Angiolina BOSIO

 

 

 

Angiolina BOSIO

 

soprano italien

(Turin, Piémont, 22 août 1830 – Saint-Pétersbourg, Russie, 13 avril 1859)

 

Epouse en 1851 Panayotis di XINDAVELONIS (– en Angleterre, mars 1873), Grec.

 

 

Issue d'une famille de comédiens, elle eut tout naturellement le goût du théâtre, et comme elle était douée d'une voix charmante, on la confia aux soins d'un bon professeur, nommé, Venceslao Cattaneo. Elle était toute jeune encore lorsqu'elle débuta au théâtre Re, de Milan, dans I Due Foscari, et à vingt ans elle était déjà une chanteuse di primo cartello. Sa beauté expressive et douce, sa grâce exquise, sa voix séduisante de soprano sfogato, enfin son talent si distingué de cantatrice furent les causes légitimes de cette renommée précoce. Dès 1846, Mme Bosio se produisait sur le Théâtre-Italien de Paris, où elle faisait avec succès sa première apparition dans I Due Foscari ; elle ne fut pas moins bien accueillie à Londres, où elle se rendit ensuite, et bientôt l'Amérique lui tressait des couronnes triomphales. A son retour de ce pays elle fut engagée à l’Opéra de Paris (salle Le Peletier) pour y remplir le rôle principal de la traduction française de Luisa Miller, de Verdi, qui fut donnée à ce théâtre en 1853. Deux ans après elle s'y montrait dans une autre traduction, celle de Betly, petit opéra que Donizetti avait écrit naguère sur le sujet du Chalet. Puis, en 1855, elle retournait au Théâtre-Italien, où elle effectuait brillamment sa rentrée d'abord dans Matilde di Sabran, ensuite dans gli Arabi nelle Gallie. Elle y retrouva son succès, grâce, d'une part, à la légèreté et à l'égalité de sa voix, de l'autre au sentiment dramatique très intense qu'elle déployait dans l'opera seria. Malheureusement, les jours de cette artiste charmante, aussi séduisante comme femme qu'intéressante comme cantatrice, étaient comptés. Engagée en Russie, elle n'en devait pas revenir. Au retour d'une excursion à Moscou, comme elle rentrait en chemin de fer à Saint-Pétersbourg, elle eut l'imprudence de baisser la glace de la portière qui se trouvait près d'elle ; il faisait un de ces froids vifs et secs qui, en ce pays, sont si facilement meurtriers pour les étrangers. Mme Bosio fut saisie par ce froid, et au bout de peu de jours, en dépit de tous les soins, elle mourait, à la fleur de l'âge et au plus fort de ses succès.

« Sa voix, disait Berlioz en 1854, a quelque chose de mordant et de pur comme les vibrations du cristal ; cette voix est en outre agile, égale dans sa grande étendue, pénétrante et douce à la fois. »

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle y débuta le 02 février 1853 en participant à la première de Louise Miller (Louise Miller) de Giuseppe Verdi [version française de Benjamin Alaffre et Emilien Pacini] et fit ses premiers adieux le 21 mars 1853 lors de la 8e représentation.

 

Elle y créa le 15 février 1853 la Cantate de Deldevez (dans laquelle elle chanta la Calesera, chanson andalouse).

 

Elle y chanta le 09 décembre 1853 le Barbier de Séville (Rosine) de Rossini [version française de Castil-Blaze] (dans la leçon de chant, elle chanta la cavatine de Niobé : Di tuoi frequenti palpiti.).

 

Elle y participa également à la première le 28 décembre 1853 de Betly (Betly) de Gaetano Donizetti [version française d’Hippolyte Lucas, récitatifs d’Adolphe Adam].

 

Elle y fit sa rentrée le 17 février 1854 lors d’une reprise de Moïse et Pharaon (Anaï) de Rossini, qu’elle chanta 16 fois.

 

 

 

Angiolina Bosio, gravure de Célestin Nanteuil

 

 

 

Issue d'une famille d'artistes dramatiques, elle fut élevée à Milan, y fit ses études musicales et débuta, à peine âgée de seize ans, au mois de juillet 1846 dans I Due Foscari, de M. Verdi, avec un succès de bon augure. Après avoir chanté successivement à Vérone, à Copenhague, à Madrid, elle vint à, Paris en 1848 et parut à la salle Ventadour dans le rôle d'Abigaïl de Nabucco, opéra de Verdi, dans lequel sa voix grosse et rude faisait peu présager ses futurs triomphes comme chanteuse légère. Engagée à l'Opéra à la fin de 1852, Mme Bosio fit une grande sensation dans Luisa Miller, de Verdi, et dans le chef-d'œuvre de Rossini, Moïse. Le rôle d'Anaï, de ce dernier ouvrage, créé par Mme Damoreau, est le plus important qu'elle ait abordé à l'Académie de musique. Sa voix forte et juste, souple et vibrante, sa phrase correcte, son trille élégant, sa vocalisation rapide et colorée, toutes les qualités de méthode et de style qu'elle possédait à un degré si éminent pouvaient s'épanouir à leur aise dans cette belle et grande composition. Rentrée au Théâtre-Italien, elle y aborda les rôles les plus difficiles de l'école de Rossini, avec un éclat qui lui valut une réputation européenne. Elle obtint ses plus beaux triomphes dans Matilde di Shabran, par la grâce de sa personne et la prodigieuse flexibilité de son organe. Mme Bosio, qui s'était montrée avec de grands succès à la Havane, à Londres et dans plusieurs capitales, fut engagée au théâtre italien de Saint-Pétersbourg. Elle y était vivement appréciée par la haute société russe lorsque la mort vint l'enlever presque subitement au monde des arts dans des circonstances on ne peut plus malheureuses. L'admirable cantatrice revenait de Moscou, où elle était allée donner trois concerts ; la voiture qui devait la ramener en France l'attendait dans la cour de son hôtel. Après un repos de quelques heures, elle se remit en voyage, tant il lui tardait de revenir à Paris, qu'elle aimait de préférence à toute autre ville, et où elle passait toujours ses mois de congé ; mais, dans le trajet de Moscou à Saint-Pétersbourg, le froid l'avait saisie. Mme Bosio voulut baisser la portière du wagon, chauffé outre mesure, et un courant d'air glacial la frappa en pleine poitrine. Le délicat rossignol succomba à une affection pulmonaire au bout de vingt-deux jours. Mme Bosio n'avait pas encore vingt-neuf ans. Ses obsèques, célébrées avec une pompe inouïe, réunirent tous les grands noms de la diplomatie, de l'administration supérieure, de l'armée et de la noblesse. La littérature et les arts y avaient envoyé leurs plus illustres représentants. Femme charmante, pleine de grâce et de distinction, aimable et digne de toute estime, Mme Bosio était une des premières cantatrices de ce temps-ci, une cantatrice brillante, dont le style fleuri et tempéré s'élevait, il est vrai, assez difficilement jusqu'à l'expression de la passion ; mais qui possédait au plus haut degré la finesse et la variété ; elle appartenait à cette famille d'artistes élégantes qu'a fait éclore la musique de Rossini, famille nombreuse dont elle était un des membres les plus distingués.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1872-1876)

 

 

 

 

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