.914e)

Opéra de Paris

16 juin 1941

(2.136e à Paris)

Opéra de Paris

11 février 1944

(2.000e)

Marguerite

Mmes Milly MORÈRE Mmes Yvonne GALL Mmes Fanny HELDY Mmes Milly MORÈRE Mmes Solange BONNI-PELLIEUX Mmes Germaine HOERNER Mmes Germaine HOERNER Mmes Eliane CARRIER Mmes Germaine HOERNER

Mmes BOUÉ

SEGALA

HOERNER

Siebel

Yvonne GERVAIS Marisa FERRER Renée MAHÉ Renée MAHÉ Renée MAHÉ Renée MAHÉ Huguette SAINT-ARNAUD Huguette SAINT-ARNAUD Huguette SAINT-ARNAUD

SAINT-ARNAUD

Raymonde MONDA-MILLION

Marthe

Jeanne MONTFORT Ketty LAPEYRETTE Jeanne MONTFORT Jeanne MONTFORT Antoinette DUVAL Antoinette COUVIDOUX Ketty LAPEYRETTE Antoinette COUVIDOUX Jeanne MONTFORT

Hélène BOUVIER

le Docteur Faust

MM. Miguel VILLABELLA MM. Georges THILL MM. Georges JOUATTE MM. Georges JOUATTE MM. Georges JOUATTE MM. Camille ROUQUETTY MM. Georges JOUATTE MM. Raoul GOURGUES MM. Camille ROUQUETTY

MM. JOUATTE

NORÉ

RAMBAUD

ROUQUETTY

Méphistophélès

Fred BORDON André PERNET André PERNET André PERNET Henry-Bertrand ETCHEVERRY Roger RICO José BECKMANS José BECKMANS Paul CABANEL

CABANEL

ETCHEVERRY

BECKMANS

CLAVERIE

Pierre FROUMENTY

Valentin

Charles CAMBON Edouard ROUARD Arthur ENDRÈZE Charles CAMBON Marcel CLAVÈRE Martial SINGHER Arthur ENDRÈZE Charles CAMBON CHARLES-PAUL

Pierre NOUGARO

CAMBON

Wagner

Léon ERNST Armand NARÇON Louis NOGUERA Louis NOGUERA Louis NOGUERA Jules FOREST   Léon ERNST Louis NOGUERA

André PHILIPPE

Ballet

Mmes Camille BOS

LAMBALLE

DIDION

Mmes Camille BOS

LORCIA

LAMBALLE

Mmes LAMBALLE

SIMONI

HUGHETTI

Mmes LAMBALLE

SIMONI

BARBAN

BINOIS

GRELLIER

Mmes CHAUVIRÉ

DYNALIX

GRELLIER

BINOIS

Mmes Solange SCHWARZ

LAMBALLE

SIMONI

 

Mmes LAMBALLE

BARBAN

DYNALIX

 

Mmes CHAUVIRÉ

DYNALIX

BINOIS

Chef d'orchestre

M. Henri BÜSSER M. Philippe GAUBERT M. François RÜHLMANN M. Paul PARAY M. Louis FOURESTIER M. Louis FOURESTIER Louis FOURESTIER M. Louis FOURESTIER François RÜHLMANN

MM. François RÜHLMANN

Louis FOURESTIER

 

* Divertissement : Mlles Camille BOS, LORCIA, LAMBALLE, BINOIS, GRELLIER, Simoni, Hughetti, Barban, Didion, Damazio, Lopez, Kergrist, Subra, Binder, Colliard, Thuillant, Sertelon. MM. Sauvageau, Domansky, Ponti, Pelletier.

Au 2e tableau, les Vieillards : MM. CHASTENET, FABERT, GILLES, LE CLEZIO, LUCCIONI, MADLEN, RAMBAUD, DE TREVI, VILLABELLA, WARNERY et Messieurs les Ténors du cadre des Chœurs.

Au 6e tableau, les Soldats : Ténors : MM. CHASTENET, FABERT, GILLES, LE CLEZIO, LUCCIONI, MADLEN, RAMBAUD, DE TREVI, VILLABELLA, WARNERY ; Barytons et Basses : MM. CABANEL, CAMBON, CLAVERIE, DUCLOS, ERNST, ERCHEVERRY, FOREST, FROUMENTY, MEDUS, MOROT, PACTAT, PONZIO, Martial SINGHER et Messieurs les Artistes des Chœurs, Ténors et Basses.

Au 8e tableau, les Courtisanes (Chanteuses) : Mmes ALMONA, BACHILLAT, BRANCA, Georgette CARO, COURTIN, Solange DELMAS, DONIAU-BLANC, Y. GERVAIS, HAMY, HOLLEY, HOLNAY, LALANDE, LAVAL, MAHE, MAHIEU, MARILLIET, MONTFORT, MORERE, NATHAN, RENAUDIN, RICQUIER, SCHENNEBERG, Arvez VERNET, VIAL et Mesdames les Artistes des Chœurs.

** Divertissement : Mlles LAMBALLE, SIMONI, HUGHETTI, BINOIS, GRELLIER, Barban, Didion, Damazio, Lopez, Dynalix, Kergrist, Chauviré, Janine, Guillot, Decarli, Colliard, Sertelon, Thuillant, Darsonval, Dalloz. M. Sauvageau, Domansky, Ponti, Pelletier.

Après Faust fut donné un Hommage à Charles Gounod par tous les Artistes de l'Opéra, puis l'exécution du Judex de Mors et Vita.

 

 

La 2.000e à Paris fut fêtée le 31 décembre 1934 (c'était la 1.809e à l'Opéra), au cours d'un Gala particulièrement somptueux donné en présence d'Albert Lebrun, président de la République, et retransmis sur les antennes de Radio-Paris. De nombreux artistes de premier plan se mêlaient aux choristes. Le tableau de la chambre de Marguerite du 4e acte était rétabli pour quelques représentations. Mise en scène de Pierre Chereau ; décors de 1908 reconstitués par Pierre Moulène ; projections d'Ernest Klausz pour la Nuit de Walpurgis et l'Apothéose de Marguerite ; chorégraphie de Léo Staats [4e production au Palais Garnier].

 

Faust est donné par l'Opéra de Paris au Théâtre des Champs-Elysées en 1936 et 1937.

 

En 1939, le Palais Garnier fut à nouveau fermé au début des hostilités, mais l'Opéra donna le 1er et le 11 novembre deux représentations de Faust à la salle Favart, la seconde gratuite en matinée, uniquement réservée aux militaires.

 

La 2.000e à l'Opéra, le 11 février 1944, donna lieu à une distribution multiple, modifiée à chaque tableau.

 

 

personnages

Opéra de Paris

25 avril 1947

(2.236e à Paris)

Opéra de Paris

28 mai 1949

(2.100e)

Opéra de Paris

14 décembre 1950*

(2.313e à Paris)

Opéra de Paris

28 janvier 1951

 

Opéra de Paris

17 février 1952

 

Opéra de Paris

16 juin 1952

(2.136e)

Opéra de Paris

05 avril 1954

(2.200e)

Opéra de Paris

13 septembre 1954

 

Opéra de Paris

01 janvier 1955

(2.221e)

Marguerite

Mmes Geori BOUÉ Mmes Geori BOUÉ Mmes Jacqueline BRUMAIRE Mmes Jeanne SEGALA Mmes Geori BOUÉ Mmes Germaine HOERNER Mmes Jeanne SEGALA Mmes Jacqueline BRUMAIRE Mmes Jacqueline BRUMAIRE

Siebel

Huguette SAINT-ARNAUD Huguette SAINT-ARNAUD Ginette GAUDINEAU Ginette GAUDINEAU Marie-Louise LE CLERE Huguette SAINT-ARNAUD Marie-Louise LE CLERE Marie-Louise LE CLERE Liliane BERTON

Marthe

Odette RICQUIER Odette RICQUIER Madeleine MATHIEU Odette RICQUIER Odette RICQUIER Jeanne MONTFORT Geneviève SERRES Geneviève SERRES Geneviève SERRES

le Docteur Faust

MM. Raphaël ROMAGNONI MM. Raphaël ROMAGNONI MM. Georges NORÉ MM. Raphaël ROMAGNONI MM. Georges NORÉ MM. Camille ROUQUETTY MM. Georges NORÉ MM. Giuseppe DI STEFANO MM. Georges NORÉ

Méphistophélès

Roger RICO Henry-Bertrand ETCHEVERRY Roger RICO André HUC-SANTANA André HUC-SANTANA Paul CABANEL Georges VAILLANT Pierre SAVIGNOL Raphaël ARIÉ

Valentin

Marcel CLAVERE René BIANCO Charles CAMBON Marcel CLAVÈRE Marcel CLAVÈRE CHARLES-PAUL Robert MASSARD Robert MASSARD Robert MASSARD

Wagner

André PHILIPPE Jean PETITPAS André PHILIPPE Michel FOREL Jean PETITPAS Louis NOGUERA Charles SOIX   Charles SOIX

Ballet

 

Mmes BARDIN

MOREAU

BOURGEOIS

Mmes BARDIN

MOREAU

BOURGEOIS

Mmes BARDIN

MOREAU

DYNALIX

   

Mmes LAFON

DYNALIX

CLAVIER

 

Mmes BARDIN

DYNALIX

AMIEL

Chef d'orchestre

  M. Robert BLOT M. Robert BLOT M. Robert BLOT   François RÜHLMANN M. Robert BLOT Pierre DERVAUX M. Louis FOURESTIER

 

* Au profit des Mutuelles du Théâtre National de l'Opéra.

 

 

personnages

Opéra de Paris

13 avril 1956

(2.241e)

Opéra de Paris

19 mai 1956

 

Opéra de Paris

10 novembre 1956

 

Opéra de Paris

28 avril 1957*

(2.261e)

Opéra de Paris

29 septembre 1957

 

Opéra de Paris

28 octobre 1957

 

Opéra de Paris

07 décembre 1957

 

Opéra de Paris

27 janvier 1958

(2.300e)

Opéra de Paris

01 novembre 1958

(2.301e)

Marguerite

Mmes Geori BOUÉ Mmes Lyne CUMIA Mmes Lyne CUMIA Mmes Lyne CUMIA Mmes Lyne CUMIA Mmes Lyne CUMIA Mmes Christiane CASTELLI Mmes Jeanne SEGALA Mmes Jacqueline BRUMAIRE

Siebel

Andrée GABRIEL Christiane HARBELL Georgette SPANELLYS Georgette SPANELLYS Léna PASTOR Georgette SPANELLYS Léna PASTOR Léna PASTOR Georgette SPANELLYS

Marthe

Solange MICHEL Solange MICHEL Geneviève SERRES Suzanne DARBANS       Geneviève SERRES Solange MICHEL

le Docteur Faust

MM. Georges NORÉ MM. Georges NORÉ MM. Raphaël ROMAGNONI MM. Albert LANCE MM. Georges NORÉ MM. Georges NORÉ MM. Albert LANCE MM. Albert LANCE MM. Paul FINEL

Méphistophélès

Xavier DEPRAZ Xavier DEPRAZ Georges VAILLANT André HUC-SANTANA Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL Georges VAILLANT

Valentin

Ernest BLANC Ernest BLANC Ernest BLANC Ernest BLANC Ernest BLANC Robert MASSARD Jean BORTHAYRE Jean-Pierre LAFFAGE Jean BORTHAYRE

Wagner

Georges ALVÈS André PHILIPPE André PHILIPPE André PHILIPPE       Michel FOREL Michel FOREL

Ballet

Mmes VAUSSARD

BESSY

GRIMOIN

Mmes VAUSSARD

BESSY

GRIMOIN

 

Mmes BESSY

RAYET

AMIEL

     

Mmes AMIEL

RAYET

MOTTE

Mmes GRIMOIN

RAYET

MOTTE

Chef d'orchestre

M. Louis FOURESTIER M. Louis FOURESTIER   M. Pierre DERVAUX Pierre DERVAUX Pierre DERVAUX Pierre DERVAUX M. Pierre DERVAUX M. Louis FOURESTIER

 

* Divertissement : Mlles Claude BESSY, Jacqueline RAYET, Josette AMIEL, EVEN, LE ROY, VAUCHELLE, AUDOYNOD, SERVAL, BERTAGNOL, BERTHEAS, MILLION, BIANCHI, Garry, Davry, Naud, Manal, Bassi, Souard, Delaubier, Javillard, Montbazon, Delini, Foret, Mons, Jouachim, Mallarte, Oudart, Guillee, Brenot, Palkina, Pernel, Minnazoli. MM. Labis, Sarelli, Reschal, Mallarte, Rousselle, Romand, Loinard.

 

 

L'ouvrage fut remonté le 13 avril 1956, présenté en 4 actes (la Kermesse devant le 2e tableau de l'acte I), mise en scène de Max de Rieux, décors et costumes d'après les maquettes de Georges Wakhevitch, décors exécutés par Maurice Moulène, chorégraphie d’Albert Aveline [5e production au Palais Garnier].

 

 

personnages

Opéra de Paris

10 février 1958

 

Opéra de Paris

11 mai 1958

 

Opéra de Paris

13 septembre 1958

 

Opéra de Paris

28 septembre 1958

 

Opéra de Paris

23 mars 1959

(2.336e)

Opéra de Paris

27 février 1960

 

Opéra de Paris

11 septembre 1960

 

Opéra de Paris

25 mars 1962

(2.400e)

Opéra de Paris

07 mars 1965

 

Marguerite

Mmes Berthe MONMART Mmes Jeanne SEGALA Mmes Denise MONTEIL Mmes Jacqueline BRUMAIRE

Mmes Jacqueline BRUMAIRE

Lyne CUMIA

Jeanne SEGALA

Mmes Lyne CUMIA Mme Andréa GUIOT Mmes Michèle LE BRIS Mmes Christiane CASTELLI

Siebel

Georgette SPANELLYS Edmée SABRAN    

Georgette SPANELLYS

Léna PASTOR

Léna PASTOR   Georgette SPANELLYS Jane BERBIÉ

Marthe

  Geneviève SERRES Geneviève SERRES Geneviève SERRES

Solange MICHEL

Inès CHABAL   Jeannine FOURRIER Geneviève SERRES

le Docteur Faust

MM. Albert LANCE MM. Albert LANCE MM. Paul FINEL MM. Albert LANCE

MM. Paul FINEL

Albert LANCE

Georges NORÉ

MM. Paul FINEL   MM. Robert GOUTTEBROZE MM. Alain VANZO

Méphistophélès

Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL Pierre SAVIGNOL

Georges VAILLANT

Pierre SAVIGNOL

Pierre SAVIGNOL MM. Pierre SAVIGNOL Gérard SERKOYAN Xavier DEPRAZ

Valentin

Ernest BLANC Robert MASSARD Jean BORTHAYRE Jean BORTHAYRE

Gabriel BACQUIER

Antoine GRIFFONI Jean BORTHAYRE José FAGIANELLI Julien HAAS

Wagner

  Jean-Pierre HURTEAU Jean-Pierre HURTEAU Jean-Pierre HURTEAU

Jean-Pierre HURTEAU

    José VAN DAM José VAN DAM

Ballet

       

Mmes VAUSSARD, LAFON, AMIEL, LEROY, BERTHEAS

 

 

Mmes COLLEMENT

VLASSI

EVEN

 

Chef d'orchestre

Pierre DERVAUX Pierre DERVAUX Louis FOURESTIER Louis FOURESTIER

M. Louis FOURESTIER

Pierre DERVAUX Pierre DERVAUX M. Louis FORESTIER  

 

 

Le Centenaire de la création a été fêté le 23 mars 1959 (2.336e) à l'Opéra avec une distribution multiple variant à chaque tableau : tableaux du Laboratoire et de la Kermesse : Mmes Brumaire, Spanellys, MM. Finel, Vaillant, Bacquier, Hurteau ; tableau du Jardin : Mmes Brumaire, Spanellys, Michel, MM. Lance, Savignol ; tableau de l'Eglise : Mme Cumia, M. Savignol ; tableau du Retour des soldats : Mmes Cumia, Pastor, MM. Noré, Vaillant, Bacquier ; tableaux de Walpurgis et de la Prison : Mme Ségala, MM. Finel, Vaillant.

 

Faust est donné par l'Opéra de Paris au Théâtre antique d'Orange en 1956 et 1959.

 

2.397 représentations à l’Opéra (dont 2.233 au Palais Garnier) au 31.12.1961.

 

 

Autres interprètes des principaux rôles à l'Opéra :

 

Marguerite : Mmes Julia HISSON (1869), Marie ROZE (1869), Berthe Clélie THIBAULT (1871), Maria DERIVIS (1873), Jeanne FOUQUET (1874), Emma FURSCH-MADIER (1874), Joséphine de RESZKÉ (1875), Joséphine DARAM (1877), Marie HEILBRONN (1879), Marie VACHOT (1880), Bertha BALDI (1880), Gertrude GRISWOLD (1881), Gabrielle KRAUSS (1882), Lillian NORDICA (1882), Adèle ISAAC (1883), Rose CARON (1886), Rosa BOSMAN (1886), Elisabeth LEISINGER (1887), Hariclea DARCLÉE (1888), Emma EAMES (1889), Nellie MELBA (1890), Jane MARCY (1892), Marguerite CARRÈRE-XANROF (1892), Lucy BERTHET (1894), Suzanne ADAMS (1896), Amélie LOVENTZ (1896), Marie CHARLES-ROTHIER (1900), Andréa DEREIMS (1901), Geraldine FARRAR (1905), Geneviève VIX (1906), Yvonne DUBEL (1906), Alice VERLET (1907), Marthe CHENAL (1907), Antoinette LAUTE-BRUN (1907), Maria KUZNETSOVA (1908), Mary GARDEN (1908), KAISER (1910), Jeanne CAMPREDON (1910), Berthe MENDÈS DE LÉON (1910), DELISLE (1911), Juliette HEMMLER (1911), Atys LORRAINE (1913), Germaine LUBIN (1916), Mireille BERTHON (1917), Victoria FER (1917), Agnès BORGO (1917), Jeanne BOURDON (1918), Louise BLOT (1918), Raymonde VECART (1918), Alice ALLIX (1919), Edith MASON (1920), Ninon VALLIN (1920), DE LUZA (1920), Fanny HELDY (1921), Gabrielle RITTER-CIAMPI (1921), Marguerite HERLEROY (1921), Suzanne CESBRON-VISEUR (1924), Jeanne LÉCUYER (1924), Jeanne BONAVIA (1925), Mary Mc-CORMIC (1927), Marcelle DENYA (1927), Charlotte TIRARD (1928), Andrée MARILLIET (1929), Eidé NORENA (1929), Lise d'ALIGNAN (1929), Yvonne GERVAIS (1933), Suzanne BALGUERIE (1933), Marcelle BRANCA (1935), Bernadette DELPRAT (1937), Solange DELMAS (1938), Anita VOLFER (1939), Vina BOVY (1939), Solange RENAUX (1940), Andrée LEQUENNE (1944), Elen DOSIA (1944), Jacqueline LUCAZEAU (1945), Lillie GRANDVAL (1946), Marthe LUCCIONI (1947), Suzanne JUYOL (1947), Geneviève MOIZAN (1949), Victoria de LOS ANGELÈS (1949), Georgette CAMART (1949), Régine CRESPIN (1952), Irène JAUMILLOT (1959), Katia POPOVA (1959), Suzanne SARROCA (1961).

 

Faust : MM. Raphaël Auguste GRISY (1871), PRUNET (1872), Léon ACHARD (1874), Emile BERTIN (1879), Etienne DEREIMS (1879), Charles Gustave LAURENT (1880), M. JOURDAIN (1881), Paul Antoine LAMARCHE (1882), Henri SELLIER (1884), CAYLUS (1885), Antoine MURATET (1886), Henri JÉRÔME (1888), Emile COSSIRA (1889), Pierre Emile ENGEL (1892), Hector DUPEYRON (1894), ANSALDY (1896), DUFFAUT (1897), Albert SALÉZA (1898), Charles ROUSSELIÈRE (1901), Gaston DUBOIS (1902), Jean RIDDEZ (1908), Jules GODART (1909), Léon CAMPAGNOLA (1910), Charles FONTAINE (1911), Maurice DUTREIX (1913), Eric AUDOIN (1923), Georges GRANAL (1923), William MARTIN (1927), Mario CHAMLEE (1929), René MAISON (1929), Joseph ROGATCHEWSKY (1931), Georges GÉNIN (1931), Raoul JOBIN (1935), Giacomo LAURI-VOLPI (1935), Mario ALTÉRY (1941), Albert GIRIAT (1943), André LEROY (1945), José LUCCIONI (1946), Jean TALEYRAC (1948), Libero de LUCA (1949), Claude HECTOR (1954), Marcel HUYLBROCK (1955), André LAROZE (1955), Maurice BLONDEL (1959), Gustave BOTIAUX (1960), Henri LEGAY (1961), Nicolaï GEDDA (1961), Guy CHAUVET (1963), Eugenio FERNANDI (1964).

 

Méphistophélès : MM. CASTELMARY (1869), Jacques BOUHY (1871), Eugène BATAILLE (1876), Charles BÉRARDI (1878), Eugène Jérôme LORRAIN (1879), Victor MAUREL (1880), Pol PLANÇON (1883), Auguste DUBULLE (1884), Jacques ISNARDON (1892), René Antoine FOURNETS (1892), Marius CHAMBON (1896), Fernand BAËR (1903), Albert HUBERTY (1916), Louis ARNAL (1923), Charles MAHIEUX (1923), Claude GOT (1929), Alexander KIPNIS (1930), Louis MOROT (1931), André PACTAT (1938), Henri MÉDUS (1947), Mario FRANZINI (1948), Michel ROUX (1950), Ivan PETROV (1954), Nicolaï GHIAUROV (1958), Jean-Pierre HURTEAU (1961), George LONDON (1962), Jacques MARS (1966), Royer SOYER (1969).

 

Valentin : MM. Jacques ROUDIL (1872), Félix COUTURIER (1878), Numa AUGUEZ (1879), Charles BÉRARDI (1886), Jean MARTAPOURA (1886), CLAYES (1889), Charles DOUAILLIER (1891), Maurice RENAUD (1892), Henri Etienne GRIMAUD (1892), Gaston BEYLE (1892), Guillaume CASTEL (1892), Jean NOTÉ (1894), Eugène SIZES (1897), Jean RIDDEZ (1900), Dinh GILLY (1903), Louis NUCELLY (1908), Lucien RIGAUX (1909), Vilmos BECK (1911), CARRIÉ (1911), Léopold ROOSEN (1913), Lucien BESSERVE (1922), Romain CARBELLY (1922), DALERANT (1924), Lucien BROUET (1928), Jules FOREST (1933), Roger BUSSONNET (1937), Charles COTTA (1938), Louis NOGUERA (1942), Fernand LAGARDE (1943), Jean GICQUEL (1945), Michel DENS (1947), Roger BOURDIN (1949), Alfred ORDA (1949), Henry PEYROTTES (1956), Yves BISSON (1967), Matteo MANUGUERRA (1968).

 

Wagner : Charles CAMBON (1925), Gérard SERKOYAN (1955), Roger SOYER (1964), Pierre THAU (1965).

 

 

 

 

Le ballet de l'opéra Faust fut représenté plusieurs fois isolément au Théâtre de l'Opéra (Palais Garnier) sous le titre de la Nuit de Walpurgis. Première le 03 juin 1905. Chorégraphie de Joseph HANSEN.

La reprise du 08 juillet 1958 eut lieu avec les Artistes du Ballet du Bolchoï de Moscou, dans une chorégraphie de LAVROSKY.

8 représentations à l’Opéra au 31.12.1961.

 

 

 

03.06.1905

(1re)

04.04.1911

(2e)

08.08.1927

(3e)

22.06.1935

(4e)

08.06.1958

(6e)

 Mlles

BEAUVAIS

BARBIER

MEUNIER

SALLE

Louise MANTE

Aïda BONI

MEUNIER

URBAN

Léa PIRON

LOZERON

Jeanne SCHWARZ

DAMAZIO

Yvonne FRANCK

Suzanne LORCIA

ELLANSKAIA

Camille BOS

Suzanne LORCIA

LAMBALLE

BINOIS

GRELLIER

LEPECHINSKAIA

KARELSKAIA

TCHADARAIN

PREOBRAJENSKY

KACHANY

Chef

Edouard MANGIN

Henri BÜSSER

Henri BÜSSER

François RÜHLMANN

Youri FAIER

 

 

 

 

 

Composition de l’orchestre

 

2 flûtes (la seconde joue aussi le piccolo), 2 hautbois (le second joue aussi le cor anglais), 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors naturels, 2 cornets à pistons (en alternance avec 2 trompettes naturelles), 3 trombones, 2 timbales, cymbales, grosse caisse, triangle, caisse claire, tam-tam, 4 harpes, orgue, cordes.

Musique de scène : 1 saxhorn soprano en mi bémol, 2 cornets à pistons, 2 trompettes chromatiques, 2 trombones altos à pistons en mi bémol, 1 trombone ténor à pistons en ut, 1 saxhorn basse en si bémol, 1 saxhorn contrebasse en si bémol.

 

 

 

 

Résumé.

L'opéra de Gounod n'embrasse que la première partie du Faust de Goethe, en s'attachant spécialement à l'épisode de Marguerite.

Au premier acte, le vieux Docteur Faust fait un pacte avec le Diable (apparaissant sous la forme de Méphistophélès), qui lui a montré la pure figure de Marguerite pour le tenter.

Au deuxième acte, Faust rencontre Marguerite, cependant que Valentin, frère de Marguerite, part pour la guerre.

Au troisième acte (le jardin de Marguerite) grande scène d'amour. La première partie du quatrième acte se passe à l'église, où Marguerite est tourmentée par Méphistophélès et les démons ; ensuite, dans une rue, Valentin revient avec les soldats et meurt en se battant en duel avec Faust.

Le cinquième acte comprend le grand tableau de la Nuit de Walpurgis (Ballet) et celui de la prison. Faust essaie en vain d'en arracher Marguerite, qui meurt sauvée, ainsi que le proclament les voix d'en haut.

 

ACTE I. — Le laboratoire du Docteur Faust.

Le Docteur Faust, seul dans son cabinet de travail, est poursuivi par le doute ; il songe au suicide [Air de Faust : Salut, ô mon dernier matin !]. Un chœur de jeunes villageois, chantant la nature et le Créateur, le fait hésiter un instant ; mais, bientôt, il se laisse aller à de nouveaux blasphèmes et invoque Satan qui lui apparaît sous l'aspect de Méphistophélès. Faust demande au Diable de lui rendre la jeunesse et de le faire jouir des plaisirs terrestres. Méphistophélès y consent, à condition que Faust s'engage à le servir dans l'autre monde. Pour le décider, il lui fait entrevoir une charmante jeune fille, Marguerite. Faust signe le pacte et renaît sous l'apparence d'un fringant gentilhomme.

 

ACTE II. — La Kermesse.

Cet acte, qui combine plusieurs des scènes du Faust de Goethe, se passe aux portes de la ville, au milieu d'une foule en liesse. Etudiants, soldats. jeunes filles, vieillards, matrones, chantent tour à tour. Valentin, frère de Marguerite, part pour la guerre, le cœur lourd (1), mais Siebel lui promet de veiller sur la jeune fille.

 

(1) Ici se place la fameuse Invocation de Valentin : « Avant de quitter ces lieux... », sur des paroles de O. Pradère et un des thèmes musicaux de l'Ouverture. Le morceau, qui a été rajouté après coup, n'était pas chanté à l'Opéra de Paris.

 

Wagner entonne un joyeux refrain, tout de suite interrompu par Méphistophélès [Ronde de Méphistophélès : Le Veau d'or est toujours debout...]. Méphistophélès agace les buveurs. Provoqué par Valentin, il riposte par des prodiges diaboliques qui dessillent les yeux des étudiants. Méphistophélès recule [Choral « des Épées »] et se retire. Une valse retentit. Faust, qui est survenu, se place sur le passage de Marguerite. La jeune fille repousse avec modestie ses avances [Duo : Ne permettrez-vous pas...], puis s'éloigne.

 

ACTE III. — Le jardin de Marguerite.

Siebel est venu apporter des fleurs à Marguerite [Romance de Siebel : Faites-lui mes aveux...]. Le jeune homme se retire après avoir déposé son bouquet. Faust, arrivant avec Méphistophélès, est impressionné par l'atmosphère du lieu [Cavatine de Faust : Salut ! demeure chaste et pure...]. Méphistophélès apporte un coffret de bijoux qu'il place à côté du bouquet de Siebel, et les deux compagnons se dissimulent derrière les buissons.

Marguerite chante à son rouet [Ballade de Marguerite : Il était un roi de Thulé...] et, découvrant les bijoux, en est enthousiasmée [Air dit « des Bijoux » : Ah ! je ris de me voir si belle...].

Une vieille voisine, Dame Marthe, s'extasie sur la richesse de cette parure. Méphistophélès la prend à part, sous prétexte d'une communication à lui faire, tandis que Faust s'approche de Marguerite. Duo passionné, serments d'amour [Duo Faust-Marguerite : Laisse-moi contempler ton visage...]. Marguerite rentre, et chante à sa fenêtre ; Faust s'élance vers elle, et Méphistophélès s'éloigne en ricanant.

 

ACTE IV. —

1er TABLEAU : La chambre de Marguerite.

Un an s'est écoulé. Marguerite, abandonnée par Faust, est devenue mère ; en vain Siebel cherche-t-il à la consoler. C'est auprès de Dieu seul qu'elle espère trouver le repos de son âme. (Ce tableau est très fréquemment supprimé.)

2e TABLEAU : A l'église.

Marguerite prie. Méphistophélès, invisible, murmure à son oreille d'amers reproches et des menaces qui la terrifient. Elle s'évanouit.

3e TABLEAU : Devant la maison de Marguerite.

Valentin revient avec les soldats [Chœur des Soldats : Gloire immortelle de nos aïeux...]. Siebel le reçoit, assez embarrassé. Valentin s'élance vers la maison de sa sœur.

Faust, plein de remords d'avoir délaissé Marguerite, veut la revoir, mais n'ose frapper à sa porte. Pour la faire paraître, Méphistophélès fredonne des couplets railleurs qui agacent son compagnon [Sérénade de Méphistophélès : Vous qui faites l'endormie...].

Au lieu de Marguerite, c'est Valentin qui sort. Alerte, altercation, duel. Faust et Méphistophélès s'éclipsent tandis que la foule accourt.

Valentin est mortellement blessé. Sa sœur implore son pardon. Mais, impitoyable, Valentin meurt en la maudissant.

 

ACTE V. —

1er TABLEAU : La nuit de Walpurgis dans les montagnes du Harz.

Méphistophélès entraîne Faust dans son empire, dont il veut lui montrer les merveilles. A son signe apparaissent les reines et les grandes courtisanes de l'antiquité [Ballet].

2e TABLEAU : La prison.

Marguerite qui, dans un accès de folie, a tué son enfant, est condamnée à mourir par la main du bourreau. Arrivent Faust et Méphistophélès. En se hâtant, Faust peut faire sortir la malheureuse et l'emmener.

Réveillée par la voix de Faust, Marguerite s'exalte au souvenir de leur amour. Méphistophélès paraît et insiste pour un départ immédiat. A la vue du démon, la pauvre condamnée frissonne et rien ne pourra dès lors la décider à partir [Trio final : Anges purs, anges radieux !]. Marguerite s'effondre : « Jugée ! » triomphe Méphistophélès. « Sauvée ! » clament les voix d'en haut, cependant que l'âme de Marguerite monte au ciel dans une apothéose...

 

 

 

 

 

     Depuis plus de soixante ans, le chef-d'œuvre du grand écrivain allemand a été traduit de bien des manières et il a fait vivre bien des gens. Il a été joue, chanté, mimé, dansé. Théaulon en a fait une pièce jouée aux Nouveautés ; Spohr, un opéra allemand ; Mlle Bertin, un opéra français ; Frédérick Lemaître, un succès d'acteur à la Porte-Saint-Martin ; M. Berlioz, une symphonie fantastique pleine d'impétuosité, de passion et de paradoxes musicaux. Enfin, MM. Michel Carré et Jules Barbier donnèrent à cette œuvre psychologique une forme dramatique fort convenable et de bonnes proportions. Eliminant tout ce qui leur paraissait extra-lyrique, ils ont conservé les principaux personnages et les épisodes caractéristiques de l'action. Dans le premier acte, le docteur Faust est rajeuni par Méphistophélès, qui lui montre dans un transparent magique Marguerite à son rouet et qui chante en filant. Dans le second, on voit la kermesse, la sortie de l'église, Faust abordant Marguerite. C'est dans le troisième acte qu'on assiste à la scène de la promenade, à la déclaration d'amour de Siebel, à la séduction de Marguerite. Le quatrième acte débute par le chœur des soldats revenant de la guerre ; il est rempli par la sérénade de Méphistophélès, le duel et la mort de Valentin, la scène de l'église et les remords de Marguerite. Quant à la nuit de Walpurgis et aux dernières scènes de l'ouvrage, qu'on a d'ailleurs retouchées et abrégées, l'effet en a paru manqué. L'arrangement de la pièce est, à cette exception près, très habilement fait.

 

Nous ne voudrions pas trop restreindre la part du musicien dans le succès presque universel de l'opéra de Faust. Il est incontestable qu'il a déployé dans cette œuvre des facultés remarquables ; d'abord une science harmonique de premier ordre ; ensuite une grande intelligence scénique et l'appropriation la plus ingénieuse des couleurs de l'orchestre aux différents caractères des personnages et aux situations si variées de ce drame émouvant. Mais il faut reconnaître qu'il y a des conceptions littéraires qui parlent si fort au cœur des spectateurs, dont l'intérêt est si constant et les applications si directes, malgré les apparences fantastiques qu'il a plu à l'auteur de donner à son poème, que le compositeur est soutenu, fortifié, protégé par son collaborateur. C'est évidemment un sort heureux que de se laisser porter sur les ailes du génie. Il faut cependant rester à la hauteur de cette situation périlleuse et ne pas être pris de vertige. M. Gounod a toujours su profiter du choix habile qu'il a fait d'œuvres dramatiques ou simplement poétiques très autorisées. Soit qu'il traite le Médecin malgré lui, le Conte du Faucon sous le titre de la Colombe, Philémon et Baucis, le Mireio de Mistral ou le Faust de Goethe, M. Gounod est un interprète fidèle, et montre autant de goût que de savoir dans cette tâche difficile. Son succès est plus contesté lorsqu'il est aux prises avec des livrets d'une provenance plus modeste et d'un mérite plus contestable, tels que ceux de Sapho, de la Nonne sanglante ou de la Reine de Saba. Il semble qu'un compositeur n'a gagné ses éperons que lorsqu'il a triomphé d'un mauvais poème. M. Gounod agit vis-à-vis des auteurs dramatiques comme certains directeurs de théâtre à l'égard des jeunes compositeurs. Il s'en défie un peu et se rejette sur le domaine public. L'ensemble de l'œuvre musicale est intéressant, surtout à cause de sa remarquable appropriation aux diverses situations du drame. Chaque morceau offre une phrase ordinairement courte, mais d'une vérité d'expression forte ou ingénieuse ; au point de vue de l'art proprement dit, on désirerait que ces phrases fussent plus développées, au lieu d'être souvent répétées à satiété, comme le fait jusqu'à seize fois Siebel dans ses couplets : Faites-lui mes aveux. Dans des opéras plus récents, le compositeur a su écrire des morceaux mieux coupés, plus complets ; le souffle, l'haleine, l'inspiration enfin augmentent d'intensité et de puissance à chaque production, et nous croyons fermement que M. Gounod nous donnera quelque jour un chef-d'œuvre digne d'être classé parmi les ouvrages de premier ordre qui s'imposent pendant un demi-siècle à l'admiration publique. En attendant, nous mentionnerons ici les fragments les plus saillants de son Faust. D'abord la ronde bizarre du Veau d'or, la phrase des vieillards pendant la kermesse : Aux jours de dimanche ; la valse, la cavatine de Faust : Salut, demeure chaste et pure, phrase délicieuse accompagnée par un violon solo, mais dont les développements manquent d'intérêt ; la ballade : Il était un roi de Thulé, dans laquelle le compositeur a introduit un emprunt caractéristique fait à la tonalité grégorienne ; l'air brillant des bijoux, la scène de la fenêtre : Laisse-moi contempler ton visage ; le duo passionné : O nuit d'amour, ciel radieux, et enfin le chœur des soldats, devenu populaire : Gloire immortelle de nos aïeux. Le rôle de Marguerite, rêveuse, passionnée et mystique, a été pour son habile interprète, Mme Carvalho, l'occasion d'une suite de succès et d'ovations qui dure encore. Celui de Faust a été chanté d'abord par Barbot, puis par Monjauze et Michot. Le personnage de Méphistophélès a été bien rendu par Balanqué et Jules Petit. Mlle Faivre chantait fort agréablement le rôle du jeune Siebel. Ismaël a joué Valentin avec l'énergie et l'intelligence dramatique qui en ont fait un de nos premiers sujets lyriques. L'opéra de Faust a eu autant de succès à l'étranger qu'en France. Il a élevé M. Gounod au rang de nos premiers compositeurs dans l'opinion populaire. Il ne s'offensera pas si nous lui disons qu'il lui reste encore un pas à faire pour que cette place ne lui soit contestée par personne.

 

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869)

 

 

 

 

 

Le premier Faust de Goethe avait déjà été mis plusieurs fois sur la scène lyrique ; mais l'œuvre du compositeur français a effacé toutes ses devancières, et est restée l'expression musicale la plus complète de la pensée de Goethe.

MM. Michel Carré et J. Barbier, éliminant du sujet tout ce qui leur paraissait extra-lyrique, ont conservé au drame ses principaux personnages et les épisodes caractéristiques de l'action. Dans le premier acte, le docteur Faust est rajeuni par Méphistophélès, qui lui montre, dans un transparent magique, Marguerite à son rouet et qui chante en filant. Dans le second, on voit la kermesse, la sortie de l'église, Faust abordant Marguerite. C'est dans le troisième qu'on assiste à la scène de la promenade, à la déclaration d'amour de Siebel, à la séduction de Marguerite. Le quatrième acte débute par le chœur des soldats revenant de la guerre, et est rempli par la sérénade de Méphistophélès, le duel et la mort de Valentin, la scène de l'église et les remords de Marguerite. Quant à la nuit de Walpurgis et aux dernières scènes de l'ouvrage, qu'on a d'ailleurs retouchées et abrégées, l'effet en a paru manqué. L'arrangement de la pièce est, à cette exception près, très habilement fait.

Il est incontestable que M. Gounod a déployé dans cette œuvre des facultés remarquables : d'abord une science harmonique de premier ordre ; ensuite une grande intelligence scénique et l'appropriation la plus ingénieuse des couleurs de l'orchestre aux différents caractères des personnages et aux situations si variées de ce drame émouvant. Mais il faut reconnaître qu'il y a des conceptions littéraires qui parlent si fort au cœur des spectateurs, dont l’intérêt est si constant et les applications directes, malgré les apparences fantastiques qu'il a plu à l'auteur de donner à son poème, que le compositeur est soutenu, protégé, fortifié par son collaborateur. C'est évidemment un sort heureux que de se laisser porter sur les ailes du génie ; M. Gounod a su rester à la hauteur de cette situation merveilleuse. L'ensemble de l'œuvre est intéressant ; chaque morceau offre une phrase ordinairement courte, mais d'une vérité d'expression forte et ingénieuse. Au point de vue de l'art proprement dit, on désirerait que ces phrases fussent plus développées, au lieu d'être parfois répétées jusqu'à satiété ; néanmoins, presque tous les morceaux sont restés dans la mémoire. « Cette partition, dit un critique musical, est populaire à des degrés différents, selon les différents publics auxquels elle parle la langue qu'ils comprennent le mieux. Ceux qui se piquent de sensations en musique, s'abreuvent aux vifs courants mélodiques qui traversent le tableau de la kermesse, et retiennent captif, dans leur oreille charmée, le rythme franc du chœur des soldats. Les délicats, transportant au piano des souvenirs du théâtre, donnent la préférence à ce troisième acte où flottent, dans le rêve de l'harmonie et de la mélodie, toutes les poésies de l'amour : l'émotion de Faust au seuil de la pauvre maison de Marguerite, ce : Salut, demeure et chaste et pure ! si admirablement traduit de Goethe par Gounod ; toute la scène de Marguerite filant et chantant à son rouet : Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme ; le quatuor du jardin, et surtout le duo de la séduction à la douce clarté des étoiles, spectatrices de la chute d'un ange et complices du complot d'un démon. »

Parmi les autres fragments les plus saillants, citons la ronde bizarre du Veau d'or ; la ballade : Il était un roi de Thulé, dans laquelle le compositeur a introduit un emprunt caractéristique fait à la tonalité grégorienne ; l'air brillant des Bijoux ; la scène de la fenêtre : Laisse-moi contempler ton visage.

Au Théâtre-Lyrique, le rôle de Marguerite, rêveuse, passionnée et mystique, eut pour habile interprète Mme Miolan-Carvalho ; ce fut un de ses triomphes. Faust fut chanté par Barbot, puis par Monjauze et Michot ; Méphistophélès par Balanqué et Petit. Au Grand Opéra, les rôles furent ainsi distribués : Marguerite, Christine Nilsson ; Méphistophélès, Faure, et Faust, Colin. Mlle Nilsson, malgré tout son talent, le charme de sa voix, la poésie de son visage et de ses attitudes, ne parvint pas à faire oublier Mme Carvalho ; on remarqua que le rôle était écrit trop bas pour sa voix, qui manque de sonorité dans le médium. Mais Faure créa un Méphistophélès d'une puissance et d'une originalité rares. La ronde, la sérénade, le trio du duel, et surtout les apartés du diable dans la scène de l'église, ont rencontré dans la voix, l'accent et le grand style du virtuose un interprète à la hauteur de ce rôle difficile chanté par lui, on peut le dire, pour la première fois.

La mise en scène était du plus grand éclat ; cependant on remarqua que ce luxe inouï des décors et la grandeur du cadre nuisaient plus à l'œuvre qu'ils ne la soutenaient. M. Paul de Saint-Victor a poétiquement traduit cette impression : « C'est surtout à l'effet du premier tableau que nuit la grande dimension du cadre. Qui reconnaîtrait la cellule mystérieuse de Faust dans ce vaste magasin encombré de cornues, d'alambics et de récipients qui rappellent la salle des instruments de physique à l'Exposition ? On se la figure petite et voûtée, presque remplie par une table chargée de grimoires sur lesquels pose une tête de mort, telle que Rembrandt l'a gravée dans sa célèbre eau-forte du Docteur Faustus ou qu'il l'a peinte dans son Philosophe en méditation du musée du Louvre. Je revois d'ici cette merveilleuse petite toile. Le vieillard est assis dans son fauteuil à large dossier ; il vient de le reculer d'un pupitre où une mappemonde se déploie près d'une Bible ouverte. La nuit tombe ; il a cessé de lire ; il rentre en lui-même et se laisse gagner par la rêverie et par l'ombre. Un rayon de crépuscule enfile la croisée et entretient un jour mourant dans la chambre. Sa faible clarté colore l'in-folio

et caresse la barbe du solitaire : une dernière lueur redescend l'escalier tournant, à moitié plongé dans l'obscurité. Au centre de cette nuit dont il est le point lumineux, le vieillard se recueille et songe, les mains passées dans ses larges manches. Il rêve sans doute à la fuite des ans, à sa vie atteinte, elle aussi, par les premières ombres du soir... Ainsi nous apparaît le Faust de M. Gounod, dans son récitatif lent et morne, qui exprime jusqu'à la lie l'amertume du désenchantement. La villanelle lointaine des jeunes filles, traversant l'hymne funèbre qu'il entonne ensuite, semble un essaim d'oiseaux qui passerait à tire d'aile sur un cimetière. »

 

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1872-1876)

 

 

 

 

    

L'opéra à succès de M. Gounod fut d'abord reçu froidement. Il n'était pas coupé, ni disposé tel que nous le voyons depuis 1869 à l'Opéra ; un dialogue parlé y tenait la place des récitatifs ; puis le ballet du cinquième acte, qui a été composé pour le théâtre de la Monnaie de Bruxelles, n'existait pas encore. Autre détail, mais qui peut avoir son importance au point de vue de l'effet général de l'œuvre, la scène de l'église se passait dehors, sur le parvis du temple. — Le drame fantastique de Goethe a inspiré plus ou moins heureusement un certain nombre de compositeurs : Lickl (1815) ; Spohr (Francfort, 1818) ; Seyfried (Vienne, 1820) ; Bishop (Londres, 1825) ; Béancourt (Paris, théâtre des Nouveautés de la place de la Bourse, 1827) ; Lindpaintner (Stuttgard, 1831) ; Mlle Louise Bertin (Paris, Théâtre-Italien, 1831) ; Gordigiani (Florence, 1837), etc.

 

(Albert de Lasalle, Mémorial du Théâtre-Lyrique, 1877)

 

 

 

 

    

La scène se passe en Allemagne, dans un lointain moyen âge, époque indéterminée.

Pour apprécier le livret de MM. Carré et Barbier, il n'y faut pas rechercher la fidélité à la pensée de Goethe. Dans le Faust de ce dernier, les librettistes n'ont pris que l'épisode de Marguerite et l'ont accommodé à l'esthétique de l'opéra. Ils n'ont pu éviter une fin obscure et forcément incompréhensible pour qui ne connaît pas le drame original. La musique a fait passer par dessus ces déficits. La fantasmagorie à peine ébauchée de la nuit de Valpurgis serait grotesque, si elle n'était heureusement sauvée par un très beau ballet. Quant à la scène finale, elle a l'air d'appartenir à une autre pièce, tant il y a de choses supprimées entre elle et ce qui précède. Mais, prise a part, elle est fort belle.

Le premier acte nous montre le docteur Faust, vieux et usé, sur le point de s'empoisonner après avoir éprouvé le vide et le néant de tout. Mais il a invoqué le démon et celui-ci paraît sous les traits de Méphistophélès. En échange du pacte qui lui livre l'âme du docteur, Méphisto accorde à celui-ci la jeunesse et s'engage à le servir fidèlement ici-bas, quitte pour Faust à le servir dans l'au-delà. Pour décider Faust au pacte fatal, le démon a fait paraître à ses veux éblouis la vision de Marguerite.

Le second acte combine plusieurs scènes du Faust de Goethe, entre autres la scène fameuse de la cave d'Auerbach. Les librettistes l'ont située en plein air, aux portes de la ville. Valentin et les soldats vont partir pour la guerre. Le frère de Marguerite confie celle-ci à la garde du fidèle Siebel. Méphisto, qui a voulu montrer tout d'abord à son élève l'orgie, le met maintenant sur le chemin de Marguerite, alors que la jeune fille se rend à l'église. L'acte, qui avait commencé au milieu des refrains bachiques et des chansons, s'achève aux sons d'une valse entraînante.

Le troisième acte se passe dans le jardin de Marguerite. L'amoureux Siebel apporte à son amie des fleurs. Après lui viennent Faust et Méphisto. Ce dernier dépose auprès des fleurs de Siebel un coffret garni de superbes bijoux. Faust est impressionné par l'atmosphère de pureté qui règne en cet asile. Il s'éloignerait, n'était Méphisto qui le pousse à voir la fin de l'aventure.

Marguerite rentre. Faust et Méphisto se cachent.

La jeune fille voit les bijoux qui ont vite fait de détourner son attention des fleurs. Le mal entre en elle par la porte de la coquetterie. Une vieille voisine qui survient, dame Marthe, s'extasie sur la richesse de cette parure et déclare qu'à son avis ce doit être le don de quelque seigneur amoureux.

Faust et Méphisto sortent de leur cachette et, tandis que Méphisto se charge de la vieille, Faust a le loisir de parler à Marguerite. La nuit tombant, la jeune fille, quoique vivement émue, prie Faust de se retirer. Il s'attarde, désormais seul, car Méphisto a jugé le moment venu de s'éloigner. La jeune fille consulte la marguerite : « Il m'aime, il ne m'aime pas... » La fleur répond : « Il m'aime ! »

Mais la nuit est tout à fait tombée. Marguerite effrayée regagne sa demeure en disant à Faust : « A demain ! »

Faust, ému, veut partir. Méphisto revenu le décide à rester. Bientôt Marguerite paraît à sa fenêtre. Dans l'exaltation de son cœur, elle parle à la nuit, elle appelle de ses vœux le bien-aimé. Soudain celui-ci est dans ses bras, et Méphisto s'éloigne en éclatant de rire.

Le premier tableau de l'acte suivant est fréquemment supprimé en province. Il représente la chambre de Marguerite. La pauvre fille est désespérée : le bien-aimé ne revient pas ! En vain Siebel s'évertue à la consoler. Elle espère encore trouver le repos auprès de Dieu et sort pour se rendre à l'église...

Au tableau suivant, elle entre au saint lieu. Mais à tous ses efforts pour prier, des voix hostiles s'opposent. Méphisto lui apparaît et la torture de remords. Le chant des fidèles contribue encore à l'accabler. A bout de force, elle tombe évanouie sur les dalles de l'église.

Le tableau suivant représente la rue devant la maison de Marguerite. Valentin revient de la guerre : il ignore tout et se réjouit de voir sa sœur. Il est vrai que s'il ne sait rien, nous n'en savons guère davantage. Tout ce que la pièce nous a appris, c'est que Marguerite a eu un amant, et que depuis quelque temps cet amant la délaisse.

Siebel s'efforce d'empêcher Valentin de rentrer chez lui. Il ne réussit qu'à l'alarmer et à le faire rentrer plus vite. Ici se place l'arrivée des soldats, musique en tête, intermède qui produit toujours grand effet.

Faust, cependant, a voulu revenir chez Marguerite. Nous ignorons pourquoi il avait cessé de la voir ; on ne nous dit pas davantage pourquoi il se ravise aujourd'hui. Méphisto annonce leur présence à tous deux par une sérénade qui fait paraître non Marguerite, mais Valentin. Celui-ci, désespéré, provoque Faust et se bat avec lui. Le duel est inégal, car Méphisto est derrière Faust. Le pauvre Valentin se bat donc contre deux, et l'un des deux n'est autre que le Diable ! Aussi le soldat tombe-t-il bientôt mortellement blessé. Faust et Méphisto détalent.

Au bruit de la lutte la foule est accourue. Avec la foule, est venue aussi Marguerite qui implore le pardon de son frère. Mais celui-ci est impitoyable et meurt en la maudissant.

Ici l'action, si l'on peut encore parler d'action, devient de plus en plus inintelligible. Nous sommes sensés suivre Faust et Méphisto au sabbat. Pourquoi ? Mystère !

Méphisto offre à Faust le spectacle d'un grand ballet, auquel prennent part les reines et les grandes courtisanes de l'antiquité. L'ombre de Marguerite fait évanouir cette vision.

Un court tableau doit nous faire comprendre que Faust, instruit de la fin imminente de Marguerite. désire la revoir et si possible la sauver. Jusqu'ici rien ne nous a permis de deviner le sort de Marguerite. Un mot en passant au dernier acte nous apprend qu'elle a eu un enfant et qu'elle l'a tué dans un accès de démence. C'est pour ce crime qu'elle est emprisonnée et va subir la peine capitale.

Nous voici au dernier tableau. Marguerite, folle, dort dans sa prison. Arrivent Faust et Méphisto. En se hâtant, Faust peut faire sortir la malheureuse et l'emmener. Des chevaux attendent à la porte.

Marguerite s'éveille. Elle reconnaît Faust, qui la presse de fuir. Mais elle s'attarde à ses souvenirs. Toute l'aventure d'amour repasse devant ses yeux ; elle s'abandonne au bien-aimé retrouvé.

Soudain Méphisto, qui montait la garde au dehors, paraît et insiste pour le départ immédiat. A sa vue, la pauvre folle frissonne. Elle a reconnu l'homme fatal, l'esprit pernicieux qui consomma sa ruine. Désormais rien ne pourra la décider à partir.

« Maudite ! » triomphe Méphisto.

« Sauvée ! » répondent des voix d'en-haut. On entend un chant de Pâques — on remarquera la curieuse transposition de ce chant imaginée par les librettistes.

Le fond de la prison disparaît et l'âme de Marguerite s'élève au ciel sur des nuées, en une apothéose.

 

(Edouard Combe, les Chefs-d’œuvre du répertoire, 1914)

 

 

 

 

    

« le « Faust » de Gounod

A vingt ans, Gounod avait lu le Faust de Goethe et déjà il songeait à le mettre en musique.

Le Faust de Goethe est un immense poème, où l'on trouve du drame, des parties purement lyriques, de la satire politique et littéraire, du roman philosophique, de la féerie, du ballet, et presque de l'opéra, — un monde de pensées et de rêves tel que seul un génie prodigieux pouvait en créer une telle diversité.

Le sujet en est emprunté à une légende qui fut très populaire au XVIe siècle. Faust est un personnage réel qui a vécu entre 1480 et 1540 environ, sorte d'aventurier et de charlatan illuminé, à moitié sincère, dont l'imagination populaire a fait le type du magicien. Son histoire, plus ou moins véridique, enrichie de mille inventions fantastiques, est contée dans le Livre populaire du docteur Faust dont la plus ancienne édition date de 1587.

A cette vieille légende Goethe trouva un attrait dont son romantisme s'émut. Elle lui fournit un cadre pour exprimer toute une conception du monde, de l'homme et de la vie. Il ajouta, du reste, une foule d'éléments nouveaux, quand ce ne serait que l'épisode essentiel de Marguerite, totalement absent de toutes les versions de l'ancien Faust.

Le Faust de Goethe offre une telle abondance de développements qu'il était impossible à aucun compositeur d'en commenter intégralement le texte. Il fallait d'abord exclure toutes les scènes d'un intérêt purement philosophique, politique, social ou littéraire. Il fallait ensuite faire un choix entre les autres scènes et les grouper suivant une idée directrice.

Ainsi procédèrent Liszt, Schumann, Berlioz, Boito, chacun à sa façon.

Très modestement, les librettistes Jules Barbier et Michel Carré, travaillant pour Gounod, se bornèrent à traiter le seul épisode de Marguerite, si poétique et si touchant. C'était leur droit.

Berlioz sentit profondément la beauté du Faust de Gounod et en fit, dans les Débats, un magnifique éloge. Mais, à côté de lui, que de critiques ne découvrirent rien de la réelle valeur de l'incontestable chef-d'œuvre ! Gounod fut considéré par beaucoup de ses contemporains comme un auteur sévère, plus « savant » qu' « inspiré ». On lui reprochait de « porter au théâtre ce qu'il fallait laisser au concert », de ne pas mettre l'effet « dans les voix » mais « dans les instruments ». Gounod manquait de « mélodie ! »

Néanmoins l'œuvre s'imposait assez rapidement. Le 4 novembre 1887 avait lieu la 500e représentation parisienne avec Jean et Edouard de Reszké, Melchissédec, et Mme Lureau-Escalaïs. En 1912, Faust atteignait sa 1.500e représentation et, depuis lors, ni à Paris, ni à l'étranger, le succès de cette œuvre si populaire n'a un seul instant fléchi.

 

PREMIER ACTE

La première page de Faust est une des plus remarquables de la partition, une des moins écoutées du reste, et l'on peut dire une des moins connues. Elle ne sert, pour l'ordinaire, que de discret accompagnement aux dernières conversations des spectateurs avant le lever du rideau. C'est du Gounod sévère, du Gounod qui sait son Bach et qui le prouve. Le style fugué, les procédé, scolastiques sont ici tout à fait à leur place : il s'agit de dépeindre l'âpre lutte d'un vieux philosophe avec la vérité rebelle.

L'introduction se termine par une phrase bien chantante qui sera celle de l'Invocation de Valentin au début du deuxième acte.

La toile se lève. Seul, assis près de sa table de travail, dans son cabinet encombré d'instruments bizarres, le docteur Faust, chargé d'années et de soucis. médite. Il se plaint, il gémit : ses recherches sont vaines, ses efforts inutiles, la science est pur néant. Cependant, dans l'éloignement, on entend une joyeuse musique pastorale. Le jour vient peu à peu, un jour que Faust maudit ! A quoi bon vivre davantage ? Pourquoi ne pas aller courageusement à la mort ?

A ce moment éclate au dehors, avec force, le chant qui s'annonçait il y a quelques instants par un bruissement lointain. C'est un chœur de paysans qui salue avec amour le réveil de la Nature dans l'aube d'une belle journée de Pâques. La coupe que Faust tient encore sans avoir osé y tremper ses lèvres tremble dans sa main.

Les voix se taisent.

Ce Dieu qu'il vient d'entendre invoquer par des âmes simples, ce Dieu qui ne lui a donné en ce monde aucun des bonheurs souhaités, Faust le maudit maintenant et, dans un grand mouvement de passion, il fait appel à l'Enfer, à Satan.

Méphistophélès paraît, élégamment vêtu en gentilhomme : « l'épée au côté, la plume au chapeau, l'escarcelle pleine, un riche manteau sur l'épaule ».

Faust, décontenancé, veut d'abord chasser l'Esprit infernal. Pour le tenter, Méphistophélès lui offre la richesse, la gloire, la puissance. Faust ne veut qu'un bien « qui les contient tous », la jeunesse !

La jeunesse ! Pour la posséder à nouveau, Faust devra signer le pacte redoutable, vendre son âme à Satan pour l'éternité. Il hésite. Pour le décider, Méphistophélès fait apparaître l'image de Marguerite : sur le ronron du rouet qu'imite le dessin trillé des violons, le cor solo pose, dans la douceur, le thème d'amour qui sera chanté dans le grand duo du troisième acte, d'une qualité mélodique si rare et si pure. Faust, émerveillé, profondément troublé, laisse conduire sa main et signe.

 

DEUXIEME ACTE

Fête populaire. Bruyante confusion. Allégresse générale. Des étudiants chantent le plaisir de boire, des soldats leurs conquêtes amoureuses, de vieux bourgeois disent leur joie pacifique à flâner au bord de la rivière.

Des jeunes filles font les coquettes avec de jeunes garçons. De vieilles matrones qui singent la jeunesse interviennent pour disputer les galants à leurs triomphantes rivales. Tumulte. Chœur général. Musique vivante aux rythmes francs, aux accents à dessein un peu lourds, qui exprime bien le grouillement confus d'une foule en joie. On remarquera la grâce souriante et vieillotte du motif des bourgeois, l'allure goguenarde bien en situation du thème des jeunes filles et des commères. Notons aussi un court essai de polyphonie qui, lors des premières représentations, parut hardi : il s'agit du passage où les seconds ténors font entendre un fragment du thème des bourgeois sur la seconde moitié de la phrase des étudiants chantée par les premières basses.

Valentin, frère de Marguerite, entre en scène. Avant de partir pour la guerre, il a reçu de sa sœur une médaille bénie qui le protégera contre les dangers. Il dit son chagrin de laisser Marguerite seule, sans appui. Pour veiller sur elle, sa mère n'est plus là. Un ami de Valentin, le jeune Siebel, s'offre pour remplacer auprès de la jeune fille le frère absent. Valentin chante son Invocation au Dieu juste et bon.

Les compagnons de Valentin l'invitent à se montrer moins soucieux et à prendre part gaîment à leur dernière réunion avant de quitter la ville. Ils s'attablent pour boire. L'un d'eux, Wagner, commence la chanson comique du Rat ; il est interrompu par Méphistophélès qui, avec une grâce insinuante, demande à être admis dans la joyeuse assemblée et paie sa bienvenue en disant la Ronde du Veau d'or, — morceau visiblement composé pour l'effet, très habile du reste, d'un rythme entraînant, admirablement écrit pour la voix et d'une instrumentation très brillante. Les traits des premiers violons dans la ritournelle et dans le milieu du couplet ont un caractère strident et ironiquement incisif qui souligne parfaitement les intentions du texte.

Sa chanson terminée, Méphistophélès conte la bonne aventure, — ou la mauvaise, — à quelques-uns des assistants. A Wagner il prédit qu'il périra en montant à l'assaut ; à Siebel qu'il ne pourra toucher une fleur sans qu'elle se fane ; à Valentin qu'il se fera tuer en duel.

Puis il boit à la santé de tous, et jugeant détestable le vin qu'on lui offre, il frappe sur le tonneau vide surmonté d'un Bacchus qui sert d'enseigne au Cabaret et il en fait jaillir un vin généreux.

Alors, d'un geste large, conviant ceux qui l'entourent à l'imiter, il lève ironiquement son verre en l'honneur de Marguerite.

Valentin, déjà troublé par les manières étranges, les sortilèges et le regard sarcastique de Méphistophélès, sent confusément le caractère provocateur de ces dernières paroles. Il tire l'épée. Ses compagnons en font autant. Il s'avance pour frapper Méphisto. Mais son épée se brise dans les airs.

Chacun comprend maintenant que Méphistophélès dispose d'une puissance surnaturelle, d'une puissance infernale. Il faut vaincre l'Enfer. Les épées se retournent : au Diable elles opposent les croix de leurs gardes.

Devant le signe de la divine Passion, Méphistophélès recule épouvanté, prêt à rentrer sous terre.

Après l'avoir tenu un instant terrassé sous leur invocation au Rédempteur. Valentin et ses compagnons se retirent. Méphisto reste seul.

Faust rejoint Méphisto. Il exige que le pacte soit accompli. Il veut être mis en présence de Marguerite.

Voici des couples qui passent en dansant. Au milieu d'eux, Marguerite paraît. Siebel s'avance pour lui parler, mais Méphisto le met en fuite. Faust, alors, allant au-devant de la jeune fille :

 

          Ne permettrez-vous pas, ma belle demoiselle,

         Qu'on vous offre le bras pour faire le chemin ?

          — Non, monsieur, je ne suis demoiselle, ni belle,

          Et je n'ai pas besoin qu'on me donne la main.

 

C'est un moment exquis. La phrase musicale est d'une suavité incomparable. C'est presque du récit, presque du parlé, mais du parlé expressif, du parlé mélodieux qui s'enferme dans une forme impeccable.

Marguerite s'échappe. Faust reste ébloui de tant de charme et de simplicité. De nouveau les danseurs envahissent la scène et le deuxième acte s'achève par une valse générale.

 

TROISIEME ACTE

La scène représente un jardin devant la maison de Marguerite. Siebel s'y introduit furtivement. Dans une naïve chanson, il avoue son amour secret pour Marguerite. Il veut cueillir un bouquet pour sa bien-aimée. Hélas ! sous ses doigts, chaque fleur se fane. C'est un « sort » que lui a jeté Méphisto : pour le conjurer il a l'idée de tremper ses doigts dans l'eau bénite. Il cueille de nouveau des fleurs. O joie ! Elles ne se fanent plus. Siebel reprend sa chanson interrompue. Et, la dernière note jetée, il se sauve, laissant là son bouquet, dont il espère que Marguerite comprendra l'intention candide.

Faust et Méphisto, qui sont entrés derrière lui, sourient de l'ingénuité de cette passion d'adolescent. Bien peu redoutable rival ! Méphisto se charge de quérir pour Marguerite des présents d'une autre valeur que ce pauvre bouquet. Il s'éloigne un instant. Resté seul, Faust éprouve un trouble profond en présence de cette humble et chaste demeure où il va porter la honte et le malheur.

La célèbre Cavatine est tout à fait caractéristique du style de Gounod. Elle débute par une de ces brèves ritournelles dont l'auteur de Faust a le secret, élégante en sa forme mélodique, riche en son fond harmonique et qui nous met immédiatement dans l'atmosphère requise pour goûter le chant qui va suivre. Puis c'est la phrase du ténor, toute de recueillement, de chaleur intime et contenue. d'une rare souplesse dans sa ferme carrure. Elle s'accompagne d'un délicieux contre-chant du violon solo qui s'enlace bientôt avec elle dans une courbe toute de grâce et de naturel. Le libre jeu des deux mélodies est soutenu par une harmonie à quatre parties dont l'allure aisée et les ingénieuses rencontres font inévitablement penser à la transparente limpidité du Mozart des quatuors et des quintettes à cordes.

Méphisto reparaît. Il apporte un splendide écrin de bijoux destiné à Marguerite. Faust hésite. Il songe à fuir, à « ne jamais la revoir ». Méphisto s'amuse de ce scrupule intempestif. Et déjà il a placé sur le seuil de la porte l'écrin ensorceleur... Brusquement, il emmène Faust.

Marguerite sort de la maison ; elle s'assied au jardin devant son rouet, songeuse. L'image de Faust occupe sa pensée. Une vieille chanson lui revient en mémoire, la Chanson du Roi de Thulé ; elle la fredonne distraitement et l'interrompt de ses réflexions sur la rencontre qu'elle a faite, le jour même, du galant cavalier :

 

          Il était un roi de Thulé

          Qui, jusqu'à la tombe, fidèle,

          Eut, en souvenir de sa belle,

          Une coupe en or ciselé...

 

La chanson se développe sur un thème très uni, sans valeurs pointées, d'une tessiture restreinte et dont la tonalité. dans les six premières mesures, est empruntée à un ancien mode, qui ne contribue pas peu à lui donner sa couleur archaïque, le premier mode grégorien.

Marguerite aperçoit le bouquet déposé par Siebel. Elle est touchée de sa délicate intention. Mais, hélas ! elle n'éprouve pour lui que de l'amitié.

Voici maintenant le coffret à bijoux. Quel étonnement ! Quelle surprise ! Si seulement elle osait se parer de ces pendants d'oreille ... Un miroir !... « Comment n'être pas coquette ? »

Alors commence le fameux Air des Bijoux, qui est une valse, une valse légère, riante, pleine de jeunesse et de vie, une valse très diverse d'expression, qui débute par un éclat de rire, continue par ces questions passionnées : « Est-ce toi, est-ce toi ? », se fait orgueilleuse pour la réponse : « C'est la fille d'un Roi » et mélancolique pour le regret d'être seule à s'admirer : « Ah ! s'il était ici... ». Art infiniment souple qui modèle à tout le moment la phrase musicale sur le texte à traduire et le sentiment à exprimer.

Dans le Faust de Goethe, le mouvement de coquetterie de Marguerite est tout de suite suivi de cette amère réflexion : « A quoi nous sert la beauté, à nous, pauvres jeunes filles ? Si l'on nous en fait compliment, c'est presque par pitié. L'or, voilà ce dont il s'agit. L'or, voilà ce dont tout dépend. Ah ! malheureuses que nous sommes ! » Et cet or, elle le méprise, elle le hait ; son amour est bien au-dessus de sa coquetterie.

Nous aimerions que les librettistes et Gounod eussent indiqué d'une touche au moins rapide cet aspect du caractère de leur héroïne.

Une voisine de Marguerite, qui vient lui rendre visite par hasard, la vieille Marthe, s'émerveille devant les bijoux qui, — elle l'assure, — doivent être le cadeau de quelque riche seigneur.

« Dame Marthe Schwerlein, s'il vous plaît ? », clame une voix railleuse. C'est Méphisto qui entre, suivi de Faust. Il vient apprendre à la vieille amie de Marguerite que son mari est mort. Court moment d'émotion. Dame Marthe se remet vite, et tout de suite elle se montre prête d'accepter les avances de Méphisto qui la berne en faisant mine de songer à remplacer l'époux disparu.

Faust s'est rapproché de Marguerite qui lui confie les tristesses de sa vie depuis la mort de sa mère, depuis la perte, plus cruelle encore, d'une petite sœur qu'elle aimait et soignait comme son propre enfant.

Le soir vient. Marthe se retire. Marguerite veut échapper à Faust qui la poursuit dans les bosquets.

Toutes ces pages sont traitées, musicalement, de la façon la plus exquise. Ce sont, tour à tour, traits de fine ironie, comique de bonne tenue, douces phrases de tendresse et de charme. Les voix s'unissent dans des ensembles d'une suavité d'harmonie insurpassable. C'est l'esprit, la grâce, la légèreté, la poésie rêveuse de Mozart. Il faut bien que ce nom revienne sans cesse sous notre plume à propos du musicien qui a le mieux compris l'auteur de Don Juan et qui s'est le plus approché, par endroits, de sa divine perfection.

Méphistophélès, resté seul, suit du regard Marguerite et Faust qui se sont rejoints. Il va leur laisser la place libre. Mais d'abord, dans une phrase largement déclamée, il invoque la Nuit propice aux douces confidences de l'amour.

Marguerite et Faust reparaissent. Marguerite craint de prolonger un entretien dont elle sent le péril. Faust la presse de rester, et c'est alors, sous le charme amical de la nuit tombée, sous la pâle clarté de la lune silencieuse, le double aveu d'un amour qui se veut éternel.

Gounod n'a jamais rien écrit qui dépasse ce duo final du troisième acte. l'oint de comparaisons écrasantes. Ne songeons pas à Wagner et à Tristan. Admirons sans réserve cette simplicité, cette retenue, cette grâce, cette modestie. Il y a là une perfection d'un certain ordre, qu'après tout Wagner eût sans doute été incapable d'atteindre. Et nous ne voyons pas qui aurait mieux rendu que Gounod le caractère virginal, souverainement pur, de l'amour naissant dans une âme exceptionnellement chaste et la nuance de respect pour cette candeur sans ombre qui donne à la passion de Faust son aspect particulier.

Quelle caresse déjà que la ritournelle où les sonorités délicates du premier et du deuxième violon solo mariées à celles du violoncelle dans l'aigu et soutenues par l'alto forment un ensemble d'un charme si enveloppant !

La divine ingénuité de Marguerite se trouve adorablement exprimée dans la phrase si simple : « Laisse-moi contempler ton visage... » Puis c'est le jeu des questions posées à la fleur effeuillée, spirituellement commenté par Gounod. Alors Faust, dans un élan passionné. veut convaincre la jeune fille de croire en lui, de se laisser aimer... « Aimer ! » Sur ce mot intervient une rapide modulation du ton de naturel à celui de bémol qui est une inspiration de génie. Brusquement c'est la nuit complète, la nuit mystérieuse et douce d'un amour qui se dérobe au grand jour, d'un amour comme celui de Faust, plus trouble que celui de l'innocente vierge dont il sent qu'il est alors tout près de devenir le maitre, amour dont il lui souffle tout bas le désir à l'oreille... Mais nous revenons bien vite au ton plus clair de fa dans lequel Faust proclame l'éternité de son amour. Et le dernier mot, le mot de l'illusion suprême : « Eternelle... éternelle... » est repris par les deux voix dans le lointain du rêve et dans une sorte de frôlement d'âmes. Encore un trait de génie justement réputé.

Vient maintenant cette page admirable : « O nuit d'amour, ciel radieux... » qui est le point culminant du duo. Jamais Gounod n'a exprimé un sentiment plus profond par des moyens plus simples et plus vrais. La belle écriture à quatre parties rappelle le style du quatuor à cordes. Ce sont d'ailleurs les violons, les altos et les violoncelles (avec quelques tenus de cors) qui accompagnent Faust. La réponse de Marguerite est d'une émotion encore plus pénétrante : on sent un cœur qui s'abandonne à tous les hasards les plus douloureux, les plus cruels et toute sa destinée se trouve déjà inscrite dans cet acte de foi si tragiquement innocent.

Tout d'un coup Marguerite frissonne, elle veut partir. En vain Faust la supplie de rester ; elle s'échappe.

Méphisto reparaît et raille la réserve du docteur : il le renverrait volontiers à l'école.

Mais voici la jeune fille qui se penche à sa fenêtre et va conter aux étoiles le rêve passionné de son cœur. La clarinette répète avec insistance le même son comme le cri monotone d'un oiseau plaintif. Puis le hautbois élève son chant chromatique sur les tenues de violoncelles divisés dans l'aigu. Alors commence la grande phrase rêveuse qui va se développer à l'orchestre pendant tout le monologue de Marguerite ; les instruments et la voix humaine se répondent, s'interrompent, se reprennent, se confondent avec une aisance, une liberté, une souplesse et une abondance de lyrisme dont nulle part ailleurs Gounod n'a fait preuve plus que là.

Faust écoute, le cœur enivré ; il ne peut enfin retenir un cri qui mettrait en fuite la tremblante Marguerite, mais déjà, escaladant le balcon, il tient la bien-aimée dans ses bras auxquels elle n'a plus la force de s'arracher. Dans l'ombre on entend Méphisto sinistrement ricaner.

 

QUATRIEME ACTE

Premier Tableau

Les fidèles se pressent en foule à l'Eglise pour assister à l'office divin. Marguerite arrive la dernière : « Seigneur, dit-elle, daignez permettre à votre humble servante de s'agenouiller devant vous ». Elle vient demander le pardon de ses fautes.

Méphisto est là. Il l'empêchera de prier. Il déchaînera contre elle tous les démons pour la frapper d'épouvante. Il lui rappellera son passé, tout de pureté, d'innocence, puis sa chute, son crime : elle est vouée, dans l'enfer, à l'éternelle angoisse, à l'éternel remords.

La grande voix de l'orgue se fait entendre ici avec une singulière éloquence. Il peut sembler au premier abord qu'il y ait une sorte d'inconvenance à employer l'instrument sacré pour accompagner les menaces du diable. Mais c'est qu'il s'agit de rappeler à Marguerite le temps qui précéda sa faute, le temps où les chants de l'église retentissaient, sans la troubler d'aucun remords, jusqu'au fond de son cœur. Ce sont les souvenirs les plus cruels que Méphisto puisse à présent évoquer et que la sonorité de l'orgue aide puissamment à faire revivre.

Marguerite dit son effroi dans un rapide récit, d'une rare justesse d'accent, sans éclat inutile.

Des chants pieux se font entendre dans l'église.

Méphisto, de nouveau, menace Marguerite de la colère d'un Dieu impitoyable. Sa parole prend un caractère solennel d'oracle. La dureté de ses prédictions implacables est soulignée par le rythme saccadé de l'accompagnement et par l'insistance de ce fa, donné à pleine force par deux cors à l'unisson qui appuient l'un contre l'autre les orifices de leurs pavillons, de façon à produire une sonorité à la fois cuivrée et caverneuse.

Marguerite essaye de s'arracher à la terrible emprise des puissances infernales et dans un sursaut d'énergie elle arrive à élever jusqu'à Dieu la supplication passionnée de son ardent repentir.

Nouvelle interruption de Méphisto.

Marguerite tombe évanouie.

L'orgue clôt majestueusement cette scène tragique.

Deuxième Tableau

C'est, après la guerre, le joyeux retour des soldats. Ils chantent leur plaisir de rentrer dans leurs foyers, après s'être couverts de gloire. Siebel s'avance au-devant d'eux et Valentin, l'apercevant, se précipite vers lui pour avoir des nouvelles de sa sœur. Mais il est interrompu par les voix de ses compagnons qui reprennent leur chant.

N'oublions pas que le chœur des soldats fut le grand succès, la page chaleureusement applaudie à la « première » de Faust.

Valentin interroge de nouveau Siebel et les hésitations du jeune homme ont vite fait de mettre le frère de Marguerite sur la voie de la triste vérité. Précipitamment il entre en la maison de sa coupable sœur.

Mais voici Faust, suivi de Méphisto. Il n'a pu résister au désir de revoir Marguerite. Sous prétexte de se faire ouvrir la porte, Méphisto chante à la belle une ironique sérénade, — chef-d’œuvre de grâce et d'esprit, où la bouffonnerie même n'exclut pas le charme. Ecoutez cette mélodie caressante et railleuse qui se base sur une descente chromatique de ses points d'appui principaux, sol, fa dièse, fa naturel, mi, mi bémol, . Discernez, dans l'accompagnement, le triolet narquois des altos. Pour terminer le premier couplet, un éclat de rire gouailleur très habilement souligné d'harmonies qui forment succession louche et détournée. Maintenant Méphisto se fait moraliste : « N'ouvre ta porte, ma belle, que la bague au doigt ». Pour cela, il passe au majeur. Mais il l'assaisonne de quelque chromatique, car sa maxime n'est pas seulement d'honnêteté, mais de bonne politique, d'adroite rouerie féminine.

Au deuxième couplet, la flûte et le hautbois se divertissent en un trait capricieux sur une descente chromatique goguenarde des violons pizzicati. Plus loin c'est un amusant contrepoint des violons, pendant que le cor sautille dm octaves grimaçantes d'une sonorité grotesque.

Cette sérénade est un chef-d’œuvre d'esprit, de couleur et de fantaisie.

A l'appel sarcastique de Méphisto, c'est Valentin qui répond : il exige du mauvais plaisant réparation de ses paroles injurieuses. Faust se déclare prêt à croiser le fer. Valentin invoque l'aide de Dieu, mais il rejette avec colère la médaille protectrice qu'il a reçue autrefois des mains de Marguerite. Le duel commence. L'épée de Faust, guidée par Méphisto, blesse mortellement Valentin. Les deux compagnons se sauvent.

La foule s'assemble. Marguerite accourt pour porter secours à son frère. Il la repousse durement, et, dans une terrible imprécation, avant de rendre le dernier souffle, il la maudit.

Quatre mesures de chœur d'une parfaite simplicité terminent la scène dans une note doucement émue : « Que le Seigneur ait son âme et pardonne au pécheur ! » Et le rideau tombe sur une phrase d'orchestre tendrement mélancolique.

 

CINQUIEME ACTE

Premier Tableau

La scène représente des lieux sauvages et désolés à peine éclairés d'une faible lueur. Dans les bruyères et les roseaux, parmi les pierres, sous les cyprès, errent les âmes des trépassés. C'est la nuit de Walpurgis.

Un allegro d'orchestre annonce l'arrivée des cavaliers, la galopade de Faust et de Méphisto a travers l'affreux Brocken. Méphistophélès conduit son compagnon dans ce séjour plein d'horreur où il règne en maître. Pour lui faire oublier Marguerite, il va faire apparaître à ses yeux un tableau enchanteur.

Sur un signe du démon, le Brocken change d'aspect. Les rochers s'effondrent et découvrent les ruines d'un palais gigantesque, éclairées d'une lumière fantastique. Au milieu de ces ruines, se dresse une table immense qu'entourent, étendues sur de riches coussins, Cléopâtre avec ses esclaves Nubiennes, Hélène avec les filles de Troie, Aspasie et Laïs dans un groupe de courtisanes.

Aspasie et Laïs, à la tête des courtisanes, se lèvent et viennent inviter Faust et Méphistophélès à prendre part au festin.

BALLET

Cléopâtre et les Nubiennes, Hélène et ses suivantes viennent entourer Faust de leurs séductions.

Les esclaves Nubiennes boivent dans des coupes d'or les poisons de Cléopâtre, qui trempe elle-même ses lèvres dans la coupe où elle a fait dissoudre la plus précieuse de ses perles.

A Cléopâtre succèdent les Troyennes et Hélène, rivale de Vénus.

Puis c'est la toilette d'Astarté.

Cette lutte de séduction est interrompue par l'apparition de Phryné entièrement voilée. Mouvement général de curiosité. D'un signe, Phryné ordonne à ses rivales de reprendre les danses un instant suspendues. Elle y prend part elle-même, laissant peu à peu tomber ses voiles et se montrant enfin dans tout l'éclat d'une radieuse beauté.

Son triomphe éveille autour d'elle des jalousies et des colères.

La fête dégénère bientôt en une bacchanale effrénée.

Les courtisanes vont retomber sur leurs coussins, épuisées, haletantes.

Faust, subjugué, tend sa coupe à Phryné.

Méphisto prétend que la volupté verse au cœur de Faust l'oubli de tout remords. Il se trompe. Soudain une teinte livide se répand sur le théâtre. Le fantôme de Marguerite apparaît au sommet d'un rocher, dans un rayon lumineux. Elle a le cou cerclé d'un ruban rouge « étroit comme un tranchant de hache ». Devant cette affreuse vision, Faust est terrifié. Il ne veut pas rester un seul instant en ces lieux. Il faut qu'il retrouve la pauvre abandonnée. Il doit la secourir, la sauver peut-être. Que Méphisto le conduise aussitôt auprès d'elle.

Deuxième Tableau

Une courte page symphonique précède le tableau de la prison. Violent roulement de tambour. L'accord parfait de fa dièse mineur, surmonté de la brutale dissonance d'un mi dièse qui ne se résoudra qu'au milieu de la mesure sur la tonique, dans un rude entrechoquement de doubles croches, fait allusion à la hache du bourreau et à ses coups précis. Une plaintive mélodie vite interrompue. Des accords heurtés. Puis des modulations catégoriques pour exprimer le caractère impitoyable du jugement. La clarinette fait entendre de faibles gémissements. Tout s'éteint dans l'immobilité d'un morne abattement. Page de tous points remarquable.

Maintenant retentit le motif de la chevauchée. Méphisto, qui a dérobé les clefs au geôlier, introduit Faust dans la prison. Egarée par le désespoir, la malheureuse Marguerite a tué son enfant et bientôt, si Faust ne la délivre, elle doit expier son crime sur l'échafaud.

La voix du bien-aimé réveille Marguerite. Elle se jette, éperdue, dans ses bras.

Tout le passé renaît soudain dans son imagination : elle revoit la rue où pour la première fois ils se sont rencontrés. Ici, Gounod use avec un réel bonheur du procédé qui consiste à rappeler les principaux motifs de la partition en de courtes citations. C'est d'abord l'un des thèmes de la valse du deuxième acte, le plus délicatement caressant, puis la délicieuse phrase : « Ne permettrez-vous pas ?... ».

Marguerite se voit maintenant dans le jardin où elle se promène tendrement avec Faust. Le retour de la mélodie des aveux produit ici un effet pénétrant. C'est à l'orchestre que le motif est confié. Le chant de Marguerite s'y mêle en un exquis contrepoint d'une grâce fragile et charmante. Contrepoint très libre et qui mérite à peine ce nom, car tantôt il se confond avec le thème et tantôt l'en détache pour suivre sa propre fantaisie.

Faust veut interrompre cette rêverie passionnée. Il supplie Marguerite de fuir avec lui. Mais elle ne l'entend plus.

Méphistophélès donne l'alerte. Le jour est levé. Il n'y a plus un instant à perdre. Il faut se hâter. Les chevaux sont prêts et frappent le pavé.

Par son intervention, l'Esprit du Mal accroît l'exaltation de Marguerite qui, repoussant toute compromission avec les puissances infernales, adresse aux saints anges une fervente prière. Elle ne se soucie plus que de son salut éternel. Faust veut l'entraîner. Elle le repousse durement.

Cette dernière phrase du Trio : « Anges purs, anges radieux... », on a pu la critiquer, comme d'un effet un peu gros. Il faut reconnaître son dynamisme puissant, qui s'impose avec une force singulière, dont peu de compositeurs auraient été capables, et qui, après tout, ne manque pas de sincérité. Gounod ne jouait pas les accents de la foi : il les sentait profondément, il en était intensément ému.

Gounod a considérablement augmenté l'impression produite par cette mélodie si frappante, par ce thème enflammé en le reprenant par trois fois à des degrés toujours plus élevés de l'échelle musicale.

Et voici maintenant l'apothéose finale. Sous le poids de ses angoisses et dans l'élan éperdu de son invocation, Marguerite finit par succomber. « Jugée », s'écrie Méphistophélès, qui se croit vainqueur ; « Sauvée ! » répondent les voix du ciel qui proclament : « Christ est ressuscité, paix et félicité aux disciples du Maître ! ».

Méphisto a du moins conquis Faust avec lequel il s'abîme dans l'Enfer, tandis que le ciel s'entr'ouvre et que l'on y aperçoit Marguerite pardonnée au milieu des bienheureux.

Notons la fin différente du poème de Goethe. Dans la longue vie de Faust, l'amour de Marguerite n'est qu'un épisode, qu'il faut juger d'après son rapport avec le tout dont il fait partie. En fin de compte, par son effort gigantesque, Faust a réussi à déjouer la malice du démon. Sa vie est un chef-d’œuvre d'humanité. L'épilogue nous montre Méphisto luttant pour disputer à Dieu celui qu'il croit avoir gagné à l'Enfer. Mais rien ne peut désormais s'opposer à la lente ascension de l'âme de Faust, qui, à travers les sphères célestes, et avec le secours de Marguerite repentie, s'avance jusque dans les plus hautes régions de la sereine béatitude.

 

(Paul Landormy, programme pour l’enregistrement intégral chez Gramophone, 1930)

 

 

 

 

 

Faust, de Gounod, est l'ouvrage le plus célèbre, le plus populaire du théâtre musical français, l'un de ceux aussi que l'étranger a adoptés. Les librettistes, Jules Barbier et Michel Carré, en ont emprunté le canevas au « premier Faust » de Goethe, c'est-à-dire seulement à la partie du poème consacrée à l'épisode de Marguerite.

Lors de sa création, en 1859, Faust comportait des scènes de parlé que Gounod remplaça par un dialogue chanté, d'une souplesse et d'une grâce extrêmes, lorsque l'œuvre passa, en 1869, du Théâtre-Lyrique à l'Opéra.

La fortune exceptionnelle de Faust s'explique et se justifie par la richesse et la diversité de l'invention mélodique, par la variété des scènes et des accents. La plupart des phrases de cette œuvre heureuse sont dans toutes les mémoires. Cette familiarité ne lui vaut pas seulement le dédain des raffinés pour qui le succès est une tare ; chez les autres même elle risque d'en émousser quelque peu l'effet et d'en déprécier la valeur.

On a beaucoup reproché à Faust de défigurer le poème de Goethe et d'en donner une traduction infidèle. Cela est vrai. Mais ce défaut ne lui a pas fermé les scènes allemandes, où il fait partie du répertoire sous le titre de Margarethe, qui peut-être lui convient mieux.

 

*

 

Après un prélude d'un accent religieux et d'une sérénité fluide, assurément très étrangers au caractère tourmenté du Docteur Faust, le rideau, en se levant, montre le cabinet de travail de celui-ci. Désenchanté de la vie, il veut s'en délivrer par le poison. Un chœur matinal de paysans, apportant de la coulisse un écho d'ingénuité campagnarde et de bonheur rustique, arrête un instant sa main. Mais, repris par le désespoir, il invoque Satan : ce dernier surgit d'une trappe et lui offre ses services. Il porte ici le nom de « Méphistophélès ». Faust, dédaignant l'or et le pouvoir, ne demande que le retour à la jeunesse. Méphisto la lui promet à condition que, dans l'autre vie, Faust lui appartienne. Le vieux docteur hésite : pour le décider, Méphisto lui montre l'image d'une naïve jeune fille à son rouet, Marguerite, « Gretchen », tandis que l'orchestre murmure un thème d'une extrême tendresse que nous retrouvons plus tard dans un duo d'amour (*). Faust, conquis, signe le pacte, redevient jeune en un clin d'œil et suit Méphisto avec un ardent appel au plaisir, à la jeunesse et à l'amour, d'un accent à vrai dire peu distingué.

 

(*) Ce thème, un des plus heureux de la partition a été pris par Gounod dans des esquisses fort antérieures à la composition de Faust.

 

Le tableau suivant montre une kermesse aux abords de la ville. Dans une scène pleine d'animation et de bonhomie se répondent ou se mêlent des ensembles choraux, soldats, vieillards, jeunes filles, matrones. Il n'est pas douteux que Wagner — qui avait entendu Faust à Paris en 1860 — n'ait tiré quelque chose de cet épisode si mouvementé et si pittoresque, pour la scène de l'échauffourée et celle des corporations, dans ses Maîtres Chanteurs.

Un soldat, Valentin, appelé à la guerre, prend ici congé de ses compagnons, attristé de laisser seule sa sœur Marguerite (*). On boit, on chante. La réunion est interrompue par l'arrivée de Méphisto, tout de rouge vêtu, suivi de Faust. Pour se mêler à la fête, il débite les deux couplets de sa célèbre chanson du « Veau d'or », dont l'accompagnement strident a quelque chose de satanique. Changeant l'eau en vin, prédisant à Valentin sa mort au cours d'un duel, Méphisto inquiète vite l'assistance qui, soupçonnant en lui un personnage infernal, l'exorcise par un chœur vigoureux à l'unisson et la présentation d'une garde d'épée en forme de croix. La fête reprend alors avec une valse, mêlée de chœurs et d'orchestre et vite devenue populaire dans le monde entier. La jeune fille dont Méphisto avait montré à Faust l'image séduisante, Marguerite, sortant de l'église, traverse la place. Faust l'aborde et lui offre son bras, qu'elle refuse : phrase charmante, usée injustement par le succès que lui a valu sa grâce. Et la valse reprend jusqu'à la chute du rideau.

 

(*) Une version de Faust, répandue à l'étranger, ajoute ici pour Valentin un arioso, emprunté à l'un des thèmes du prélude.

 

L'acte suivant se passe dans le jardin de Marguerite. Un jeune garçon, Siebel, qui en est amoureux, vient déposer devant sa porte un bouquet de fleurs. Il faut reconnaître que le Siebel de Faust déforme outre mesure celui de Goethe et que les deux couplets dont il accompagne son bouquet sont d'un goût médiocre.

Méphisto paraît, suivi de Faust qu'il laisse seul. Celui-ci, devant la chaumière de Marguerite, exprime son émotion en une cavatine d'une suavité pénétrante, où un violon solo s'enlace à la voix.

Mais Marguerite approche. Méphisto entraîne Faust en laissant devant la porte un coffret de bijoux.

La jeune fille est pensive : elle s'interroge sur l'inconnu qui l'a abordée au sortir de l'église (*). Pour se distraire, elle prend son rouet et chante deux charmants couplets, d'un archaïsme raffiné et du sentiment le plus délicat, sur le « Roi de Thulé » qui mourut de deuil. Mais par deux fois, la pensée obsédante de l'inconnu interrompt le fil de sa chanson.

 

(*) L'obsession de Marguerite se traduit par une phrase déclamée sur une seule note. C'est un procédé usé aujourd'hui jusqu'à la corde par l'abus qu'on en fait surtout dans la musique moderne française, sous couleur d'hiératisme et, en réalité, par défaut ou paresse d'invention. Au contraire, le théâtre musical du dix-neuvième siècle en offre des exemples expressifs ou éloquents, parce qu'ils étaient en situation. Outre ce passage de Faust, on peut citer au troisième acte des Huguenots la réplique de Valentine : « Qu'il ne vienne au combat que bien accompagné ! », et, dans Mignon, le récitatif qui précède la romance du « pays où fleurit l'oranger » : « Demain ? Qui sait où nous serons demain ! »

 

Elle découvre le coffret déposé par Méphisto et l'ouvre. Eblouie par tant de joyaux, elle ne résiste pas longtemps au désir de s'en parer, en chantant une valse d'un brio assez conventionnel.

Une vieille voisine, dame Marthe, survient et lui donne à penser que les bijoux sont le présent discret de quelque seigneur amoureux. Méphisto et Faust reparaissent. Le démon, annonçant à dame Marthe la mort inopinée de son mari, la console et l'entraîne en lui faisant la cour. Après un quatuor tour à tour tendre et enjoué, Faust et Marguerite restent seuls ensemble. Qui ne connaît le fameux duo de Faust, d'une chaleur si caressante et qui a relayé celui des Huguenots dans la faveur du public ! Au moment de s'abandonner, Marguerite se dérobe et Faust veut fuir Méphisto le retient pour lui faire entendre l'aveu ingénu que la jeune fille, se croyant seule, chante à sa fenêtre. Faust s'élance : elle ne le repousse plus, tandis que, sur un ricanement du démon, le rideau tombe.

La suppression de la belle scène où Marguerite pleurait l'abandon de Faust (scène sacrifiée en 1869 pour compenses l'addition du ballet) rend incompréhensible le tableau qui suit. Nous sommes à l'église. Marguerite y vient prier, mais un chœur de démons trouble son oraison. Méphisto lui-même, caché derrière un pilier, lui reprochant sa faute. la menace de damnation. Après un appel désespéré à la Miséricorde divine, elle tombe inanimée... Scène hautement dramatique où dialoguent le ciel et l'enfer.

Le tableau suivant nous ramène sur une place publique, où l'on attend le retour de soldats dont le chœur célèbre, avec ses pistons et ses ophicléides, est, il faut le dire, une page fort vulgaire que Gounod a tirée d'une œuvre par lui abandonnée, un Ivan le Terrible. Parmi ces soldats se trouve Valentin. Méphisto survient avec Faust, qui hésite à revoir Marguerite, séduite et abandonnée par lui. Le démon, pour lui faire ouvrir la porte, chante en s'accompagnant de la guitare, une sérénade ironique en deux couplets (*). Au lieu de Marguerite, c'est Valentin qui se montre. Il a appris la faute de sa sœur et, découvrant en Faust le séducteur de celle-ci, le provoque. On dégaine. Méphisto donne à l'épée de Faust un pouvoir maléfique et au cours d'un duel qui forme un brillant trio, Valentin tombe frappé à mort. Il expire en maudissant Marguerite, survenue aux cris de la foule ameutée.

 

(*) L'opéra de Gounod rend à la sérénade ironique de Méphisto sa place et, avec sa place, sa signification.

 

Le premier tableau du dernier acte n'est pas sans rappeler d'abord le romantisme démoniaque de Weber et de son Freischütz. Méphisto a conduit Faust dans son lugubre empire, peuplé d'ombres sinistres : c'est la « Nuit de Walpurgis ». Mais, devant la terreur de Faust, il transforme d'un coup de baguette le théâtre et mène son compagnon dans un séjour enchanté parmi « les reines et les courtisanes ».

C'est ici que, pour satisfaire aux traditions de l'Opéra, Gounod a dû en 1869 ajouter un ballet dont il se souciait d'abord si peu qu'il avait prié Saint-Saëns de l'écrire à sa place... Ce ballet contribue au luxe du spectacle : il est, à part cela, d'une élégance assez banale et comporte entre autres une valse qui, ajoutée à celle du deuxième acte et à l'air des bijoux, multiplie outre mesure le nombre des valses dans Faust. Il est dommage que ce somptueux postiche ait supprimé la scène de Marguerite abandonnée et même, dans la « Nuit de Walpurgis », une chanson bachique de Faust, dont l'accent était assez coloré (Ambroise Thomas en a repris quelque chose dans la chanson à boire de son Hamlet). Malgré les splendeurs et les séductions qui l'environnent, Faust pense à Marguerite. Des échos de leur duo d'amour lui reviennent à l'esprit... Il croit la voir, prête pour le supplice et exige de la rejoindre.

Le dernier tableau va nous montrer Marguerite sur le grabat de la prison où elle expie le meurtre de sa mère et, de son enfant. Cette scène, qui achèvera l'œuvre, en est la plus pathétique. Pénétrant dans le cachot, Faust exprime son remords. Son appel éveille Marguerite, qui le reconnaît avec ivresse. Comme Faust tout à l'heure, elle revit leur amour en murmurant la valse de leur première rencontre et les phrases les plus tendres de leur duo (*). Faust veut l'entraîner, mais elle a perdu la raison et s'obstine à ne pas le comprendre. Méphisto survient : le jour va se lever, qui doit marquer pour Marguerite l'heure du supplice: il faut fuir, les chevaux sont là, qui piaffent... Epouvantée, Marguerite reconnaît le démon et dans une ample phrase, trois fois répétée, chaque fois dans un ton plus aigu, elle implore le secours des anges, tandis que Faust et Méphisto la pressent de les suivre. Mais elle tombe morte et un chœur céleste chante son salut par la rédemption.

 

(*) Procédé ébauché par Bellini dans la Somnambula et fort exploité après lui.

 

Tout n'est pas égal dans Faust ; Gounod n'y évite pas toujours la banalité, la platitude — et même pire dans le « Chœur des soldats ». Mais les pages de tendresse y sont d'une pureté incomparable et l'accent dramatique, dans l'église ou dans la prison, d'une rare et lumineuse puissance. Enfin, presque partout, le dialogue musical écrit en 1869 pour remplacer le « parlé » de la version primitive est d'une souplesse et d'une vérité rares, dont les Pêcheurs de Perles, en 1863, donnaient un premier exemple.

L'élément pittoresque, plein d'animation et de bonhomie dans la Kermesse, relevé par les chansons sarcastiques de Méphisto, tout coloré au contraire de romantisme dans le tableau de la « Nuit de Walpurgis », assure à l'œuvre une diversité dramatique et musicale qui a largement contribué à son succès.

Ce succès, avec celui de Carmen, postérieur de quelques années, domine encore en France et dans le monde entier l'histoire de notre théâtre lyrique.

 

(Jean Chantavoine, Petit guide de l’auditeur de musique, Cent opéras célèbres, 1948)

 

 

 

 

    

Pour une reprise de Faust, l'Opéra nous a conviés : et nous attendions de la nouvelle présentation du chef-d’œuvre de Gounod plus que ce qu'elle nous a apporté. Les décors de Wakhevitch, généralement mieux inspiré, sont inégaux. Pour ce qui est des chanteurs, même disparate : Depraz, remarquable « Méphisto », et Blanc, « Valentin » superbe, ont été, à juste titre, les héros de la soirée. (Mmes Solange Michel et Andrée Gabriel sont également à louer en Dame Marthe et en Siebel.) Mais, malgré la présence au pupitre d'un maître comme Fourestier, pourquoi l'orchestre a-t-il, trop souvent, joué si fort ?

Et ce même orchestre, quelques jours plus tard, nous transportait, sous la baguette de Knappertsbusch, pour les représentations de Tristan.

 

(Jacques Feschotte, Musica, juillet 1956)

 

 

 

 

    

— Gounod, mon cher, vous devriez bien m'apporter un ouvrage pour mon Théâtre-Lyrique.

— Je ne demande pas mieux, cher Carvalho. Mais quoi encore ? Trouvez-moi un bon sujet.

— Eh bien ! faites-moi donc un Faust !

— Un Faust ? Mais je l'ai dans le ventre depuis des années...

Ainsi dialoguaient, un soir de l'année 1856, sur la scène du Théâtre-Lyrique, à l'issue de la représentation de la Reine Topaze, Carvalho, qui venait de fonder ce théâtre, et le compositeur Charles Gounod.

Alors qu'il était encore pensionnaire à la villa Médicis, après qu'il eût obtenu le Grand Prix de Rome en 1839, Charles Gounod méditait déjà d'écrire un Faust. Le livre de Goethe, toujours auprès de lui, demeurait une de ses lectures de prédilection. Il tournait et retournait dans sa tête ce projet dont il ne savait pas très bien quelle forme lui donner quand, en 1846, Berlioz produisit en public sa Damnation de Faust. Passionné, Gounod entendit l'œuvre de son illustre aîné et en sentit toutes les beautés. Mais, loin de lui faire renoncer, l'audition de l'ouvrage de Berlioz lui confirme le sentiment qu'il y a dans l'œuvre de Goethe bien plus qu'une grande œuvre de concert : un sujet de grand opéra. Mais voilà, l'opéra, tel qu'il était dans sa forme d'alors, ne paraissait pas convenir très exactement aux intentions de Gounod. Et le musicien s'interrogeait, supputait, se rapprochait, s'éloignait...

Toutefois l'idée d'un Faust était dans l'air. Un drame fantastique de Michel Carré intitulé Faust et Marguerite représenté en 1850 au Théâtre du Gymnase paraît apporter à Gounod une solution : suivre les amours de Faust et de Marguerite en les séparant de toute la mythologie et la philosophie goethéennes. Ainsi le musicien s'achemine-t-il peu à peu vers son propre Faust. Y travaille-t-il dès lors ? Il en parle en tout cas puisque en 1852 un journal de Leipzig, annonçant son mariage prochain avec Mlle Zimmermann, écrit : « Ce projet de mariage n'empêche point cependant le musicien de composer l'opéra qu'il a tiré du Faust de Goethe... »

Et voici qu'en 1855, Gounod rencontre sur les boulevards, entre les portes Saint-Denis et Saint-Martin, l'illustre librettiste Jules Barbier qui lui parle spontanément de Faust, la source et le modèle des drames lyriques.

— Ah, mon cher, Faust... j'y pense depuis mes plus jeunes années !

Rencontre providentielle : Jules Barbier promet à Gounod de travailler pour lui au livret d'un Faust. Et, tout aussitôt, il commence son travail sur le texte de la pièce que Michel Carré avait fait représenter cinq ans auparavant.

Carvalho ayant offert son théâtre, la conjoncture apparaissait des plus favorables. Et Gounod, étroitement uni au travail de son, puis de ses librettistes (car Michel Carré s'en vint un peu plus tard rejoindre Jules Barbier), s'efforçait de modérer leur zèle — le livret prenait des proportions inquiétantes — et composait l'ouvrage avec une heureuse régularité. En 1857 deux actes étaient déjà terminés. Cette œuvre, qu'il portait en lui depuis si longtemps, naissait comme spontanément.

Tout à coup, le musicien est saisi par une violente crise nerveuse qui affole son entourage et que la presse d'alors commente avec une certaine exagération, allant jusqu'à déclarer Gounod « perdu pour l'art », affirmant même que sa raison semblait s'être égarée. En vérité, après quelques semaines de repos dans la clinique du Dr Blanche (qui avait déjà prodigué ses soins à bien des artistes de ce temps, d'un temps tout autant que le nôtre fertile en désordres de ce genre), Gounod, tout à fait rétabli, reprenait la composition de son opéra chéri. Mais, cette fois, conséquence de sa maladie, il travaille avec plus de peine. Il s'en inquiète. Et puis, voici qu'un autre Faust est annoncé au Théâtre de la Porte Saint-Martin : un drame populaire, cette fois, dû au célèbre d'Ennery, accompagné d'une « importante partition musicale ». Carvalho, prenant les devants, annonce la mise en répétition de l'œuvre de Gounod, qui n'est cependant point encore achevée et publie la distribution qui comprend quelques-uns des plus célèbres artistes de l'époque ; et pour conclure il va jusqu'à annoncer la première représentation pour la fin de l'année 1858.

A la fin de 1858, si Gounod avait enfin terminé sa partition, l'ouvrage n'était cependant point prêt à passer. La première distribution avait dû être remaniée : l'illustre Madame Ugalde prévue pour le rôle de Marguerite fut remplacée par Madame Carvalho. Et le jeune ténor choisi, Guardi, victime d'un enrouement tenace fut à son tour remplacé par un artiste du nom de Barbot. Plus on avance dans le travail, plus on s'aperçoit que les librettistes et le musicien ont fait trop long. Il faut couper : ici une scène entière, là un duo, ailleurs un air, des airs... Gounod se fâche et boude. D'autant plus qu'après avoir exigé tant de coupures, Carvalho demande maintenant d'ajouter, à la place d'un air coupé de Valentin, le populaire chœur des soldats, qui avait été écrit pour Ivan le Terrible...

Enfin Faust est représenté : le 19 mars 1859, devant tout ce que Paris compte de personnalités artistiques et mondaines. Ce ne fut pas (Gounod l'a lui-même écrit) un succès éclatant, loin de là. Beaucoup de spectateurs avouaient ne pas comprendre ce qu'avait voulu l'auteur, qu'on trouvait par ailleurs trop savant, pas assez mélodieux ! L'acte du jardin souleva même des protestations et fut chuté. Enfin certains allaient jusqu'à déclarer l'ouvrage incompréhensible... Oui !

En vérité, plus encore que choqué par la musique même, le public butait contre la forme nouvelle d'un ouvrage qui ne répondait pas aux habitudes prises dans les partitions de Meyerbeer ou de Rossini. Point de grands tapages ni de gros effets ; voici qu'il fallait écouter le musicien de plus près, aller jusqu'à prêter l'oreille à ses propos délicats, parfois confidentiels, accepter une tournure inhabituelle de la mélodie, dans les airs comme dans les ensembles. C'est tout une nouvelle manière d'écrire (et d'écouter) que Gounod proposait. Son œuvre n'était pas incompréhensible ; mais le public, lui, était incompréhensif et, d'ailleurs, continue à l'être : les admirateurs de Gounod ont trouvé Pelléas de Debussy incompréhensible ; les admirateurs de Debussy, à leur tour, n'ont rien compris à Stravinsky, et les admirateurs de Stravinsky... La liste n'est ni limitative, ni close. Le jeu continue et continuera encore, tout autant que les artistes iront ailleurs que là où le public d'une génération aura pris ses habitudes.

Aussi ne faut-il point trop s'attarder aux réactions des publics quels qu'ils soient. Il est plus savoureux et plus instructif de lire ce que les musiciens contemporains ont pensé et écrit sur le Faust de Gounod. Et relisons plutôt ce qu'en disait Berlioz dans son feuilleton du Journal des Débats ; après avoir salué en Gounod « un savant harmoniste », il déclarait : « Rien de plus naturel et de plus gracieux que la phrase de Marguerite Je ne suis demoiselle, ni belle. L'air de Faust Salut, demeure chaste et pure m'a beaucoup touché. C'est d'un beau sentiment, très vrai et très profond... On l'a applaudi, mais pas assez : il méritait de l'être vingt fois davantage » (il s'est rattrapé depuis lors...). « Je ne connais rien de plus décourageant (continuait Berlioz) que cette tiédeur du public français pour les beautés musicales de cette nature. Il les écoute à peine ; la mélodie est insaisissable pour lui : le mouvement est trop lent, le coloris trop doux, l'accent trop intime. » C'est bien en cela que Berlioz caractérise tout ce que Gounod apporte de nouveauté dans l'expression de l'opéra en 1859 et devant quoi s'élevaient tant d'incompréhensions et d'étonnements.

« Tout est frais, bien vrai, bien senti, dit encore Berlioz. Cette charmante demi-teinte, ce clair crépuscule de lune musical caressent l'auditeur, le charment, le fascinent peu à peu et le remplissent d'une émotion qui va jusqu'à la fin. » Et il va jusqu'à prononcer le mot de « chef-d'œuvre ».

Autre son de cloche : dans la France Musicale, Léon Escudier déclare qu'il faut reprocher à Gounod d'avoir « porté au théâtre ce qu'il faut laisser au concert... Hormis deux chœurs, pleins d'originalité et fort beaux et une magnifique scène dans les jardins, tout se qui se chante est morne, incolore, sans feu ; par contre tout ce que joue l'orchestre est gracieusement poétique et riche de couleurs. Et c'est là l'erreur de Gounod : ce n'est pas dans les voix qu'il a mis de l'effet, c'est dans les instruments. »

Heureusement que, se rapprochant de Berlioz, Ernest Reyer, l'auteur de Sigurd, déclarait l'œuvre « parmi les plus complètement belles de ce temps-ci ; une œuvre dans laquelle de très légères imperfections sont effacées par des inspirations et des beautés de premier ordre. »

Cependant ce demi-succès fit que Gounod ne trouva pour son Faust qu'avec la plus grande peine l'éditeur nécessaire. C'est un petit boutiquier de la rue Sainte-Anne, éditeur de romances à la mode, A. de Choudens, qui finit (sur les instances d'un ami commun) par se laisser persuader de prendre la partition qu'il paye dix-mille francs (ce qui n'était pas si mal pour le temps). Faust a fait sa fortune ; et pas seulement la sienne : celle aussi de Gounod, de ses librettistes (qui avaient été déjà enrichis par Meyerbeer) comme aussi de tous les théâtres lyriques du monde. Et cela continue, malgré toutes les modes qui passent, dépassent, repassent et s'espacent. Le propre d'un chef-d’œuvre est d'être intemporel. Faust l'est par tous ses côtés qui n'appartiennent pas à son temps, ce XIXe siècle si terriblement influencé par la « boutique », devenue alors arbitre du succès. Gounod n'a pas su, ou pu, s'en évader tout à fait ; en se soumettant, en soumettant son génie à certaines de ses exigences, à certains de ses appels, il n'a pas pu éviter quelques formules conventionnelles. Mais il nous a offert également un si grand nombre de beautés que, par-delà ce temps, au-dessus de tant de partitions aujourd'hui oubliées ou détestées, Faust demeure un des chefs-d’œuvre de la musique française — mieux, de la musique tout court.

C'est par une page d'un accent grave et d'une grande noblesse que s'ouvre la partition du Faust de Gounod. Quand on pense au style adopté par tous alors pour l'ouverture d'un opéra, on comprend que, dès son abord, l'œuvre put déconcerter. Mais, au fait, l'a-t-on seulement écoutée ? Il n'était pas pour habitude de fermer les portes de ce lieu d'élégance et de plaisirs mondains qu'était alors un théâtre d'opéra. Wagner, seul, devait obtenir cette mesure, et, de nos jours, elle commence à ne plus être partout respectée (qu'on fréquente notre Académie nationale de musique pour s'en rendre compte). Le disque, aujourd'hui, permet l'audition d'une œuvre dans la solitude et le respect. Pour beaucoup qui ne l'ont entendue qu'au théâtre cette introduction à Faust sera une révélation. Ils y verront une paraphrase musicale autour de la personnalité du docteur et de ses recherches scientifiques et philosophiques, de ses désenchantements, de sa démarche inquiète et errante. C'est dans cette page que Gounod se rapproche le plus de Goethe dont, par la suite, il devait s'éloigner jusqu'à le faire presque totalement oublier !

Les graves accents de l'ouverture font place à un chant mélodieux et naïf, lyrique et typiquement « Gounod » et dès lors le ton change. Après le monologue où Faust s'interroge et interroge « la nature et son Créateur », voici un petit chant pastoral qui vient témoigner de la présence permanente de la jeunesse et de la fraîcheur. Ce chant deviendra celui du chœur célébrant toute la nature après que Faust ait dit adieu au monde dans un chant dramatique à la déclamation gluckienne (Gluck et Mozart seront, d'ailleurs, les modèles que Gounod s'est choisi). Le monologue de Faust se poursuit encore et après avoir maudit le bonheur, la science, la prière et la foi, il en appelle à Satan. L'apparition créée par celui-ci de Marguerite à son rouet est d'une inspiration ravissante. Sous le dessin délicat d'un mouvement de fileuse, apparaît pour la première fois le thème qui symbolisera dans toute la partition les amours des deux héros, thème expressif et dramatique que seul Gounod pouvait trouver et traiter ainsi. Et le premier acte, acte d'exposition dans lequel il semble que Gounod cherche, comme son héros, son exact chemin, se termine sur une reprise de l'air des plaisirs chanté cette fois par Faust et par Méphisto.

Le deuxième acte va prendre un autre essor. Un grand chœur formé de jeunes filles, de matrones, de bourgeois, d'étudiants et de soldats assemblés en kermesse sur une vaste place entourée de maisons et de tavernes crée, par son mouvement pittoresque et contrasté, l'impression grouillante d'une foule en joie. Les chants se croisent, se chevauchent, se mêlent : c'est là une page du plus grand effet. Apparaît le frère de Marguerite, Valentin, qui doit partir pour la guerre. Douce et mélancolique musique bientôt interrompue par le chant joyeux des buveurs qui ne veulent point se laisser attendrir. C'est alors que Méphistophélès se mêlant aux buveurs offre la fameuse ronde du Veau d'or, air de bravoure, pierre de touche du chanteur destiné à incarner le personnage et que le public attend. Méphisto enchaîne avec quelques tours diaboliques qu'un grand choral des épées (« C'est une croix qui de l'enfer nous garde ») interrompt, choral traité à la manière d'un cantique, qui révèle les sentiments pieux et la foncière catholicité du musicien dont on sait qu'il pensa, dans sa jeunesse, à revêtir l'habit sacerdotal. Faust, impatient, demande à Méphisto de rendre réelle la vision de la « belle enfant » qu'il fit apparaître à son rouet. Elle va venir. Et, sous le propos du démon, s'insinue le mouvement de valse qui va amener, parmi ses compagnes, entourée du chœur, recherchée par un jeune page Siebel auquel Méphisto s'amuse à barrer la route, la douce, pieuse, vertueuse et chaste Marguerite. Les quelques mesures qui marquent la première rencontre des deux héros sont, dans leur simplicité et leur pudeur, d'une exquise sensibilité, tout imprégnées d'une fraîcheur naturelle incomparable : Gounod parle ici comme seul il a su le faire. Mais la valse reprend, tourbillonne et termine ce second acte.

Au troisième acte nous sommes dans le jardin, devant la maison de Marguerite. Le jeune page Siebel soupire son amour ; romance simple et naïve bien digne d'un amoureux un peu transi. Faust et Méphisto surviennent. Quelques paroles avec Siebel, tout fier d'avoir pu, après avoir trempé sa main dans l'eau bénite, ressusciter des fleurs mortes par le sort que Satan lui a jeté, et voici Faust enfin seul. La cavatine qu'il va chanter est à juste titre une des pages les plus célèbres de la partition. C'en est une des plus belles, des plus émouvantes, des plus nobles aussi. Elle est souvent déformée par les effets que les chanteurs y placent malgré le soin que Gounod a mis à en indiquer les nuances et les exacts mouvements (larghetto, pour terminer adagio). Marguerite ne va plus tarder à apparaître. Méphisto place un écrin empli de riches bijoux auprès du rustique bouquet déposé par Siebel. Et la voici. Les accents d'une chanson médiévale la précèdent. Elle rêve au jeune homme qu'elle a aperçu dans la foule à la kermesse. Elle va chanter cette adorable « ballade du Roi de Thulé » si délicieusement harmonisée, instrumentée, entrecoupée de réflexions mezza-voce sur le jeune homme entrevu, dont le souvenir hante la jeune fille et la chanson. La découverte du coffret vient ensuite. Et c'est le fameux Air des Bijoux que Marguerite va chanter en se contemplant dans le miroir perfidement déposé par Méphisto dans la cassette. Cet air à roulades, qui transforme en quelques secondes la prude et chaste jeune fille en coquette d'opéra, s'il détonne un peu théâtralement et fausse tout à coup la psychologie du personnage, n'en est pas moins lui-même une sorte de « bijou » serti par mains de maître et bien propre à exciter les applaudissements. Ici, il semble que la musique ait pris la place, non du personnage, mais de l'objet de sa convoitise ; elle est passée d'une nature à l'autre, et pourquoi pas si elle est pleinement identique à l'objet — propriété que, seule, la musique possède parmi les arts : devenir par son essence le sentiment, l'être ou la chose qu'elle incarne bien plus qu'elle n'évoque.

L'arrivée d'une Dame Marthe, sorte de duègne placée auprès de Marguerite, fait revenir le couple Faust-Méphisto et un quatuor va s'engager. Pendant que Méphisto occupe Dame Marthe, Faust peut enfin s'empresser auprès de Marguerite. Ce quatuor est un des moments de la partition qui lui valent son rang de chef-d’œuvre. L'art de Gounod s'y déploie comme sa maîtrise ; son génie, ici, l'emporte très exactement là où il doit aller : le mélange des sentiments se fond dans un style unique où d'une part la tendresse, la timidité, l'émoi amoureux et d'autre part la rouerie, la verve cocasse, le diabolisme narquois vont de pair sans que soit rompu l'équilibre de la scène. Plus tard, Verdi, dans Falstaff, montrera la même maîtrise servie par un génie souverain. Le quatuor achevé, après une invocation de Méphistophélès à la nuit et à l'amour, que Gounod a écrite sur une série d'accords parfaits et arpégés, là où l'on aurait pu attendre des harmonies dissonantes et impressionnantes, vient l'admirable duo d'amour, suite de mélodies passionnées et d'une infinie tendresse, véritable langage d'amoureux, bien plus proches de la mélodie intime que de l'air d'opéra et dont le charme agit toujours tant leur parfum subtil est de bonne et pure essence. On y retrouve, chanté d'abord par Faust, puis par Marguerite à la façon d'un serment, le thème apparu pour la première fois dans la partition au cours du premier acte, quand Méphisto montra son pouvoir à Faust pour le convaincre et le conquérir, en lui donnant à voir Marguerite à son rouet.

Nous l'y retrouverons au premier tableau du quatrième acte. La jeune fille, bouleversée par l'amour, humiliée par ses anciennes compagnes qui la moquent, se sent abandonnée par Faust qu'elle n'a plus revu depuis la nuit amoureuse dont elle porte le fruit.

Le deuxième tableau du quatrième acte est la scène de l'Église : la douce et humble prière de Marguerite, à laquelle prélude une introduction à l'orgue écrite dans un style grave qui rappelle à la fois Bach et, par anticipation, César Franck. Les imprécations de Méphisto, le chœur des démons viennent troubler la prière, l'interrompre, épouvanter la malheureuse. Ici se place le fameux chœur des soldats que Gounod avait composé pour son Ivan le Terrible et qu'à la demande de Carvalho il introduisit dans son Faust. (On connaît son pouvoir entraînant : il valut à l'auteur la commande par le Saint-Siège de l'Hymne pontifical, celui-là même qui est encore exécuté aux cérémonies présidées par le pape à Saint-Pierre de Rome.) Sa musique n'est peut-être pas des plus relevées ; il fait néanmoins un grand effet. Cependant, Valentin veut revoir sa sœur ; en vain Siebel essaie de l'en détourner... Et Faust, toujours accompagné de Méphistophélès, revient rôder autour de Marguerite dont il ne peut oublier le charme. Méphisto, pour troubler la jeune fille, chante une sérénade sarcastique dont l'écriture délicate et la mélodie dessinée avec art font penser à la Sérénade du Don Juan de Mozart (le divin modèle). Valentin sort de la maison à la place de sa sœur. Il a tout appris : l'amour de la jeune fille, les suites funestes, l'abandon. Une conversation rapide s'engage qui va se continuer par un duel, brillamment traduit par l'orchestre. Valentin est mortellement blessé. Les deux compères s'enfuient. La scène est envahie par les amis et les soldats qui ont entendu les épées s'entrecroiser. Valentin va mourir en maudissant sa sœur coupable. C'est un chœur de quelques mesures qui conclut la scène et l'acte : « Que le Seigneur ait son âme et pardonne au pécheur » ; traité « a cappella », il donne à toute cette scène tragique un accent de grandeur à l'effet souverain.

Le cinquième et dernier acte s'ouvre sur la « Nuit de Walpurgis ». Gounod n'était pas très exactement fait pour évoquer les scènes diaboliques et les sorcelleries sataniques. Mais doit-on lui en faire un grief ? Quand nous considérons certains triptyques ou tableaux religieux des maîtres anciens et que nous y voyons certaines représentations infernales, la naïveté comme l'ingénuité de ces images n'en diminue pas pour autant la valeur comme la beauté du tableau. Sans doute un Liszt a-t-il été bien plus haut et plus loin dans son Faust et si Wagner s'en était mêlé nous aurions eu à entendre une toute autre musique. La Nuit de Walpurgis traitée par Charles Gounod est sans grand mystère comme sans effrois, et s'accorde à merveille avec le Ballet qu'il a ajouté pour les représentations à l'Opéra, qui commencèrent dix ans après la création de son ouvrage (en 1869, après que Faust ait obtenu 321 représentations, ce qui tend à montrer que le succès avait finalement eu le dessus).

Le quatrième tableau (scène de la prison) de ce dernier acte réintroduit des accents émouvants, dramatiques, authentiques. Après tant d'événements douloureux les deux amants se retrouvent, lui repentant, elle enfermée et mise aux fers ; les tendres souvenirs, qui prennent la forme d'une douce valse, les amours dans le jardin qui réintroduisent le beau thème des amants, jusqu'au moment poignant où Marguerite n'entendant plus les appels de Faust se laisse gagner par une vision céleste, toute la musique monte et rend la situation sublime. Après avoir repoussé son amant, Marguerite sauvée de l'enfer auquel l'avait promise son malheureux frère et où Satan lui-même l'attendait, monte aux Cieux dans une apothéose qui conclut l'ouvrage et lui confère un ton de sérénité et de suavité dans lequel le musicien excelle.

Ainsi finit le Faust de Charles Gounod.

Un peu avant la fin de sa vie, questionné par un journaliste, Gounod, alors chargé de gloire et d'honneurs, lui raconta que le roi de Hanovre lui avait dit un jour : « J'entends Faust le dimanche soir. Il me semble que c'est la suite de l'office divin. Je vous félicite : votre Marguerite sort pure de la scène. »

Il semble qu'on puisse en dire autant de Gounod : lui aussi sort tout pur de toute sa musique dont Faust demeure l'une des plus hautes et plus significatives manifestations.

 

(Henri Sauguet, 1963)

 

 

 

 

    

Dans son autobiographie, Gounod dit avoir pensé à la musique de Faust dès qu'il eut 20 ans, après avoir lu la traduction française tout récemment éditée du Faust de Goethe.

Vainqueur à l'unanimité, en 1839 du Grand Prix de Rome, il amena avec lui, au cours de son séjour à la Villa Médicis, le chef-d'œuvre de Goethe, qui dès le début lui inspira une suggestion immédiate et irrésistible ; il note dans ses mémoires que Faust ne l'abandonne pas un instant. « Je le portais toujours avec moi et j'ébauchais ici et là quelques refrains pour m'en servir le jour où je me serais décidé à écrire l'œuvre, que je devais finalement réaliser 17 ans plus tard, l'été suivant au cours d'une promenade au clair de lune, sur les rochers de Capri, j'eus la première inspiration en thèmes musicaux de la Nuit de Walpurgis ».

Les deux ans passés en Italie et l'année qui suivit, en Allemagne, furent déterminants pour la formation artistique de Gounod.

En 1842, il écrit un requiem dont le Dies Irae servit de thème à la scène de l'appel de Marguerite à la miséricorde divine.

L'exécution à Paris de la Damnation de Faust de Berlioz en décembre 1846, le frappa profondément, tandis que du drame de Michel Carré, Faust et Marguerite sur une musique de Couder (19 août 1850), il tira quelques utiles suggestions d'arrangements théâtraux.

Pour le début de la composition de Faust, la rencontre de Jules Barbier et de Gounod, fut déterminante, Barbier demanda à Michel Carré, son étroit collaborateur, la rédaction de nombreux livrets d'opéra, mais ce dernier se souvenant du fiasco de l'œuvre de Couder, se montra moins enthousiasme que Barbier.

Toutefois, dès 1857, les deux hommes se mettent au travail en compagnie de Gounod.

Le compositeur écrivait avec un grand acharnement. Dans une lettre adressée à l'ami Franchonne, le 17 juillet 1858, on apprend que Gounod travaillait à la composition du 3ème acte alors qu'il orchestrait déjà le 4ème.

Le 4 août de la même année, les journaux annonçaient la fin de l'opéra.

Une fois les répétitions commencées, la préparation de Faust pour le théâtre connaît une vie non moins mouvementée.

Marie Miolan-Carvalho, femme de Léon Carvalho, directeur du théâtre, voulut le rôle de Marguerite auquel était déjà destinée Delphine Ugalde, de ce fait, la substitution du ténor Guardi, par le ténor Barbot.

D'autres difficultés devaient se dresser devant Gounod, la censure exigeait que la scène de l'église soit purement et simplement supprimée, il fallut le secours du Nonce Apostolique pour que fût conservée cette scène, ce dernier bien qu'aveugle, ayant été fortement ému par la beauté et l'intensité dramatique de cette scène.

La première annoncée pour le 17 novembre 1858. fut retardée de 4 mois.

Malgré ces vastes dimensions en 5 actes, le Faust de Gounod ne suit pas exactement le chef-d'œuvre de Goethe, tant sur le plan philosophique littéraire et même politique. Ainsi que le note Franco Abbiati dans son Histoire de la Musique, la philosophie de l'œuvre de Gounod est totalement absente au profit de l'amour. Il est évident que Jules Barbier et Michel Carré, les deux librettistes n'ayant pas le génie de Goethe, se sont bornés à écrire un livret essentiellement scénique.

La première représentation de Faust a lieu le 19 mars 1859, au Théâtre-Lyrique devant un public d'exception. Aux côtés de la Carvalho, les interprètes principaux sont le ténor Barbot, le baryton Raynal et la basse Balanqué.

Considéré comme un opéra de demi caractère avec des scènes parlées, Faust eut initialement un succès qui manqua d'enthousiasme auprès des spectateurs et de la critique, d'ailleurs un journaliste de la Revue des deux mondes affirme que Gounod a suivi les plus mauvais compositeurs de l'Allemagne moderne, par contre Hector Berlioz dans une complète analyse musicale étudie toutes les parties de l'opéra destinées à devenir les plus célèbres, en particulier tout l'acte III, notamment le quatuor du Jardin, le monologue de Marguerite qui est si merveilleusement accompagné par la flûte et le cor pour arriver à la grandiose scène de l'église.

Encore plus enthousiastes sont les compositeurs Bizet et Saint-Saëns qui à propos de l'orchestration écrivent que pour faire une belle peinture, il n'est pas forcément nécessaire de renverser toutes les couleurs sur la toile.

Jusqu'à la fin de l'année 1859, Faust est représenté 57 fois et le triomphe de chaque spectacle décide Antoine de Choudens à acquérir les droits de l'œuvre pour la somme de 10 000 Frs répartis en 2/3 au musicien et d’1/3 au librettiste, c'est le début d'un grandiose succès.

A peine édité, l'opéra est monté par tous les théâtres de France, une tournée est même organisée pour faire connaître l'œuvre à l'étranger.

C'est au cours d'une répétition à Strasbourg en avril 1860, que le Faust original (opéra-comique) est transformé en « grand opéra » avec l'élimination des scènes parlées et avec l'orchestration des récitatifs.

Toujours en 1860, Faust est applaudi à Liège ; en 1861, il est représenté en Allemagne à Darmstadt.

La présence du Roi de Bavière, devait assurer le succès auprès du public allemand, même si Wagner se lamentait « de n'avoir jamais entendu un travail aussi gauche, dégoûtant et vulgaire ».

En Italie Faust connaît sa première représentation 1er novembre 1862, à la Scala, l'auteur est présent, c’est un triomphe sans précédent. Le 2 juillet 1863, première au Covent Garden, Madame Carvalho, Messieurs Tamberlick et Faure en sont les interprètes principaux.

La même année, la première a lieu à New York et en février 1864, à Saint-Pétersbourg. A ce propos il est à noter qu'en Russie, pendant de nombreuses années, aucune saison lyrique ne négligea Faust, Tchaïkovski lui-même, comme chef d'orchestre, le dirigea de nombreuses fois.

Le 3 mars 1869, Faust fait son entrée à l'Opéra de Paris, pour cette occasion et selon les goûts du théâtre et du public, il fut ajouté un ballet en 7 épisodes, intercalé dans la seconde partie de la Nuit de Walpurgis.

Les interprètes furent Christine Nilsson, le ténor Colin, le baryton Devoyod, et la basse Faure, la chorégraphie du ballet était de Justament.

A partir de cette époque, Faust connaît un succès constant sur tous les plateaux du monde. La critique jugera l'œuvre d'une façon favorable, le public de notre pays en particulier reconnaîtra en Faust l'opéra français par définition et d'ailleurs, les 2500 représentations que connut l'opéra le prouvent aisément.

 

(Jacques Bertrand, 1975)

 

 

 

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