Elisa MASSON

 

 

 

Elisa MASSON

 

mezzo-soprano français

(Paris, 1825 – Paris 9e, 02 avril 1867*)

 

Fille d’Adolphe Martin MASSON (1795 – ap. 1867), libraire et éditeur d’estampes, et d’Hilarine Eliza DOMERGUE (Paris 1er, 28 septembre 1799 [6 vendémiaire an VIII]* – ap. 1867), mariés à Paris 4e le 08 janvier 1822*.

 

 

Son père, fils aîné de l’imprimeur-libraire parisien Joseph René Masson, fut condamné en 1824 pour avoir publié les Chansons de Béranger. Elève de Duprez, elle débuta en 1843, à l'Opéra-Comique, dans Zampa, d'Hérold. Le public accueillit favorablement la nouvelle venue, tout en reconnaissant que sa voix de mezzo-soprano, grave et métallique, se trouvait mal à l'aise dans un genre qui exige avant tout de la grâce et du charme. L'artiste comprit qu'elle faisait fausse route ; elle se livra avec ardeur à de nouvelles études pour aborder l'emploi des chanteuses de grand opéra. Ses efforts furent couronnés de succès. Elle chanta notamment à Nantes (1846-1847). La réputation qu’elle acquit ainsi lui valut un engagement à l’Opéra, où elle débuta avec succès, en 1847. Elle s’y montra dans plusieurs grands rôles du répertoire, puis créa avec un grand talent le rôle ingrat de Jeanne de Castille, dans Jeanne la Folle, opéra de Clapisson. Elle fit sa rentrée à l’Opéra le 23 février 1851 dans la Favorite, et en 1853 créa Louise Miller, de Verdi.  Vers 1854, elle quitta ce théâtre et alla poursuivre sa carrière à l’étranger (Liceo de Barcelone, 1857 ; Florence, 1860) et en province (Nantes, 1864-1865). « Elle avait une voix puissante et étendue de contralto, les cordes basses étaient surtout d’une grande pureté. » (Ezvar Du Fayl). « Mlle Masson était une reine digne de l’Opéra. Sa taille était majestueuse, sa physionomie expressive ; elle était, d’ailleurs, excellente tragédienne, avait le feu sacré et l’inspiration. » (Castil-Blaze).

En 1854, elle habitait 57 rue des Martyrs à Paris 9e. Elle est décédée à quarante-deux ans, célibataire, en son domicile 46 rue Rochechouart à Paris 9e.

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle a débuté à la 2e salle Favart le 23 janvier 1843 dans Zampa (Camille).

 

Elle y a chanté le Diable à l'école (Fiamma, 1843).

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle a débute salle Le Peletier le 16 juin 1847 dans Charles VI (Odette).

 

Elle y chanta la Favorite (Léonore, septembre 1847 ; 100e le 18 février 1849) ; la Reine de Chypre (Catarina Cornaro, 1847) ; la Xacarilla (Lazarillo) ; Dom Sébastien de Portugal (Zaïda) ; le Prophète (Fidès, 09 juillet 1851 ; 100e le 30 juillet 1851) ; Sapho (Sapho, 1851).

 

Elle y créa le 16 juin 1848 l’Apparition (Clara) de François Benoist ; le 06 novembre 1848 Jeanne la Folle (Jeanne de Castille) de Louis Clapisson ; le 06 août 1851 les Nations (l’Angleterre) d'Adolphe Adam.

 

Elle y participa à la première le 02 février 1853 de Louise Miller (la Duchesse) de Giuseppe Verdi [version française d’Alaffre et Pacini].

 

 

 

 

Elisa Masson dans Jeanne la Folle (Jeanne de Castille) lors de la création à l'Opéra, lithographie de Derancourt (1848)

 

 

 

Nous jouons vraiment de bonheur. Arrivé à peine à Paris, pendant ce qu'on peut appeler la morte saison de l'Opéra, nous tombons sur un talent jeune, simple et vrai, sur une voix fraîche, émouvante et sonore, sur une cantatrice élégante, habile, remplie d'âme et de goût, élevée à la meilleure école, celle de Paer et de Duprez, et enfouie dans je ne sais plus quelle province d'où elle nous revient tout à coup, comme par miracle, au moment où l'on désespérait le plus de l'art et du théâtre. Telle est Mlle Elisa Masson, qui a débuté l'autre soir, sans bruit, sans éclat préalable, entre quatre murs, sans tambours ni clairons, dans le rôle d'Odette, de Charles VI. La presse n'avait pas été convoquée à cette réunion clandestine ; on avait jugé sans doute que ce n'était pas la peine de déranger les critiques pour une petite provinciale venant en droite ligne de Nantes ou d'Angers, protégée par un nom obscur et n'ayant pour tout bagage que ses trois costumes, un peu fanés, ma foi, de Léonor, d'Odette et de la reine de Chypre. Eh bien ! le public de Paris est si intelligent, si juste, si exempt de préventions et de préjugés. qu'il a saisi de prime abord tout ce qu'il y avait de remarquable et de précieux dans cette jeune artiste, et lui a fait un succès éclatant.

Mlle Masson a les yeux et les cheveux noirs, le regard profond, la physionomie expressive et sympathique ; on ne saurait avoir une meilleure tenue à la scène ; son geste est noble et correct, son jeu n'a rien d'apprêté ; sa voix de mezzo-soprano, d'un timbre excellent, d'une intonation parfaite, vibrante et pure dans les notes élevées, descend à l'octave basse avec beaucoup de facilité, d'assurance et d'ampleur. Nous savons surtout gré à Mlle Masson de n'avoir cherché son succès que dans le chant, et d’avoir rétabli au quatrième acte un air charmant, qu'on avait supprimé depuis longtemps, par une fantaisie bizarre, comme on supprimait autrefois l'air de Guillaume Tell. Cet air de Charles VI, supérieurement chanté, nous a révélé en Mlle Masson une artiste du plus grand avenir, et dont notre premier théâtre, quelles que soient ses destinées prochaines, fera certainement son profit.

(P.-A. Fiorentino, le Constitutionnel, 22 juin 1847)

 

 

 

 

 

 

 

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